SERGE LAZAREVIC : Le message d'Aqmi à décoder dans la vidéo

De la vidéo du dernier otage français, Serge Lazarevic, diffusée avant-hier, essentiellement deux choses sont à retenir. D’abord, pour la famille et ses proches, c’est la preuve que l’otage est en vie et relativement bien portant. Ensuite que ses ravisseurs, peut-être dans une mauvaise passe, cherchent à négocier. Et pour conforter cette seconde thèse, Aqmi donne l’impression d’essayer d’exploiter l’émotion de la famille et de l’opinion comme « monnaie d'échange » contre les autorités françaises. Comme pour amener l’Etat français à se montrer moins ferme sur sa position. Toute la question est de savoir si cette stratégie sera payante ?

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, arguant de la discrétion qu’implique la gestion d’une affaire aussi délicate que les négociations portant sur la libération d’un otage, a laconiquement déclaré que l’Etat français faisait tout ce qui est en son pouvoir, pour obtenir la libération de Serge Lazarevic.

 

Mais on peut logiquement douter de ces déclarations. En effet, les propos que l’otage a tenus dans la vidéo sous-entendent que les autorités françaises ne fournissent pas tous les efforts. Ou tout au moins, elles ne sont pas prêtes à consentir tous les sacrifices. Car au-delà de Serge, il faut aussi voir dans cette vidéo, le message délibérément envoyé par les ravisseurs. Cela est notamment attesté par la présence des deux hommes encagoulés et kalachnikovs en bandoulière derrière lui. Len regard orienté légèrement vers sa droite laisse penser qu’il lisait un discours peut-être tenu par une troisième personne !

On peut donc croire que le message qu’il a lancé était rédigé à dessein. Les auteurs qui ne peuvent être que les combattants d’Aqmi avaient à cœur d’inviter, voire de contraindre les autorités françaises à négocier. Un stratagème est destiné à convaincre la partie française à abandonner une position plutôt raide. C’est du reste ce qui transparait dans cet appel en jérémiades assumées : « Je saisis cette occasion qui m'a été offerte aujourd'hui mardi 13 mai 2014 pour adresser ce message au président de la république française Monsieur François Hollande, de tout faire pour négocier ma libération pour que je puisse rentrer chez moi ».

Pour atteindre leur objectif, la pitié souffle dans le texte qui fait vibrer toute âme sensible : « Je vis une situation critique (…) je souffre de plusieurs problèmes de santé et de conditions climatiques difficiles »     

Il n’est certes pas question de minimiser l’impact des conditions de vie difficiles qui sont imposées à un otage, qui plus est, occidental, qui n’est certainement pas habitué à la rudesse du climat désertique. Mais entre le ton misérabiliste du message et la santé apparente de l’otage, le contraste est saisissant. Il y a de toute évidence une manipulation visant à susciter de l’émotion et l’action. Au niveau de la famille, des proches et plus largement de l’opinion publique française, la réaction de compassion est immédiate.

Surtout que par ailleurs, dans le même message - et ce n’est pas par hasard- Serge Lazarevic a fait le parallèle entre son sort et celui des autres otages ayant plus ou moins bénéficié de l’attention des autorités françaises. Par cette comparaison, on voudrait rappeler l’Etat français à son obligation d’égalité de traitement à l’égard de tous ses citoyens. Il ne faut surtout pas que les origines serbes de Lazarevic serve de motif à un traitement différentiel.

Comme on le voit donc, à travers ce message, Aqmi semble vouloir dire qu’il est prêt à discuter du sort de Serge Lazarevic. Mieux, il s’impatiente à l’idée de voir les autorités françaises prendre la main qui leur est ainsi tendue.

Le subterfuge marchera-t-il alors ? A priori oui. Parce qu’après diffusion de cette vidéo, la pression va certainement s’accentuer sur François Hollande. C’est probablement le meilleur moment pour dialoguer, parce que tout indique que dans les circonstances actuelles, les ravisseurs ne sont pas en mesure de se montrer trop exigeants. Le message cache mal le besoin de « dialoguer » pour des nécessités inavouées.

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info

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