La Guinée au seuil du troisième millénaire.

Compte-rendu de la rencontre-débat du 21 mai 2003

La Cade a demandé à trois connaisseurs de ce pays de faire le point sur sa situation: Yves Boulvert est géographe, directeur de recherche e.r. à l'IRD. Il prépare un important travail sur le milieu naturel de la Guinée. André Lewin, ambassadeur de France, a été l'un des artisans de la réconciliation de la Guinée avec la France et premier ambassadeur dans ce pays dans lequel il retourne régulièrement. Cheikh Seck, journaliste, a vécu six ans en Guinée et a publié plusieurs articles sur ce pays dans Jeune Afrique, l'Intelligent.

Atouts et handicaps
Des potentialités physiques exceptionnelles

Le substrat géologique de la Guinée est très diversifié. Il s'étage des formations anciennes (3,5 milliards d'années) à l'est, 2 milliards d'années pour le birrimien du nord-est, à 600 millions d'années dans la chaîne des Bassarides. Viennent ensuite les dépôts du paléozoïque (primaire) du bassin Bové. Enfin, les alluvionnements littoraux récents supportent des mangroves. Le potentiel minier de ce substrat géologique est considérable et certains traitent la Guinée de "scandale géologique".

La Guinée est coupée approximativement en deux : une partie au relief heurté au nord-ouest, aux vallées fortement incisées, au cuirassement surtout bauxitique et une région plane au cuirassement ferrugineux peu intense vers le sud. Son hydrographie est favorisée par le relief et on dit du Fouta-Djalon qu'il est le château d'eau de l'Afrique Occidentale.

Un potentiel minier considérable

Les cuirasses bauxitiques des plateaux de Touvié et de Bové recèlent le tiers des réserves mondiales de bauxite (18 milliards de tonnes de réserves prouvées) dont la Guinée est deuxième producteur mondial, derrière l'Australie, avec 15 millions de tonnes. Elle pourrait faire beaucoup plus car elle se contente actuellement d'exporter le minerai brut qui est traité au Cameroun. Cette filière souffre du manque d'investissements industriels depuis quarante ans. Il est prévu, avec le soutien des Japonais, de construire une usine de production d'alumine d'une capacité de 1 million de tonnes/an sur le site minier de Sangarédi. Le groupe Russe Roussal envisage également d'investir dans la construction d'une usine de traitement d'une capacité de 2,5 millions de tonnes/an.

Par ailleurs la Guinée dispose de gisements de fer d'une grande richesse. Le minerai de fer de la presqu'île de Kaloum est très riche mais difficile à traiter et l'exploitation en est enrayée du fait de l'expansion de la ville de Conakry. Tous les espoirs portent sur les riches gisements de fer des monts Nimba dont les réserves exploitables sont de un milliard de tonnes d'un minerai à haute teneur (65%), et de Simandou (3 à 4 milliards de tonnes) dans le sud-est. La guerre du Libéria ayant détruit la voie ferrée qui permettait d'exporter le minerai de Guinée, le gouvernement souhaiterait construire une voie ferrée à haut débit reliant les monts Nimba à Conakry pour exporter les minerais de fer et la bauxite. Ce projet semble difficile à mettre en œuvre tant que la région n'est pas totalement pacifiée.

L'or alluvionnaire est exploité depuis des siècles dans la région de Siguiri, au nord-est du pays, et il a fait, au Moyen-Âge, la fortune de l'empire du Mali. L'exploitation de l'or primaire a commencé récemment de manière industrielle. La production attendue est de 10 tonnes d'or/an. Les gisements de diamant sont également prometteurs, les réserves étant estimées entre 25 et 30 millions de carats.


Un potentiel énergétique sous-exploité

La Guinée dispose d'énormes potentialités hydro-électriques (26000 gigawatts/heure) dont elle n'exploite que 1% et moins de 10% des familles ont accès à l'électricité. Les coupures de courant sont fréquentes dans la capitale faute de maintenance et d'investissements. Beaucoup d'espoirs ont été mis dans les barrages, en particulier dans celui de Garafiri sur le Konkouré, l'énergie hydro-électrique devant supplanter, à terme, les centrales thermiques. Mais ces barrages, du fait de la sécheresse, mais probablement également du fait d'un défaut de construction ou d'études préalables, ne parviennent pas à se remplir.


Une agriculture devenue déficitaire

Les cuirassements qui occupent de vastes surfaces ont un fort potentiel minier, au détriment de l'agriculture. Il ne reste plus qu'un tiers des sols qui sont cultivables, dont 20% seulement sont cultivés. La végétation est très dégradée, la forêt, surexploitée, recule de manière inquiétante et il serait temps d'en restreindre l'exploitation. Un très gros effort est fait par le paysan guinéen pour mettre en valeur les bas-fonds par des petits aménagements pour la culture du riz qui est la nourriture essentielle du pays. De gros travaux ont été faits pour aménager les mangroves qui constituent le grenier à riz du pays. Cette agriculture occupe 67% de la population active. Exportateur de produits agricoles dans les années cinquante, la Guinée est devenue très déficitaire. Sous le régime de Sékou Touré, la politique des fermes agro-pastorales d'arrondissement a eu des effets désastreux.

De 1986 à 1991, le cheptel bovin est tombé de 2 500 000 têtes à 1 800 000. Il est remonté ensuite à 2 400 000 têtes pour 210 000 éleveurs, ce qui correspond, en moyenne, à un petit troupeau familial de 11 têtes par éleveur. Si les traditions d'élevage des Peulhs du Fouta-Djalon sont anciennes, les progrès, dans ce secteur, sont infimes.

On observe des progrès significatifs de la filière pêche qui fournit actuellement 10 000 emplois directs et 10 000 emplois indirects. La pêche contribue pour 3% au PIB national et fournit 40% des protéines animales consommées dans le pays.


Le "non" de Sékou Touré et ses conséquences : témoignage

André LEWIN a été le premier ambassadeur de France en Guinée après le rétablissement des relations diplomatiques avec ce pays. En 1974, alors qu'il était porte parole du Secrétaire général des Nations Unies, il a accompagné ce dernier au cours d'un déplacement en Afrique Occidentale alors durement frappée par la sécheresse. Lors de son étape en Guinée, il a été, malgré ses craintes, bien accueilli par Sékou Touré et son gouvernement. Il a été chargé d'un message pour André Bétencourt, dont il avait été chef de cabinet, et qui était un des rares hommes politiques à avoir gardé des relations avec Sékou Touré. Une des dernières décisions prise par le président Georges Pompidou avant de mourir a été de dépêcher André Bétencourt en Guinée pour jeter les premières bases de la normalisation des relations entre la Guinée et la France. Cette normalisation s'est réalisée d'abord avec l'Allemagne fin juillet 1974 puis avec la France le 14 juillet 1975 et elle s'est accompagnée de la libération des prisonniers allemands et français. Quelques mois plus tard, A. Lewin a été nommé ambassadeur de France en Guinée de fin 1975 à fin 1979.


Une normalisation sans évolution

Revenu en Guinée à différentes occasions et en dernier lieu 29 ans après son premier séjour, A. Lewin est animé de sentiments contradictoires. Les évolutions politique, sociale, culturelle et de la vie quotidienne qu'il espérait en quittant ce pays en 1979, ne se sont pas produites. Selon lui, les relations avec la France sont aujourd'hui aussi délicates que lors de sa première prise de fonctions. En effet, à cette époque, Sékou Touré n'était pas hostile à la France et son rêve était d'y être reçu en chef d'Etat, ce qui s'est réalisé en 1982 à l'invitation de François Mitterrand. En 1984, quelques jours avant sa mort, il a invité Jacques Foccart à Conakry, et cette relation n'a été interrompue que par la mort du président guinéen. A. Lewin ne trouve pas aujourd'hui le même engouement des dirigeants guinéens pour la France même si les relations sont normalisées. Il s'est opéré tout à fait normalement une diversification des coopérations, ce pays dont le potentiel minier est si riche, se devant de diversifier ses partenariats.


Tarissement des flux financiers

Du fait de l'absence d'évolution politique, l'Union Européenne a bloqué un certain nombre de crédits et d'actions en faveur de la Guinée en raison des conditionnalités politiques contenues dans l'actuelle convention de Cotonou qui régit les relations entre les ACP et Bruxelles. Le gouvernement et le peuple guinéens en subissent les conséquences. Les circuits financiers qui ont pu, à certains moments, se diriger vers ce pays, en raison de son potentiel et du fait qu'il fait partie des 15 Pays les Moins Avancés (PMA), n'ont pas produits de résultats probants. A. Lewin a été frappé par un spectacle qu'il n'a pas vu à l'époque de la première république et qui semble inconcevable dans un pays dont on dit qu'il est le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest: des enfants des écoles étudiant à la lueur des réverbères à Conakry car il n'y a plus de courant dans les foyers. La population de la capitale est passée de 300/400 000 à 1 700 000 actuellement et les équipements collectifs n'ont pas suivi cette expansion.

La Guinée a par ailleurs un régime de vie tout à fait différent selon que l'on considère Conakry ou la province et en particulier tout ce qui est au-delà du kilomètre 36 qui était autrefois interdit aux diplomates sans autorisation particulière. La ville de Conakry connaît indiscutablement des problèmes de toutes sortes, d'infrastructures, de vie, d'alimentation. Sous le régime Sékou Touré, sa survie était en grande partie due à l'aide alimentaire américaine, qui ne s'est jamais démentie et qui continue aujourd'hui, et qui est complétée par une aide alimentaire de l'Union Européenne et du PAM (Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies). La vie quotidienne est meilleure dans le reste du pays mais très peu de gens y vont. Le tourisme n'a jamais été à l'honneur ni sous Sékou Touré ni sous le régime actuel bien qu'un ministre en ait la chargé.

Au cours du récent séjour d' A. Lewin à Conakry, un projet a été signé pour l'exploitation du gisement de fer du Mont Nimba. Sa localisation rend difficile son exportation et un projet très ambitieux est de construire une ligne trans-guinéenne de 1500 km du Mont Nimba à un port minéralier. Son financement ajouté à celui de l'exploitation de la mine atteint des sommes colossales et personne n'a encore dégagé de tels crédits. Il n'est pas du tout sûr que ce projet puisse se réaliser, la situation au Libéria empêchant par ailleurs d'envisager une autre solution.


"La belle au bois dormant"

L'une des premières dépêches qu'A. Lewin avait envoyé à Paris après avoir pris ses fonctions concernait l'économie guinéenne qu'il avait appelé "la belle au bois dormant". Il y décrivait le considérable potentiel de la Guinée qui aurait pu être le pays d'Afrique Occidentale ayant les meilleures chances de se développer rapidement. Il concluait en indiquant que l'économie guinéenne attendait le prince charmant pour la réveiller. Il pourrait aujourd'hui utiliser les mêmes termes.

A. Lewin a demandé à certains de ses interlocuteurs si la situation actuelle de la Côte d'Ivoire était susceptible de " réveiller " l'économie guinéenne. Il lui a été répondu qu'ils ne voulaient pas profiter du malheur de leurs frères. Mais il s'avère qu'elle pourrait certainement offrir des opportunités pour certaines productions guinéennes. Après que Sékou Touré se soit réconcilié en 1978 avec Houphouët Boigny et Léopold Senghor, au retour de son premier voyage en Côte d'Ivoire il a indiqué à A. Lewin qui l'interrogeait sur ses impressions " qu'il reconnaissait que beaucoup de choses avaient été faites et que le "non" a coûté cher à la Guinée mais qu'il ne regrettait rien de ce qu'il avait fait ". A. Lewin se dit convaincu que s'il avait vécu plus longtemps, Sékou Touré aurait poursuivi l'évolution qu'il avait amorcée y compris jusqu'à un retour dans la zone franc. Mais un certain nombre de dégâts irréparables ont été commis en particulier dans le domaine humain.

Les archives Foccart sont ouvertes depuis quelques mois et A. Lewin les consulte pour rédiger une biographie de Sékou Touré. Il s'y trouve des annotations du Général de Gaulle sur des documents concernant la Guinée qui montrent la rancune tenace qu'il a gardé en raison du discours de Sékou Touré de 1958 et l'ostracisme de Paris a certainement contribué à accentuer la crispation de Sékou Touré. Le peuple guinéen en subit encore les conséquences et il mérite mieux.


La problématique politique actuelle en Guinée

Cheikh Seck est arrivé en Guinée à l'âge de 25 ans. Il a été recruté par le Pnud pour diriger le programme "Démocratie et bonne gouvernance". Pour lui, la Guinée est un grand pays, mais il faut faire la différence entre la Guinée "officielle" ou "d'en haut" et la Guinée "d'en bas", c'est-à-dire, la Guinée réelle considérée dans sa diversité humaine, culturelle. Les groupes ethniques sont très riches du point de vue de leur passé, de leur culture, de leur civilisation. Le groupe mandingue est connu par son dynamisme dans les domaines de l'art et de la culture. La communauté Peul est vivante et dispose de véritables capacités économiques. Ce pays a donc un potentiel humain énorme et la diaspora guinéenne est l'une des plus importantes d'Afrique de l'Ouest (2 millions).


Un pouvoir sans partage

Cette diversité est malheureusement gâchée. Ce qui frappe, ce sont les grandes contradictions de ce pays qui, d'un côté, dispose de richesses naturelles énormes et qui, d'un autre côté, demeure un des pays les plus pauvre de la planète. C'est un pays où tout pousse mais où on importe tout (la Guinée importe pour 30 millions de dollars de riz). Pourquoi ? La Guinée a son passé. C. Seck fait partie de ceux qui pensent que le "non" de 1958 a été utile et qu'il a pesé dans l'histoire contemporaine de l'Afrique. Il a placé le pays à l'avant-garde du mouvement d'indépendance. Mais ensuite, Sékou Touré a sombré dans une gestion paranoïaque du pouvoir. De sorte qu'il existe une tradition du pouvoir dont Lansana Conté a hérité et qui reproduit le "système Sékou Touré". Il a un rapport au pouvoir difficilement conciliable avec la démocratie, étant convaincu qu'il est souverain et qu'il ne doit donc pas y avoir de contrepouvoir. Tous les problèmes de la Guinée viennent de là.


Des institutions déficientes

Depuis quelques mois, il existe une situation de fait. Le Président guinéen est malade et selon des sources autorisées venant de son parti, il se représentera aux élections présidentielles de 2003. C'est une hypothèse plausible pour qui connaît la psychologie "jusqu'auboutiste" de Lansana Conté. Cette situation ouvre une ère d'incertitude pour le pays. Ce pays est extrêmement fragile, les institutions n'ont pas de véritable signification. Selon la loi fondamentale guinéenne, en cas de vacance du pouvoir, l'intérim revient au Président de l'Assemblée Nationale qui doit organiser de nouvelles élections. Mais les guinéens pensent que c'est une solution irréaliste pour la bonne raison que les institutions n'ont jamais joué leur rôle. Par exemple, la législature passée arrivait à échéance en 2000, et il a fallu attendre 2002 pour que des élections législatives soient organisées. Pendant plus d'un an le Premier Ministre a cumulé ses fonctions avec celle de Président de la Cour Suprême. Le seul pouvoir qui a fonctionné, c'est celui du Président qui ne le cache pas puisqu'il affirme: "le gouvernement, c'est moi".

Les regards se tournent surtout vers l'armée. Tous les guinéens sont convaincus que la meilleure formule, pour éviter les débordements de l'après Conté, serait que les militaires prennent le pouvoir pour préparer des élections auxquelles ils ne seront pas candidats. C. Seck émet l'hypothèse que le Président serait favorable à cette solution, car dans sa logique, le pouvoir n'a jamais cessé d'être militaire. Par ailleurs, il ne veut pas céder le pouvoir à des membres de l'opposition qui étaient à l'étranger sous le régime de Sékou Touré.

Une opposition divisée

L'opposition est divisée, affaiblie car le pouvoir est extrêmement fort et qu'il n'a laissé aucun espace de liberté pour mobiliser l'opinion. La Guinée est le seul pays d'Afrique Occidentale où il n'y a pas de radio privée et l'opposition n'a pas accès aux médias publics. Le guinéen est tellement écrasé par le quotidien qu'il est difficilement mobilisable. Un guinéen qui a un salaire de 300 000 F guinéens (soit moins de 150 Euros) est bien payé. Mais les prix sont démesurés par rapport au pouvoir d'achat, l'inflation étant exponentielle.

La scission au sein de l'UPR (l'Union pour le Progrès et le Renouveau) est dommageable. Le vote, en Guinée, a lieu sur des bases ethniques. Les Peuls qui représentent une partie importante de la population sont divisés du fait d'une cassure intervenue entre deux leaders lors des législatives de 2002. En conséquence, il y aura un éclatement des voies lors d'un prochain scrutin.

Alpha Condé, qui était deuxième aux élections présidentielles de 1993, était bien placé. Mais depuis son arrestation, il est pratiquement coupé du débat politique en Guinée. Condamné pour atteinte à la sécurité de l'Etat, ce qui est assimilé à un crime, gracié mais non amnistié, il ne pourra théoriquement pas se présenter aux prochaines élections présidentielles.

Sidya Touré, ancien Premier Ministre de Conté, a occupé d'importantes fonctions dans l'économie et les finances. Il aurait la capacité de restaurer l'économie du pays, mais bien que bénéficiant d'un préjugé favorable, il appartient à une ethnie minoritaire ce qui peut constituer un handicap majeur.


Prospective

Le 18 avril dernier, le ministre de l'Intérieur a convoqué les leaders de l'opposition pour parler du Conseil national électoral et de la révision des listes électorales. Mais ces derniers ont décliné l'invitation car le cadre global des élections présidentielles manquait de transparence. Ils réclamaient, en préalable, la constitution d'une commission électorale indépendante, l'acceptation de la participation de l'opposition à toutes les étapes du processus électoral. Un contentieux est donc créé et le Ministre de l'Intérieur, interrogé par C. Seck, a indiqué qu'il assimilait la révision des listes électorales à un acte administratif, mais qu'il faisait à l'opposition la faveur de l'associer au processus, que les élections se feraient à la date indiquée et que c'était à l'opposition de voir si elle participerait ou pas. Ces élections s'annoncent donc avec de grandes incertitudes.

Que peut faire la communauté internationale? La Guinée ne reçoit plus d'aide des bailleurs de fonds et fonctionne sur fonds propres depuis deux ans. La France s'est retirée depuis le procès d'Alpha Condé, la coopération étant aujourd'hui plus symbolique que réelle. Les agrégats macroéconomiques se détériorent rapidement. Certaines sources affirment qu'on est en train de toucher aux réserves de change de la Banque Centrale. On estime le taux d'endettement du Trésor par rapport à la Banque Centrale à 470 milliards de francs guinéens. L'économie guinéenne est en train de mourir de façon inquiétante.

A ces incertitudes économiques s'ajoutent les incertitudes politiques liées à la santé du Président, à la difficulté pour l'opposition de désigner un candidat pour l'alternance, aux divisions ethniques qui traversent l'armée, au malaise social ambiant. Le 27 avril dernier, il y a eu une émeute à l'université de Conakry où les étudiants, à la veille des examens, se sont révoltés parce qu'il n'y avait pas de courant pour passer les épreuves. Tous ces facteurs font peser des risques réels sur le pays qui vit dans un environnement régional troublé. C'est la partie de l'Afrique où circulent le plus d'armes. Face à cette situation explosive, la communauté internationale devrait agir de manière préventive conclut Cheikh Seck.
Le Débat.

Yves Boulvert rappelle que sous Sékou Touré il y a eu une très forte migration de guinéens surtout vers la Côte d'Ivoire et le Sénégal. Elle a concerné plus de un million de personnes et a occasionné une grave fuite des cerveaux. On dit qu'il y a davantage de médecins guinéens à l'extérieur qu'à l'intérieur du pays. Par ailleurs, la guerre civile au Libéria et en Sierra Leone a provoqué l'afflux de 600 000 réfugiés en Guinée. Se pose par ailleurs le problème du retour des réfugiés guinéens qui étaient partis en Côte d'Ivoire. Selon André Lewin, la classe politique tend à déconsidérer les guinéens de la diaspora de manière à éviter qu'ils ne viennent au pouvoir.

Raymond Césaire demande quelle est aujourd'hui l'influence des pays de l'Est qui envoient leurs émissaires plus ou moins mafieux notamment en Afrique de l'Ouest. A. Lewin précise que leur présence actuelle n'est en rien comparable à ce qu'elle a été de 1969 à 1984. Cela ne tient pas seulement à la Guinée mais également aux évolutions dues à l'éclatement du bloc soviétique. L'Ukraine est actuellement assez présente et elle s'est substituée à l'URSS dans l'exploitation de la bauxite qu'elle importe. En échange, elle fournit des armes à la Guinée. Ceci explique que ce soit l'un des très rares pays où s'est rendu le Président Conté.

En réponse à une question sur le rôle des Américains dans la formation des militaires guinéens, A. Lewin indique que des bruits ont couru laissant entendre que la garde présidentielle qui était entraînée par les Français le serait aujourd'hui par les Américains. Ces bruits sont sans fondement. Plusieurs pays sont impliqués dans ces formations et les Etats-Unis ont formé des commandos anti-terroristes guinéens. Selon Cheikh Seck, les Américains ont besoin de la Guinée contre Charles Taylor d'où leur implication dans la formation et l'équipement des militaires.

Un intervenant se demande si la Guinée ne souffrirait pas d'un préjugé. A. Lewin indique que depuis 1958, la Guinée occupe une place à part en Afrique de l'Ouest. A la suite de sa rupture avec la France, elle a suivi un cours erratique, en dehors de tout lien avec l'Union Européenne contrairement aux autres pays qui bénéficiaient du Fonds européen de Développement (FED). La Guinée a quitté la zone franc en 1960 et n'a signé les accords de Lomé qu'en 1975. Lansana Conté n'a pas voulu revenir sur les décisions de Sékou Touré (alors que selon A. Lewin, lui-même serait sûrement revenu dans la zone franc). De même, la normalisation avec Israël ne s'est pas faite comme elle l'a été pour les autres pays africains (sauf le Mali), alors qu'il est probable que Sékou Touré y songeait sans l'avoir réalisé, peut-être à cause des influences islamistes. Tous les pays qui avaient voté " oui " à la France en 1958 ont été indépendants deux ans plus tard. La Guinée paye sa spécificité dont elle est fière.

Pour Cheikh Seck, la Guinée est caricaturée car elle est peu ouverte et donc peu connue. Il est donc vrai qu'elle souffre de préjugés. C'est le propre des régimes révolutionnaires fermés de dire que tout le monde est contre le pays. Cependant, une certaine ouverture s'est faite depuis 1984. La Guinée peine cependant à restaurer son économie, ses infrastructures alors que le Mali a réalisé ces progrès en moins de dix ans.

Une question est posée sur les influences islamiques en Guinée. Pour Cheikh Seck, l'islam qui n'est pas aussi puissant qu'au Sénégal, et qui est beaucoup plus tolérant que dans ce pays, est sous le contrôle du pouvoir en Guinée. Les imams sont nommés par le gouvernement.

Pour un intervenant de nationalité guinéenne, la désunion de l'opposition n'est pas en soi un problème, les différentes tendances poursuivant les mêmes objectifs. Il ne lui semble pas normal que les militaires prennent le pouvoir, mais il s'agit d'un problème de survie et de maintien de l'ordre pendant une période transitoire.

Michel Levallois clos ce débat en disant qu'il n'y a pas de fatalité et que ce qui se passe en Guinée s'explique. Et il revient à la Cade de convaincre les Français que la Guinée peut s'en sortir. C'est également l'opinion d'un intervenant qui se dit convaincu que ce pays se relèvera rapidement et que les guinéens préparent pacifiquement la relève pour une meilleure gouvernance et la création d'un Etat de droit.

Philippe Mathieu

1. Yves Boulvert : La Guinée : atouts et handicaps au seuil de troisième millénaire, La Géographie, N° 1508, mars 2003, pp. 55-75

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