TOURNEE D’HILLARY CLINTON: L’Afrique et l’intérêt grandissant des Etats-Unis
00:08 01.08.2012
C’est le troisième déplacement de la chef de la diplomatie américaine en Afrique depuis le début de l’année. Une fréquence qui traduit ce qui s’apparente à une nouvelle disposition de la diplomatie américaine à l’égard du continent africain. Habituellement, ce sont les anciennes puissances coloniales qui font une cour aussi assidue au continent-berceau de l’humanité. Visiblement, certaines évolutions en cours sur place ont fini par convaincre le pays de l’Oncle Sam à renoncer à sa politique africaine qui était jusqu’ici, plutôt discrète et réservée. Engagés sur le double front de la lutte contre le terrorisme notamment islamiste, et de la résistance à la montée en puissance des mastodontes asiatiques, les Etats-Unis semblent s’être rendus compte que les grands enjeux du monde se jouaient également en Afrique. Et que c'était certainement une erreur stratégique que de se mettre à l’écart du combat qui s’y déroule. Conséquence, les diplomates américains se montrent désormais les plus agressifs possibles. Ils s’impliquent de plus en plus directement et à un degré de plus en plus élevé... 0:08 1-8-2012
Au mois de janvier dernier, profitant de la cérémonie d’investiture d’Ellen Johnson Sirleaf, Hillary Clinton avait effectué une visite-éclair dans quatre pays ouest-africains. A la mi-juillet, la secrétaire d’Etat américaine effectuait une autre visite dans une Egypte engluée dans un bras de fer tendu entre Mohamed Morsi et le Conseil suprême des forces armées du Marchal Tantahoui. Et voilà que depuis hier, l’ex-First Lady américaine a entamé une autre visite qui la conduira dans pas moins de six pays de l’Afrique au sud du Sahara, et qui durera 11 jours. C’est la preuve que les Etats-Unis sont désormais aux petits soins avec l’Afrique.
Cette nouvelle approche de la diplomatie américaine en Afrique est dictée par un certain nombre d’évolutions qui s’y opèrent. En premier, il s’agit de la présence et de l’influence de plus en plus grandissantes que la Chine, désormais plus importante menace à la suprématie américaine, exerce sur l’Afrique. Accueillis presqu’en sauveurs jusque dans les villages les plus reculés du continent africain, les Chinois pourraient se constituer en Afrique une sorte de base arrière, pour ce qui est du ravitaillement en matières premières pour leurs industries, mais aussi comme débouché pour leurs produits finis.
Ce pourrait alors être un piédestal sur lequel tenir pour l’ultime bond économique devant propulser les Chinois au devant des Américains. Cette perspective n’étant plus que chimérique, les Américains n’entendent plus rester spectateurs au nom d'un certain Trade not aid ! A cet égard, l’étape sud-soudanaise de la tournée actuelle d’Hillary Clinton est plus qu’évocatrice.
L’autre enjeu qui justifie l’intérêt relatif que les Etats-Unis manifestent au continent africain réside dans la lutte contre le terrorisme. Un terrorisme dont l’Afrique est de plus en plus un maillon important. A propos, on peut mentionner la vaste bande sahélienne qui va du nord du Mali, contrôlée de fait par divers groupes islamistes dont AQMI à la Somalie où les Shébab font régner la loi. Entre les deux, on a la secte Boko Haram qui menace de gros investissements américains dans les puits de pétrole au Nigeria.
Dans cette optique, on peut raisonnablement penser que lors de son escale dakaroise, Hillary Clinton évoquera la crise au nord du Mali. De même, durant l’étape kényane, il est prévu qu’elle s’entretienne avec Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, le président théorique de la transition somalienne. Du côté américain, on se montre d’autant plus vigilant à l’égard de ces foyers potentiels du terrorisme international que la nouvelle géopolitique en gestation dans les pays arabes africains, n’a rien de rassurant.
A coté de ces enjeux d’ordre géopolitique, l'économique n'est guère oublié. Il s’agit de relations bilatérales permettant des échanges économiques entre les Etats-Unis et certains pays africains dont les économies sont particulièrement séduisantes. Ce sont des pays dans lesquels des entreprises américaines flairent des opportunités d’investissements. De ce point de vue, les étapes kenyane, malawite et sud-africaine sont pertinentes.
Naturellement, pour rendre la pilule moins amère, la chef de la diplomatie américaine mettra en avant la promotion de la démocratie. Enfin, l’escale de Kampala a une justification toute spécifique. Ce n’est certainement pas le virus Ebola qui vient d’y réapparaître. Mais le véritable serpent de mer qu’est l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) dont le chef, Joseph Koni, est traqué par les autorités ougandaises avec l’appui de l’armée américaine. C'est connu. Les Américains sont entrain de tisser point par point la toile géante d'une stratégie planétaire qui intègre l'Afrique dans toutes ses dimensions.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info