UHURU KENYATTA A LA HAYE : Une comparution de façade

En ce mercredi, la Cour pénale internationale (CPI) franchira une étape importante de sa jeune histoire. En effet, avec la comparution du président kenyan, cette instance judiciaire qui fait l’objet d’autant de critiques que d’éloges, pourra à partir de ce jour se targuer d’avoir réussi à faire comparaître un chef d’Etat en exercice. En réalité, il s’agit d’une certaine ‘’parodie’’ dont l’objectif est de permettre à Uhuru Kenyatta de se soustraire des griffes de la CPI, tout en ne perdant pas la face.

Uhuru Kenyatta est de toute évidence de la race des fins stratèges. Sa décision de collaborer avec la CPI, est en tout cas dictée par un savant arbitrage entre le pour et le contre. Dans un premier temps, conscient des conditions contraignantes qui sont imposées au président soudanais, Omar el-Béchir, du fait du mandat d’arrêt international, le chef de l’Etat kenyan n’a pas voulu que cette épée de Damoclès pèse sur sa personne. Surtout que dans la position d’un fauve traqué par le bureau du procureur de la CPI, il risquait en outre de perdre la sympathie d’un ami aussi stratégique que le pays de l’oncle Sam ! Mais en même temps, il n’a pas non plus voulu subir l’humiliation qui a été imposée à Charles Taylor, et qui risque bien de s’abattre sur Laurent Gbagbo. Il a donc fallu faire un choix cornélien. Pourtant, il semble avoir réussi l’exercice périlleux...

Bourreau ou héros ?

En effet, en décidant de se rendre à La Haye, personne ne pourra plus lui reprocher d’avoir ignoré les convocations de Fatou Bensouda. Au contraire, certains de ses partisans, les médias y compris, pourraient voir dans sa démarche une grandeur qui sied à sa stature d’homme d’Etat. Ce pourrait passer comme la preuve qu’il n’a rien à se reprocher. Qu’il est ‘’clean’’. Du bourreau qu’il aurait pu être, il s’en retournerait alors à Naïrobi comme un héros. A un niveau superficiel, le raisonnement ne souffre d’aucune entorse, d’aucune diversion..

Par contre, si l’on creuse davantage, on réalise que le président kenyan n’est en rien différent des autres. Comme eux, il a peur de la CPI et comme eux, il n’est pas si irréprochable qu’il veut bien le paraitre. Mais à leur différence, il s’y prend mieux. S’il se rend en particulier à La Haye, c’est parce qu’il a conscience qu’il ne risque rien. Et s’il ne risque rien, c’est parce qu’il a tout fait pour qu’il en soit ainsi. Cela s’appelle préparer le terrain ! Et comme c’est ‘’le terrain qui commande’’, on comprend mieux que la préparation qui, elle-même, s’incarne dans la rétractation de nombreux témoins sur lesquels l’accusation aurait pu compter.

Lourdeur bureaucratique

Par ailleurs, le fait que le bureau du procureur de la CPI n’ait jusqu’ici pas réussi à mettre la main sur des relevés bancaires et téléphoniques du président kenyan, ne doit pas être un fait du hasard. La lourdeur bureaucratique est un prétexte, sans doute, trop facile. La situation est telle que même la CPI a conscience de la fragilité de sa position.

C’est ainsi que la comparution du président kenyan est appelé ‘’ Conférence de mise en état’’. Fatou Bensouda elle-même ne serait pas surprise que tout ce ‘’cirque judiciaire’’ débouche sur un abandon des poursuites pour insuffisance de preuves. Dans le pire des cas, c’est le Kenya qui pourrait s’en sortir avec un blâme, pour défaut de coopération avec la CPI. Conscient de tout cela, Uhuru Kenyatta, pour en rajouter à la ‘’comédie’’, ose dire qu’il comparaît à titre personnel. Pour cela, il confie les rênes du pouvoir à son vice-président et choisit de payer lui-même les frais de son déplacement. Le simulacre jusqu’au bout en somme!

Un scénario presque parfait

La mise en scène serait parfaite. Sauf qu’elle fragilise la position de l’Union Africaine qui, à l’issue d’un sommet extraordinaire tenu en octobre de l’année dernière, s’était justement opposée aux poursuites par la CPI de chefs d’Etat africains en exercice. L’ironie c’est que cette décision visait justement à défendre le même Uhuru Kenyatta !

GCI suit pour vous.

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info 

Recherche

Suivez-nous

GUINEE: Petit KANDIA "Birin Moulan"



  • Le célèbre chroniqueur est au cœur d’un bras de fer avec Mamadou Blaise Sangaré, conseiller spécial du Chef de l'Etat. Votre site avait relayé cette affaire portant sur des propos diffamatoires attribués à Ras Bath. Ce début de semaine mettra aux pr

Annonce