SOUDAN DU SUD : Un génocide en préparation ?

Dans le rapport rendu public hier, les enquêteurs onusiens n’évoquent pas explicitement la notion de génocide. Mais les faits qu’ils rapportent renvoient bien à cela! Au-delà du drame humanitaire que constituent les massacres de Bentiu, c’est la démarche visant à cibler précisément certains groupes ethniques qui est autrement inquiétante. Elle est potentiellement porteuse des germes de la disparition de ce nouvel Etat africain. D’où la nécessité pour monde, l’Afrique au premier rang, d’agir pendant qu’il est encore temps.

On savait que le cessez-le-feu du 23 janvier dernier n’est jamais allé au-delà de ce qui a été couché sur le parchemin. Les différents protagonistes n’y ont jamais un quelconque intérêt.

Conséquence ? Des Sud-soudanais des deux camps en conflit, ont continué à se faire tuer alors qu’ils n'étaient coupables de rien. Certains belligérants poussant la folie meurtrière jusqu’à s’attaquer à la base onusienne de Bor où des milliers de déplacés avaient trouvé refuge.

Par contre, on n’était loin d’imaginer que les massacres qui se perpètrent le sont systématiquement sur des critères ethniques. Naturellement, depuis le début du conflit entre Salva Kiir et Riek Machar, la méfiance entre Dinka et Nuer est mise en évidence par les experts et autres observateurs. Mais personne n’imaginait que le ciblage ethnique dans le conflit est aussi formel et systématique que tel que décrit dans le rapport onusien rendu public hier.

Les combattants de l’ex-vice-président, Riek Machar, sont particulièrement mis en cause. S’emparant de Bentiu autour de la mi-avril, ils y auraient mis à mort tous ceux dont les traits se rapprochent de l’ethnie Dinka. Cédant à la haine de «l’autre», ils n’auraient épargné ni femmes, ni enfants. Comme obéissant à un plan savamment orchestré, ils se seraient introduits dans les mosquées, églises et hôpitaux où ils auraient procédé à un tri systématique.

Les Dinka et autres ethnies assimilées, indépendamment de l’axe et du sexe étaient regroupés d’un côté avant d’être massacrés. De l’autre, les Nuer en particulier, étaient conduits sous bonne escorte vers des sites d’abri. Ceci étant, l’extrémisme prenant le dessus, quelques Nuer accusés de n’avoir pas célébré la rentrée des rebelles dans la ville ont également été tués.

Au-delà de ces massacres dont on ignore le nombre exact de victimes, l’ONU dénonce aussi des appels à la haine lancés sur les ondes de radio Bentiu.

Le mérite de ce rapport c’est celui d’avoir alerté le monde sur ce qui pourrait se passer au Soudan du sud. Instance internationale dont l’un des principes fondateurs est de garantir la paix dans le monde, la même ONU se doit d’aller au-delà de l’alerte pour imposer l’arrêt de la dérive communautariste ainsi en marche.

Mais très certainement, les instances particulièrement interpellées par le contenu de ce rapport sont celles africaines. C’est à l’Union africaine vu notamment la gravité du moment d'empêcher que le dernier-né des Etats africains, ne se fasse emporter par ses violences communautaires. Cette tâche préventive, l’UA se doit d’autant plus de l’assumer qu’impuissante, elle a laissé le Soudan se désagréger.

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

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