EBOLA / VIOLENCES DE WÖME : Le drame de trop

Aussi paradoxal que ça puisse l’être c’est une campagne de sensibilisation des plus ordinaires qui vient de se solder par un lourd bilan de sept morts et de deux portés disparus. Cela s’est passé dans la sous-préfecture de Wömè, à une cinquante de kilomètres du centre urbain de N’Zérékoré. Mus par des meilleures intentions louables, les victimes s’étaient rendues dans la localité de Wömè, afin de sensibiliser ceux qui se révéleront leurs bourreaux, dans le cadre de la stratégie de lutte contre Ebola.

Naturellement, dans ce dernier drame, il y a le refus de certaines communautés de croire en l’existence de la maladie, mais de toute évidence, il y a également la défaillance de l’Etat dont l’autorité est bafouée par cette violence gratuite et bête. 

Sept morts et deux disparus…

Alors que dans la journée de ce jeudi, certaines informations avaient évoqué jusqu’à huit victimes, le premier ministre, dans son adresse de circonstance, a parlé de 7 corps retrouvés sur les 9 disparus. Mohamed Saïd Fofana n’a cependant pas mentionné les circonstances dans lesquelles les victimes ont été assassinées. Il n’a pas non plus révélé l’identité de ceux dont les corps ont été retrouvés. Du coup, l’on ne sait pas si, comme l’attestent certaines sources, les victimes ont été froidement exécutées, ou si elles sont mortes dans le cadre des manifestations de mardi dernier.

Quoiqu’il en soit, on retient de la synthèse des récits des événements que les assaillants ont agi de manière préméditée. Ils ne se sont pas opposés à la venue de la délégation conduite par le gouverneur. Au contraire, cette dernière aurait été bien reçue. La campagne de sensibilisation avait même commencé, quand les projectiles ont commencé à pleuvoir sur les animateurs. Et quand les membres de la délégation, comprenant que les forces de l’ordre qui les accompagnaient allaient être débordées, ont essayé de fuir, certains assaillants se sont attaqués aux ponts reliant la localité aux sous-préfectures voisines. C’est dire qu’on ne voulait pas qu’intimider ou effrayer.

L’incrédulité face à Ebola

Evoquant les raisons profondes de cet autre drame, le premier ministre a parlé « d’une réaction hostile des habitants de la localité qui, à l’instar de certaines populations, continuent à être intoxiqués par des informations tendant à faire croire soit que cette maladie n’existe pas ; soit qu’elle a été créée pour les éliminer.» Il est vrai qu’il y a de cela parmi les facteurs explicatifs des violences qui se sont abattues sur la sous-préfecture de Wömè. Dans les trois principaux pays affectés par l’épidémie à virus Ebola, on s’est toujours heurté à une certaine résistance de la part de certaines communautés. Dans un contexte de méfiance grandissante entre gouvernants et administrés, d’autres n’ont jamais admis l’existence de la maladie. En conséquence, ils ont très souvent accueilli les discours officiels autour de l’épidémie avec une réserve de frustrés. C’est ainsi que dernièrement encore, c’est un centre d’isolement de la capitale libérienne qui essuyait une attaque dont avaient profité plus d’une dizaine de malades d’Ebola.

La rançon du laxisme d’Etat

Mais dans le cas des événements de Wömè, il n’y a pas que cette hostilité. Autrement, on n’aurait pas poussé la cruauté jusqu’à tuer des représentants de l’Etat et des médias. L’absence de l’Etat, ou tout au moins sa défaillance, est un autre facteur qui justifie de tels agissements. En effet, il est à préciser qu’avant Wömè, la région forestière a connu Saoro, Zogota, Galapaye et même N’Zérékoré-ville, notamment en juillet 2013. Chacune de ces localités demeure associée à un événement douloureux, s’étant soldé par un bilan humain des plus élevés. Mais à aucun moment, une procédure judiciaire n’aura été conduite  à son terme. Comme l’a fait ce soir, le PM Mohamed Saïd Fofana, à chaque fois, on a promis l’ouverture d’une enquête ; mais parallèlement, pour des raisons souvent électoralistes, on a emprunté la voie de la solution facile. Sinon le silence qui s’enfonce dans la nuit de l’oubli.

Avec les conseils avisés de pseudo-négociateurs prompts à intervenir, on a souvent opté pour un processus de réconciliation sans justice, ni vérité. Craignant de prendre des décisions hardies au risque de fâcher de potentiels électeurs, l’Etat privilégie davantage le déploiement de ‘’fils du terroir’’ qui, munis de quelques liasses de banque, de sacs de riz ou de bidons d’huile, s’emploient à acheter le silence des victimes. En proie à la précarité et à la misère, ces dernières acceptent ce qu’on leur donne et jouent le jeu. Des cérémonies formelles sont alors organisées et la fin des hostilités déclarée à grands renforts de communication médiatique.

Dans la foulée, l’enquête est oubliée et on passe à autre chose. Cette pratique a fini par convaincre certains qu’ils sont au-dessus de la force publique. C’est ainsi qu’on ose désormais s’attaquer à une délégation officielle, qui plus est, est conduite par le gouverneur de toute une région. Pire, on ne fait plus que caillasser les véhicules ou blesser les victimes, mais on les tue comme s’il s’agissait de la plus vulgaire des bêtes. Comble de l’audace qui animait les auteurs des violences de Wömè, les assaillants, usant de troncs d’arbres et tout autre objet pouvant servir d’obstacles, ont osé barricader la localité, pour éviter la venue des autorités de Conakry. Au point où, selon certaines informations, la délégation conduite par le ministre de la santé, un fils du terroir a dû négocier son entrée à Wömè !  

Pour ceux qui sont prompts à invoquer l’autorité de l’Etat, c’est en pareille circonstance qu’elle est nécessaire et appropriée.

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info

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