
Il est important pour tous ceux qui souhaitent embrasser la carrière de journalistes sportifs d’être suffisamment informés sur le parcours des pionniers de la presse. A force de travail et d’abnégation, Kabinet Kouyaté s’est forgé une réputation à revendre.
Il s’est dépensé sans compter pour la cause du sport. Faut-il le souligner, il fut membre fondateur de la Fédération Guinéenne des sports mécaniques dans les années quatre vingt dix. Et en 1992, il lança le magazine sportif Stades de Guinée, qui ne survécut malheureusement pas après lui. De son vivant, seulement deux numéros furent publiés.
En journaliste avisé, il s’était constitué un solide carnet d’adresses, qui lui permettait de suivre les grands événements sportifs, au cas où il n’était pas dépêché par le service des sports de la RTG. Il en fut ainsi pour la CAN de foot senior de 94 disputée en Tunisie. Kabinet non retenu par la RTG m’avait confié qu’il se rendrait en Tunisie grâce à ses relations. Quelques jours avant l’organisation de cette épreuve en mars 94, le 24 février, la mort le faucha.
Le hasard a voulu qu’au mois de décembre 1993, dans un café de la place, l’occasion me fut donnée de longuement discuter avec le défunt. Je le revois encore, vêtu d’un superbe boubou blanc assis seul à une table. Nous étions un vendredi. Après une absence de quatorze ans, le Syli national renouait avec les phases finales de la CAN. Depuis notre participation en 1980 au Nigeria, nous nous étions enfin qualifiés pour l’édition de 1994 en Tunisie.
Au cours de cet entretien ‘’l’Honorable’’ me donna son point de vue sur les chances de notre pays, avec un large tour d’horizon sur les problèmes du sport guinéen. Sans le savoir, j’allais être le témoin de ses toutes dernières réflexions. Ce jour là, Kabinet me rassura fermement qu’il serait en Tunisie avec la RTG ou pas. C’était le moindre de ses soucis.
Il était beaucoup plus préoccupé par la préparation du Syli national, car il avait à cœur une participation de qualité de notre pays. On connaît la suite des événements. Nous avons été éliminés au premier tour, battus par le Ghana et le Sénégal. Et le destin fut fatal, puisque Kabinet ne se rendra finalement pas en Tunisie.
Je retiens de l’homme un bourreau du travail et un journaliste modèle. A un moment donné (la date précise m’échappe), Kabinet Kouyaté fut l’objet d’une sanction administrative. On lui intima de présenter le journal de 6 heures du matin à la radio nationale. Sans rechigner, il se mit à la tâche, et le temps que prit la sanction, il vint à l’antenne. Ce fut donc un homme de devoir. Une image forte qu’il est difficile d’oublier.
Le destin est parfois cruel et impitoyable. En l’espace de dix neuf ans, nous avons perdu quatre journalistes sportifs et pas des moindres. La ronde funeste a débuté par Kabinet en 1994. Trois ans plus tard, en 1997, ce fut le tour de Boubacar Kanté. Onze ans après, en 2008, le doyen Pathé a répondu à l’appel du destin. Et l’année dernière, Gassimou Sylla, le ‘’ Boeing ‘’ a rejoint le royaume du silence.
Ce quatuor qui a brillamment marqué la vie du sport national mérite de la nation bien plus que des médailles ou autres distinctions décernées à titre posthume. Ces journalistes ont véritablement droit à une place d’honneur au musée national du sport à créer. Nous leur devons une reconnaissance éternelle. Par devoir de mémoire, il s’agit désormais de rompre avec cette culture d’ingratitude et d’indifférence.
Bon nombre de nos compatriotes durant leur vie active s’investissent pour la nation. Autant que faire se peut, de leur vivant, on devrait leur reconnaître les actes qu’ils ont posé pour le pays. Pour la postérité, ils seront ainsi des modèles qui inspireront les générations montantes.
Saïdou Diakité pour GuineeConakry.info




















