
GuineeConakry.info : D’où vient l’initiative de la semaine du cinéma guinéen que vous lancez ce jour?
Mohamed Camara : C'est une idée que j’ai toujours nourri. Notamment vers les années 1990, lorsque j’ai obtenu le grand prix international de court-métrage et le prix de la presse internationale de Clairmont Ferrand. J’ai parlé avec l’un des directeurs de ce festival, en l’occurrence Jacques Curtil auquel j’ai fait part de mon intention d’organiser un festival à Conakry. J’ai mis l’occasion à profit pour demander son appui. Il m’a donné son accord. Mais tout ce qui concerne le cinéma, n’aboutit que par les rencontres, les entrevues. Et puis la vie a fait aussi que ça n’a pas marché. Mais par contre l’idée est restée.
A un moment donné, par mes films, j’ai rencontré son excellence, Monsieur Justin Morel Junior, qui a pensé que j’ai acquis de l’expérience à l’extérieur de la Guinée. Après avoir obtenu 50 grands prix par mes réalisations, par mes films, il a estimé qu’il était temps que je rentre au bercail, afin de pouvoir mettre mes expériences au service de la nouvelle génération. Il a voulu donc faire de moi le Directeur général de l’office du cinéma. J’ai estimé qu’il était temps à présent de mettre mon rêve de toujours en pratique. Mais les problèmes d’alors, le festival n’a pas pu se tenir. Car entre temps, M. Morel avait démissionné du gouvernement, suite aux événements dramatiques du Stade du 28 septembre. Et lorsque Fodéba Isto Keira est venu à la tête du département de la culture, il m’a confirmé à mon poste et les choses vont rapidement bouger.
Nous avons fait une première expérience qui a montré un engouement exceptionnel auprès du public guinéen. Mon ambition a été donc de capitaliser ce que nous avions par la jeunesse comme films. On en a eu beaucoup, c’était étonnant et on a fait les projections. On pensait avoir un public intellectuel mais on a vu que c’était plutôt un public tous azimuts et donc, on s’est dit que ce festival devrait perdurer. On a vu aussi le visage de ces jeunes réalisateurs qui jadis, n’avaient jamais pensé que leurs films passeraient sur un grand écran. Donc, lorsqu’ils ont vu leurs œuvres sur grand écran, ils étaient contents, émus et c’était vraiment touchant.
GCI : Quelle est la procédure pour célébrer la semaine?
Non, il n’y a pas de procédure comme telle. J’appartiens à une structure étatique, donc je consulte mon ministre avec lequel je discute autour de l’évènement. Et heureusement, lorsque j’en ai parlé à son Excellence, Monsieur Ahmed Tidjane Cissé, qui est un homme de culture, il a tout de suite adhéré à l’idée et il a accompagné l’Office national du cinéma pour que cela aboutisse. Nous espérons que cette fois, ce sera la semaine du cinéma. En sept jours, nous allons projeter deux films par jour. Et pendant les projections, il va y avoir d’autres manifestations qui rentrent dans le cadre cinématographique, à savoir les débats pour essayer de poser les vrais problèmes que rencontrent notre cinéma, puisque notre cinéma a été le pionnier en Afrique avant de sombrer la léthargie, ensuite faire des propositions de solutions concrètes.
Cette année, il y a combien de films à projeter?
Par jour, on fera passer deux films, donc au total, il y aura quatorze films qui seront en compétition. Il y aura des jeunes cinéastes étudiants sortant de l’institut supérieur des arts de Dubréka. Ce qui est agréable dans notre pays, c’est de voir des gens qui se consacrent à la réalisation du film sans avoir fréquenté une école de cinéma. Il se trouve que ce sont ces personnes justement, qui donnent la possibilité à la population de pouvoir se divertir, d’apprendre la culture, la civilisation de notre pays, à travers les images qu’ils font. Je pense que c’est quelque chose qu’il faut encourager, promouvoir et je crois que c’est le but de ce festival.
Est-ce que les humoristes, comme Kabakoudou, Moussa Koffoé et autres, seront de la partie ?
Oui justement, ce sont eux qui n’ont pas eu la chance de fréquenter l’école, mais qui font des films qui plaisent à la population. C’est du cinéma populaire et je pense que c’est très important dans chaque pays.
Est-ce qu’ils bénéficieront de formations ?
Ce sont déjà des gens qui ont beaucoup de talents. Ce qu’il faut, c’est essayer de les encadrer, les structurer, et essayer de leur dire que leurs produits peuvent sortir de la Guinée. Mais à condition qu’après la réalisation, qu’il y ait un sous-titrage, pour que les gens puissent comprendre l’idée qu’ils veulent véhiculée. Mais, en matière de cinéma et de l’art en général, l’école n’est pas toujours une fin en soi. Parce que l’école enseigne la théorie et l’art, la pratique. Evidemment, il y a une complémentarité entre les deux, mais on peut être un bon cinéaste, sans avoir fréquenté une école de cinéma
GCI : Est-ce qu’il y aura des prix ?
MC : Absolument ! Il y aura trois (3) prix. Le premier, c’est le prix du public, ensuite, le prix du meilleur film, et le prix du meilleur scénario.
GCI : Est-ce qu’après ce festival, les films sélectionnés seront envoyés dans des compétions internationales, comme le FESPACO par exemple ?
MC : Nous espérons que nous allons pouvoir le faire. Mais surtout, les films qui vont être primés, nous allons demander aux réalisateurs de créer chacun un scénario, pour qu’à la suite, nous puissions voir comment réaliser un film.
GCI: L’objectif principal de cette semaine culturelle?
M C : C’est la découverte des chefs d’œuvres de notre pays, découvrir des grands talents, pour essayer de voir s’ils sont compétitifs en dehors de notre pays.
GCI : Est-ce que les films déjà présentés, peuvent faire la concurrence avec les autres pays ?
Il y a de très grands films comme celui de Arthur Cécé Loua, qui a fait un film sur un unijambiste. Un film extraordinaire, qui peut être présenté dans n’importe quel festival. Evidemment c’était pour l’année dernière. Mais pour cette année, on ne peut pas encore dire notre préférence, non seulement nous n’avons pas ce droit et nous ne sommes ni des jurés au niveau du public, ni au niveau officiel.
Votre message
C’est d’encourager, c’est de dire à la jeune génération qu’elle peut faire autant de films que possible. Et aussi, je m’adresse aux autorités, de savoir que le cinéma, c’est la culture. Et quand tout disparaît, il reste la culture et de se pencher vraiment sur la culture, et d’en faire leur cheval de bataille.
Propos recueillis par Kerfalla Kourouma et Lamine Camara pour GuineeConakry.info




















