
Pour lui, la marche a été belle même s’il reconnait que la mobilisation n’a pas été aussi importante que les autres fois. Mais il a tout de même l’impression que la faiblesse de cette mobilisation a été compensée par la détermination, voire même « l’agressivité » de ceux qui sont sortis.
Quant au sentiment de beauté qu’il semble tirer de la marche, il l’explique par le fait que l’artiste perçoit souvent une forme de beauté dans toute révolte, dans toute réforme. Étonnés, nous lui demandons alors si l’artiste faisait abstraction de la violence et des conséquences souvent dramatiques qui en découlent ? Sa réponse : « l’artiste s’inscrit dans une perspective de l’idéal qui peut résulter de la révolution. Du coup, cet idéal transforme la réalité du moment et lui confère une dimension esthétique ».
Ce lien entre les artistes et la révolution, il l’illustre notamment par Gavroche, un personnage de Victor Hugo ou encore par le rebelle, chez Aimé Césaire. Par ailleurs, ajoute-t-il « les Jean-Paul Sartre ont toujours marché aux côtés de ceux qui étaient opposés au système en place ». Pourtant, lui rétorque-t-on, « le progrès est également possible avec les systèmes en place non ? ». « Oui, bien sûr ! » admet-il, en citant notamment Lula du Brésil et Mohamed VI du Maroc. Mais il précise, « c’est l’exception et non la règle ».
Quant aux risques qu’il court en participant à ces marches, il répond, « le risque, c’est la vie. Celui qui ne veut rien risquer, qu’il demeure au berceau. Dès qu’on en sort, on est dans un risque permanent. Le risque de mourir, on vit avec ».
En ce qui concerne la Guinée, l’auteur de “Le terroriste noir” est particulièrement écœuré par la misère ambiante et la précarité dans lesquelles végètent la Guinée et les Guinéens depuis tant d’années et en dépit, dit-il « de toutes nos richesses ».
En guise d’illustration, il mentionne à tout hasard le quartier de Coronthie, dans la commune de Kaloum. Alors, nous nous hasardons, « mais tout de même la Guinée a aujourd’hui une croissance de 4 % quand même ! ». Manifestement surpris, il fait remarquer tout doucement : « Tandis que la Côte d’Ivoire tout à côté et avec beaucoup moins d’atouts en a près de 10! ».
Mais pensez-vous que les leaders aux côtés desquels vous marchez aujourd’hui feraient de meilleurs présidents ? « Bien entendu, j’ai conscience qu’ils sont avant tout politiciens et que ce n’est jamais évident ». Mais, conclut-il, « dès que l’un d’eux sera aux manettes, je renoue avec l’opposition qui se constituera, parce que moi je ne serai qu’avec l’opposition. En fait, c’est l’opposition qui me rejoint chaque fois et non l’inverse ».
© 2013 Propos recueillis par Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















