
Tierno Monénembo est le genre d’écrivains qui revendiquent leur liberté d’expression en toute circonstance et qui visiblement n’ont pas peur de l’amalgame. Il se revendique d’ailleurs sans détour comme écrivain d’opposition et non de l’opposition là se trouve toute la nuance.
A la question des journalistes de savoir la raison de sa présence au domicile du leader de l’opposition guinéenne et mieux un jour de marche Tierno affiche un léger sourire « pour dire bonjour à ma petite sœur, vous savez qu’il(Cellou) est marié à ma petite sœur et, pour voir ce qui se passe exactement ce matin à Conakry, j’ai constaté une ville paralysée et des gens prêts à sortir et à défendre leur droit »
Quant à la coïncidence de la visite il explique « un simple petit hasard, ne tournons pas autour du pot. Vous savez bien que j’adore ce genre de petites fiestas. Moi j’aime beaucoup les manifestations, ça me rappelle beaucoup mes années de jeunesse, quand j’étais étudiant à Dakar ou en France. J’aime beaucoup les barricades et je pense que les barricades, C’est la place naturelle d’un écrivain. Je pense qu’en manifestant en criant contre le pouvoir établi, l’écrivain est pleinement dans son rôle. C’est là justement que je suis un écrivain pas dans une petite pièce enfermée et coupé du monde, bien sûr… ».
Quant aux amalgames, il insiste sur le fait que cela ne lui dit absolument rien « évidemment il y a tellement d’allusions malsaines de ce point de vue-là, mais retenez bien une chose, ce que, lorsque celui qui est notre président aujourd’hui était dans la même situation que Dalein, j’étais de son côté. Tous les Guinéens le savent, donc je me sens pleinement encore une fois dans mon rôle ».
Il poursuit en disant qu’il est du côté des réprimés et dans le cas de figure, c’est l’opposition. « C’est très souvent l’opposition en Afrique d’ailleurs. Le pouvoir établi n’a aucun sens de la loi c’est général ce n’est pas seulement en Guinée. Et malheureusement en Afrique il y a très peu le sens de l’Etat. Il y a des exceptions comme au Botswana, comme au Sénégal par exemple, mais très souvent en Afrique, le pouvoir est un individu, ce n’est pas un principe. Ce qui fait que toutes les institutions en place sont dévoyées et inféodées à l’individu qui est pouvoir. C’est ça le problème, c’est un problème de fond. »
Il partage absolument la démarche de l’opposition et se revendique à juste titre comme un ‘’éternel opposant’’.
Quant à la lecture qu’il fait de la situation socio politique guinéenne, « Elle est confuse, tragique puisque regardez les conditions de vie de nos compatriotes c’est terrible. Un pays qui a les deux tiers de la bauxite du monde, où les enfants n’ont même pas de chaussures, c’est ridicule. Aujourd’hui le monde entier se moque de nous. Les Burkinabé, les Mauritaniens, les Comoriens se moquent de nous. C’est incroyable, j’ai lu ça quelque part, la Guinée donne trois mille milliards de m3 d’eau aux pays voisins, alors que nous n’avons aucune goutte d’eau dans les robinets. C’est ridicule ! Il y a un problème là. Un problème de fond qu’il faut poser et régler »
A savoir s’il a des propositions de solutions, « L’écrivain n’a pas de solution, l’écrivain n’est pas un homme politique. Moi je ne suis pas un politicien, cependant un écrivain a le droit d’intervenir sur le terrain politique. Parce qu’effectivement, il a le droit à la parole, il est libre, sa parole est libre. Ceci dit, je ne suis pas un gestionnaire, je ne sais pas comment on gère l’eau et l’électricité. Je ne sais pas comment on gère un cabinet ministériel. Ça, ça regarde ceux qui sont au pouvoir ; c’est eux qui gèrent la chose publique moi. Moi je gère mon imaginaire ! »
Dans son imaginaire, il rêve à une Guinée meilleure, où effectivement le débat politique serait un peu plus civilisé.
«Je ne comprends pas pourquoi l’Etat guinéen a toujours été brutal et sauvage. On peut faire la politique en toute courtoisie. Regardez le Sénégal, il n’y a pas de haine dans le discours politique, ce sont des idées qu’on avance.»
Et de préciser « Les Guinéens ne sont pas ennemis naturels, aucune ethnie n’est ennemie à une autre. Nous sommes tous issus du même moule historique et culturel. Soit, ce sont des manipulations d’ordre national et international .D’ailleurs chaque fois qu’il s’est agi de dénoncer une ethnie ou une race c’est une manipulation politique. Savez-vous qu’en Allemagne avant Hitler, que les Juifs étaient les mieux intégrés, il y avait des directeurs d’opéras, les plus grands écrivains allemands de cette époque-là étaient des Juifs, de telle sorte que quand Hitler est venu au pouvoir beaucoup de Juifs l’ont soutenu. Parce qu’on parlait de la grande Allemagne. Ils se sentaient concernés ; donc chaque fois qu’il s’est agi d‘ethnie ou de race c’est de la manipulation politique ! »
Il justifie les mouvements de protestation comme la résultante d’une incapacité des autorités à satisfaire le peuple « la lutte est naturelle, l’instinct de lutte est en chacun de nous, l’instinct de survie est en chacun d’entre nous, les gens savent qu’ils sont en danger, parce que leurs conditions de vie sont déplorables, leur santé est déplorable, leur alimentation est déplorable, leur éducation est déplorable, donc ils sont prêts à lutter. Ils vont lutter jusqu’à la fin, jusqu'à la victoire ! »
Quant à savoir comment transformer son rêve en réalité : « Lorsque le rêve de l’écrivain atteint l’esprit du peuple, la révolution arrive, c’est Voltaire qui le disait ».
Momo SOUMAH pour GCI
2015-GuineeConakry.Info




















