

En l'engageant dans notre rédaction, nous avions la conviction qu'il ferait la différence. Et il l'a fait. A l'occasion de sa '' victoire'', GuineeConakry.info a pensé que personne mieux que Boubacar Sanso Barry, ne pouvait décrire ce qu’il a ressenti au moment des faits. Alors, GCI lui a demandé de raconter, avec sa naturelle faconde: comment a-t- il a personnellement vécu la cérémonie de remise des prix? Un récit bouleversant.
« Le vendredi 20 décembre 2013, je suis arrivé très décontracté à l’hôtel Mariador Palace où devaient avoir lieu la proclamation et la remise des prix du ''premier concours national pour une meilleure pratique du journalisme en Guinée''. Je savais bien que j’avais postulé, mais je savais également que dans ce genre de concours, il y a deux issues : gagner ou perdre. Gagner était bien entendu mon souhait. C’est pour cela que j’avais décidé de postuler. Mais je m’étais préparé à ne pas mourir d’une issue moins heureuse. Guidé par une consœur dont je tais ici le nom, parce que n’ayant pas eu l’autorisation de la citer, j’ai réussi à trouver une place derrière; disons au fond de la salle. J’avoue que pendant toute la partie des discours, j’étais distrait. Je pense même avoir quelque peu indisposé ma voisine en la taquinant de temps en temps. Ceci dit, j’ai regretté de n’être pas venu avec mon dictaphone. J’ai eu envie de prendre des notes. Mais je n’avais pas mon stylo non plus. Je crois que j’étais venu plus en postulant qu’en reporter.
Par contre, je suis resté très concentré au moment où la présidente du jury déclinait les critères. Des enseignements que le jury a tirés de son travail, j’ai particulièrement retenu l’absence d’intertitres. Mon article n’en avait pas. Même quand Madame Saran Touré a donné les chiffres 28 ; 21 et 11 qui seraient les codes des gagnants, je n’ai ressenti aucun sentiment particulier. Il me semble que je suis resté normal.
Normal, je pense l’avoir également été quand Ibrahima Sylla, dévoilant le nom qui se cachait derrière le chiffre 11, a lancé « Boubacar Sanso Barry, du site GuineeConakry.Info! ». Il est certain que j’ai éprouvé de la joie. Mais je pense l’avoir relativement contenue. Ma voisine m’a tout de suite adressé ses félicitations de son visage rayonnant de bonheur. Sur le coup, je n’ai pas su quoi faire. Fallait-il aller se présenter tout de suite ? Ou bien, attendre qu’on donne les noms des deux autres lauréats pour qu’ensemble, nous nous présentions en même temps ?
Naturellement, tout cela se déroule en millièmes de seconde. De sorte que, ne me voyant certainement pas sauter de joie, quelqu’un lance : « Qui est Boubacar Sanso Barry ? ». Je suis sûr que l’intéressé s’attendait à voir quelqu’un se dresser tout droit et déclarer fièrement : « C’est moi ! ». En lieu et place, je lève ma main. Ne comprenant toujours pas, la voix poursuit, « mais viens ! ». Quelque peu confus, je cherche alors ma paire de sandales, sous le bagage avec lequel j’étais arrivé. Les ayant retrouvées, et mettant mis à quatre pattes, j’entreprends le périple en direction de la tribune. Et c’est quand je suis arrivé vraiment devant tout le monde que certains ont compris.
Pour marquer leur étonnement, on entendait des « Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! ». L’émotion passée, d’autres encore s’exclamaient : « C’est bien ça ! » Et puis, suivaient les félicitations, interminables, émues et d’une sincérité des plus évidentes.
Le premier souci qui se posa, me semble-t-il a été d’ordre protocolaire. En fait, les choses s’étant faites de manière relativement sérieuse, personne ne s’était attendu à ce qu’une personne handicapée soit parmi les lauréats. C’est vrai que ce n’est pas fréquent. Par conséquent, le premier problème qui se posa, disais-je, était relatif à la manière dont il fallait prendre les photos. On s’attendait à avoir quelqu’un à côté duquel les uns et les autres s’arrêteraient. Mais là, on avait subitement affaire à ''quelqu’un d’autre'', qui vous contraint à quelques contorsions pour vous mettre au même niveau que lui!
Ce cas de figure-là n’avait pas été envisagé. Il en résulta un moment très bref durant lequel, me semble-t-il, les esprits de certains travaillaient à la façon de résoudre le ''petit problème''. Période au cours de laquelle des confrères crurent que je devais livrer mes sentiments. Les micros furent à portée de mes lèvres, mais je ne reçus pas l’autorisation de parler. A la fin du compte, on conclut que Madame Martine Condé qui venait de me remettre le prix, devait se mettre à côté pour la photo de circonstance. J’avoue ici qu’elle n’a pas eu trop de mal à le faire. Après, j’ai été invité à m’installer sur une chaise, à côté de laquelle, les deux autres lauréats sont venus me rejoindre par la suite. Pour le reste, tout s’est relativement bien passé. Le public et moi avions réussi, entre temps à surmonter nos émotions respectives.
Avec le recul, je pense que pour moi, ce prix a eu deux impacts. Le premier c’est bien entendu le fait qu’il ait permis et permettra certainement de véhiculer davantage le contenu de l’article qui a été primé. Pour moi, c’est important dans la mesure où c’est partant d’une conviction que j’ai porté mon choix sur la problématique des violences conjugales. C’est un sujet sur lequel je voulais porter une certaine lumière en vue de le sortir du tabou qui l’encoure. Je pense que d’une certaine façon le prix aura contribué à l’atteinte relative de cet objectif-là.
Le second et dernier impact de ce prix pour moi, c’est bien le regard sur le handicap. De l’insertion des personnes handicapées, beaucoup en parlent. Mais très peu y croient avec conviction. Eh bien, très modestement, je pense que ce prix peut convaincre quelques sceptiques à vaincre leurs doutes. Ceci étant, je pense très sincèrement que toute personne, handicapée ou non, a besoin du soutien surtout moral de son entourage pour vaincre certains obstacles. Et c’est pourquoi je dis ici merci à tous ce qui me soutiennent et me font confiance. Ce sont eux les véritables héros de ce prix.''
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















