TICKET DE SORTIE DU CNT: Parlons-en!

Depuis quelques jours, Conakry bruisse d’une rumeur qui, comme c’est très souvent le cas, se révèle de plus en plus comme étant une des vérités les plus officielles. Il s’agit de la réclamation par les Conseillers nationaux (membres du CNT) de ce qu’ils appellent leur “ticket de sortie”. En gros, c’est qu’en prélude à l’installation des députés qui devront les remplacer, à partir du 13 janvier prochain, ils exigent (le mot n’est pas fort) la rondelette somme de 300 millions pour chacun! Ils estiment avoir droit à cette gratification, en contrepartie de "bons et loyaux services" qu’ils auraient rendus à la nation. Mais en réalité, il n’en est rien. Ils militeraient plutôt pour la mise en application d’un deal qu’ils auraient passé avec le pouvoir transitoire, sous le magistère du général Sékouba Konaté. Ce dernier avait, on se le rappelle, promis aux membres du gouvernement qui l’avait aidé à conduire le navire 500 millions GNF à chacun, quand l’heure du départ aura sonné. Et puisque Jean-Marie Doré et son équipe avaient effectivement empoché le pactole, et qu’en plus ils devraient bénéficié de parcelles et de véhicules, ... 22:31 6-1-2014

Et puisque Jean-Marie Doré et son équipe avaient effectivement empoché le pactole, et qu’en plus ils devraient bénéficié de parcelles et de véhicules, les conseillers nationaux, eux aussi, souhaitent qu’on se conforme à la même démarche. Alpha Condé n’y est pas foncièrement opposé. Il souhaiterait juste que le montant soit revu à seulement 100 millions GNF. Or, le problème, il est justement dans le principe!

Ceci étant, si l’on se réfère au fait que le CNT est composé de 159 membres, un petit calcul mental fait que "le chantage" des Conseillers nationaux pourraient coûter au trésor public quelques 15.900.000.000 GNF!

La facture est salée

Finalement, même avec la formule plus austère d’Alpha Condé, la facture demeure salée. Un conseiller national, ça coûte bigrement cher en Guinée. On en aurait peut-être importé des pays voisins, on ne se serait pas saigné autant.

Justement, le principe dont on parlait précédemment, il est à ce niveau. Ce sont des Guinéens qui dans la plupart des cas, ne jurent que par leur patriotisme qui exigent qu’on leur verse un tel montant. Alors que durant les trois ans qu’ils ont siégé au CNT, chacun a perçu, dit-on, entre 3 et 7 millions GNF, à la fin de chaque mois. Sans parler bien entendu des primes de sessions ordinaires ou extraordinaires ou encore d’autres avantages consécutifs à des missions, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Que des Guinéens exigent du pays un tel sacrifice pour ce qu’ils auraient plutôt fait pour lui, relève plutôt de l’insensé.

Le patriotisme, c'est quoi même?

On serait tenté de se demander comment ils définissent le patriotisme, ou encore le service public ? Naturellement, ce n’est pas du concept de patriotisme dont on se nourrit et prend en charge sa famille. Mais de là à user du chantage, il y a quelque chose à la fois incompréhensible et franchement étrange. Il y a que par exemple, par une telle attitude, on inculque dans l’esprit de la nouvelle génération que le service public est quelque chose de tout d’abord lucratif. On y va pas parce qu’on sent qu’on peut faire évoluer positivement un domaine précis, en vue du développement et du progrès du pays. Mais on aspire et on se bat pour acquérir les postes au sein de l’administration, parce qu’on sait que ça peut vous faire passer du camp des misérables à celui des nantis! Comme par magie. 

Personne ne se demande ou ne déplore l’inefficacité du service public. Parce qu’en réalité, tout le monde cautionne publiquement ou tacitement cette démarche. Déjà, dans le cadre du CNT, il est à préciser qu’il est dirigé par une ex-syndicaliste dont on avait dit qu’elle est l’incarnation même de la défense des intérieurs supérieurs de la nation. Elle est secondée par deux hommes de Dieu que sont Elhadj Mamadou Saliou Sylla et Mgr Albert David Gomez. Il est par ailleurs composé d’éléments venant de toutes les entités sociales du pays. De même, aujourd’hui, le débat autour de la question n’a lieu qu’à l’intérieur des quartiers et dans les cafés.

L'opposition muette comme une carpe

L’opposition qui est particulièrement bruyante sur des sujets même quand ils n’en valent pas la peine, demeure muette comme une carpe. Il n’est pas exclu que ce silence soit lié au fait que certains avaient déjà perçu les fameux tickets, au compte du gouvernement de transition, auquel ils avaient appartenu et que d’autres souhaitent préserver les intérêts de leurs représentants au sein du CNT.

Mais de tous, la responsabilité du président Alpha Condé semble la plus importante. En effet, on se demande comment va-t-il céder à un tel chantage ? C’est d’autant plus difficile à comprendre que durant les trois premières années de son exercice en cours, il aura réussi à annihiler des velléités de contestation de certains de ses opposants. S’il se plie alors aux exigences de 159 conseillers nationaux, qui ne peuvent compter sur aucun Guinéen pour faire triompher leur revendication, c’est qu’il serait visiblement complaisant. On se demande notamment ce que ces Conseillers nationaux auraient pu faire, si on s’en était tenu aux strictes mesures d’accompagnement légales et officielles ? Auraient-ils refusé de quitter le Palais du peuple ? Personne n’ose y croire un seul instant. 

Le phénomène pourrait être contagieux

Or, le phénomène, comme on le disait précédemment, risque de faire tâche d’huile. Déjà, selon certaines indiscrétions, les membres du gouvernement, eux, exigeraient 150 millions par personne et pour ceux qui devraient quitter la barque. A ce rythme, il n’est pas exclu que les membres du Conseil économique et social ou du Conseil national de la communication, de la Cour suprême, … Bref de toutes les institutions républicaines s’approprient la règle.

Après, il ne faudra surtout pas s’étonner que le Guinéen lambda doute de certaines déclarations faisant croire que les caisses de l’Etat sont vides. 

GCI suit pour vous.

Fodé Kalia Kamara pour GuineeConakry.info 

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