
Ayant consciemment décidé de favoriser, ce que j'appelais alors " l'explosion de la musique halpular", avec la sortie en 1997 de l'album "Mahin" de Yéli Sayon Kouyaté, j'ai contacté en 1998, le technicien de son de la Radio Rurale de Labé, Ousmane Télimélé Bah, afin que nous puissions identifier ensemble, d'autres voix de cette musique que je voulais promouvoir. Encouragé en cela par l'énorme succès de ma production de 'l'homme-ambiance" en la personne de Yéli Sayon, nous avions pris contact avec Sékouba Fatako, qui viendra à Conakry avec sa maquette et ses idées.
Après auditions et discussions, un contrat sera signé en bonne et due forme, avec comme témoins, son ami Apha Dansokho et Ousmane Télimélé de mon côté. Je vais rapidement, fort de ce document, engager l'arrangeur Rakesh Touré, et les répétitions vont commencer jours et nuits, chez moi à Kipé, pour finaliser un opus de grande qualité, enregistré - je vous le révèle aujourd'hui - dans une de mes chambres à coucher! Et pour chanter "Sia yata, yéto'' qui deviendra le titre éponyme de l'album, j'avais fait isoler Sékouba Fatako dans la salle de bain, pour éviter certaines interférences sonores! Incroyable, mais vrai!
De lui, je garderai toujours l'image d'un artiste timide, d'un guitariste accompli et d'un danseur plaisant, que le succès n'a jamais pu griser. Après "Lougata", son premier album avec moi, il continuera avec d'autres producteurs guinéens et africains, avec ma fraternelle bénédiction. Il volera aussi de succès en succès, tout en gardant pour moi, la reconnaissance de la star vers le producteur qui lui ouvrit, avec ses petits moyens, les portes de la consécration.
Il laisse un vide dans la musique guinéenne que seul le temps comblera, par la force du souvenir, qu'il éveillera toujours, avec ses paroles osées, ses rythmes chauds et l'exceptionnel timbre de sa voix mâle.Son expérience de chanteur dans les orchestres de Tougué et Labé avait fini par lui donner une assurance de compositeur prolixe, dont les oeuvres portaient l'estampille de la tradition.
Sékouba Fatako est mort ce dimanche 10 juillet 2011 aux environs de 23 heures, des suites d'une longue maladie, à Thyndel, dans la préfecture de Labé, où il avait élu résidence. Il a été inhumé ce lundi 11 courant, après la prière de 14 heures.
Que son âme repose en paix et que la terre lui soit légère.
Source: Justin MOREL Junior pour www.justinmorel.net




















