
GuineeConakry.info: Monsieur le représentant, l’année 2010 s’est achevée, Dieu merci, dans la paix et la quiétude sociale souhaitée par tous les Guinéens et bien sûr les résidents en Guinée, n'est-ce pas?…
Salifou Compaoré: Oui, Dieu soit loué! Je profite de cet entretien pour présenter mes vœux les meilleurs au vaillant peuple de Guinée et aux étrangers résidant dans ce beau pays. Pourvu que la nouvelle année nous apporte beaucoup de bonheur et surtout la santé que nous défendons de toute notre énergie.
En effet, l’année 20101 a effectivement été une année difficile pour ceux qui vivent en Guinée et les Guinéens en particulier, compte tenu de la situation sociopolitique que nous savons tous. Mais j’avoue que nous sommes très contents que la Guinée ait dépassé le cap fatidique des élections, et, qu’elle ait conséquemment montré à la face du monde, un visage rayonnant de liberté. C’est un bel exemple que la Guinée vient de donner...
GCI: En dépit des difficultés, PSI-GUINEE a-til pu tout de même atteindre certains de ses objectifs ?
SC: Bon ! Disons que nos activités ont été un peu étriquées, à cause de la situation sociopolitique difficile que le pays a traversée. Mais nous sommes quand même arrivés à développer nos activités majeures. Il faut noter que, dans les différents domaines de santé que nous couvrons, nous avons réussi d’importantes réalisations. Au niveau des populations par exemple, nous avons mené beaucoup d’activités dans le domaine de la lutte contre l’excision, de la prévention du VIH/SIDA, avec plusieurs activités menées avec les ONG locales qui sont nos partenaires de terrain. Mais également, il est à signaler que nous avons terminé l’année avec une caravane de sensibilisation qui était composée des jeunes artistes chanteurs de Hip-hop, qui ont accepté de faire une campagne médiatique (Spots télévisés, radiodiffusés) et une tournée de sensibilisation à l’intérieur du pays.
Dans le pays profond, nous avons pu toucher énormément de monde. Je dirai donc que, nous avons achevé l’année sur une note positive. Je dois vous dire que comme vous le savez, nous utilisons beaucoup l’image des vedettes, des leaders d’opinion, dans le cadre de la sensibilisation de la population. En gros, l’année 2010 a été positive et nous pensons que nous avons pu atteindre nos principaux objectifs. Même s’il est vrai qu’au niveau de la distribution, on a noté quelques problèmes. Nous avons surtout réalisé des progrès dans le domaine de la communication. Qu’à cela ne tienne, l’an 2011 s’annonce promoteur.
GCI : Que dire des nouvelles infections VIH/Sida qui sont signalées presque tous les jours en Guinée. Est-ce une faiblesse dans le cadre de la sensibilisation ou un simple relâchement des comportements au niveau individuel ?
SC: Je dirai que ce n’est pas un relâchement. Puisque, dans le monde entier, on n’est pas encore arrivé à stopper complètement les nouvelles infections. Aussi, toutes les activités que nous menons tendent à amoindrir des nouvelles infections, mais pas forcément les arrêter. Dans les faits, on n’a l’impression que de plus en plus de personnes sont infectées à mesure que le temps passe. Alors qu’en réalité, c’est le dépistage qui s’est accru.
Il faut préciser que PSI-GUINEE s’occupe du volet santé dans le projet "Faisons Ensemble". Dans ce volet, nous avons des centres de dépistages à travers la Guinée, qui permettent de faire, de manière anonyme et gratuite, des tests. C’est peut être que justement, nous avons bien fait la promotion du test de dépistage que de plus en plus de gens se rendent dans les structures hospitalières. Ce qu’il faut savoir c’est que, par le passé, les gens ne découvraient leur séroprévalence à VIH que quand ils avaient une maladie récurrente et surtout quand le médecin demandait des examens approfondis. Mais depuis un temps, les gens vont d’eux-mêmes, faire leur test de dépistage. Cela pourrait laisser penser que l’écart augmente mais en fait, il s’agit des cas qui n’étaient pas encore dépistés. Au contraire, je pense que c’est une bonne chose que de plus en plus, on arrive à révéler des cas cachés. Mais je peux vous assurer que de par le monde, des nouvelles infections sont à tout moment enregistrées, mais jamais à grande échelle, comme par le passé.
Je précise que PSI accompagne le ministère de la santé et de l’hygiène publique. Notamment, à travers le comité national de lutte contre le sida (CNLS). Aussi, il y a les autres partenaires du PSI, tant au niveau étatique que des ONG nationales et internationales. En d’autres termes PSI apporte une contribution, en accompagnant toutes les initiatives allant dans le sens de la prévention et de la consolidation de la santé des populations qui sont nos cibles.
Nous estimons sincèrement que l’année dernière nous avons beaucoup fait par rapport à la sensibilisation. Parce qu’une personne bien sensibilisée, formée et bien informée s’entoure toujours des mesures indispensables pour éviter d’être infectée, et aussi, ne pas infecter les autres.
GCI: Peut-on s’attendre en 2011 à une actualisation de la statistique sur la séroprévalence en Guinée, de la part de PSI en partenariat avec le gouvernement guinéen ?
SC: Je tiens à signaler que l’établissement des statistiques sanitaires est un mandat exclusif du ministère de la santé. Ce département est garant des statistiques produites dans tous les domaines de santé. Donc, ce que je peux vous dire, au cours de l’année dernière, il était prévu de faire des études pour déterminer le niveau effectif de séroprévalence, et je pense que cela n’a pas été fait, compte tenu de la situation qui a prévalu l’année dernière.
Mais en 2011, on doit espérer quant au renouvellement des statistiques sanitaires en général en Guinée. Cela nous permettrait sans nul doute d’avoir des données plus actuelles. Je signale au passage que dans le monde une étude importante présente les données de base au niveau de la démographie de santé, qui s’appelle EDS dont la dernière date de 2005. Elle est le bilan quinquennal que chaque pays réalise pour avoir ses indicateurs propres de santé. Il était donc prévu effectivement que cette grande étude se fasse en 2010.
Malheureusement elle n’a pu être faite à temps. Mais, espérons qu’en 2011, elle le sera.
GCI: L’excision est encore hélas pratiquée, même dan les hôpitaux. Etes-vous au courant ? Et quelles stratégies spécifiques comptez-vous développer dans ce cadre ?
SC: Je vous remercie pour la pertinence de cette question. Ce que je voudrais vous dire, c’est que PSI a commencé à travailler dans la lutte contre l’excision depuis 2008. Nous sensibilisons la population pour la culture de la bonne pratique. Vous êtes certainement au courant d’une série de communications que nous avons développées en collaboration avec l’artiste Sékouba Bambino, et bien d’autres artistes et leaders d’opinion qui se sont solennellement engagés de lutter contre cette pratique.
Pour que justement, désormais dans les causeries ordinaires on puisse parler ouvertement de l’excision, considérée jusque là, comme un sujet tabou. Notre stratégie a été de mettre les leaders d’opinion à la tache. Pour se faire comprendre, et se faire écouter par tout le monde. Je crois que nous sommes arrivés à cela. Aujourd’hui, tout le monde peut s’exprimer à l’aise de l’excision. Ce qu’on ne pouvait jamais faire avant l’intervention de Bambino.
Cela dit, je trouve que vous avez touché du doigt un problème important que constitue l’excision dans les hôpitaux. Je pense que le ministère de la santé est en train de prendre des dispositions pour éradiquer cette pratique dans les hôpitaux. Je sais que le ministère de la santé au cours de cette année 2001, à l’intention de mettre en place une intervention énergique avec le personnel médical, et aussi, avec la population à la base, pour arrêter la pratique de l’excision dans les hôpitaux.
Parce qu’il n’y a pas de raison qu’on demande d’arrêter l’excision dans les villages, dans les quartiers… et que ce soit le personnel médical qui la pratique!! C’est absolument inadmissible ! Mais avec l’appui des partenaires du gouvernement que nous sommes, vous pouvez compter, pour l’amoindrissement de cette pratique, à défaut de l’éradiquer.
GCI: Justement, vous avez parlé de l’artiste Sékouba Bambino, dites-nous concrètement, quel a été l’impact de sa campagne contre l’excision ?
SC: Je pourrais tout de suite vous donnez quelques informations en la matière. Nous avons réalisé une étude en Août 2010 destinée à l’identification des personnes qui prennent la décision de faire exciser les enfants dans une famille. Il s’est avéré que ce n’est ni le père, ni la mère. C’est en fonction de cette étude que le spot mettant en scène les leaders religieux et les populations a été réalisé.
Nous avons donc cru devoir impliquer deux chefs des religions les plus pratiquées en Guinée, l’Islam et le Christianisme, pour relever le fait que l’excision n’est prescrite nulle part dans le Coran ou la Bible. L’autre chose qui a été ressortie de cette étude aussi, c’est que dans la famille, ce n’est pas forcément le père ou la mère de l’enfant à exciser qui prennent la décision. Bien au contraire, ce sont les tantes qui prennent cette décision. C’est pourquoi, dans le spot, nous mettons quelqu’un en scène qui vient du village, dans le but de prendre les enfants et les envoyer au village.
La quasi-totalité de la Guinée a vu le spot et on en parle partout. Trois mois de diffusion n’était suffisant pour passager le message le plus loin que possible. Mais, rassurez-vous qu’au cours de cette année 2011, nous allons faire comme toujours une évaluation formelle de la communication faite par Bambino. Nous allons chercher à comprendre ce que les gens ont retenu de ce message de Bambino. Evidemment le spot passe toujours sur antennes de la RTG et des radios privées de la place.
GCI: Quelle est la situation actuelle de la planification familiale. Quels résultats avez-vous obtenu avec Planyl par exemple ?
SC : La Guinée a un taux de prévalence contraceptif très bas. Cela veut dire en terme simple, qu’en Guinée, les femmes ont plus d’enfants que dans les autres pays. Des études qui ont été faites il y a plusieurs années, ont démontré que les barrières à l’utilisation de la planification familiale, étaient que les femmes n’avaient pas les vraies informations. Elles pensaient que prendre les produits, la pilule ou l’injectable, avaient des répercussions néfastes à la longue sur la santé. Ce n’est pas un cas particulier à la Guinée. C’est le cas en Afrique de l’ouest en général.
Les femmes pensent qu’en prenant les pilules elles s’exposaient à la stérilité. Bref, il y a diverses interprétations qui découlent de fausses rumeurs. Parlant de la pilule, nous avons distribué plus de 380.000 cycles de Planyl. Et un cycle c’est pour un mois pour une femme.
Pour l’Equilibre, plus de 185.000 doses. Quand on sait qu’une dose protège la femme pour trois mois. Donc, ces produits que nous avons distribués contribuent naturellement à améliorer la prévalence contraceptive. Pour les préservatifs, nous avons distribué plus de 7.600.000 au cours de l’année.
Par rapport au produit “Sûr'Eau’’, qui contribue à la désinfection de l’eau, nous avons pu distribuer plus de 250.000 bouteilles au cours de l’année dernière. Donc, vous voyez que les chiffres sont éloquents, mais comme je l’ai dit, nous n’avons pas atteints forcément notre objectif, compte tenu de la situation. Mais, ce n’est que partie remise.
GCI: En 2011, quel sera le cheval de bataille du PSI-GUINEE
SC : Le cheval de bataille de PSI-GUINEE, c’est d’être plus présent, par rapport à la communication. Parce que nous devons avoir une communication plus soutenue. La Guinée repart dans une nouvelle ère et c’est tant mieux pour notre vocation qui consiste à accompagner le ministère de la santé. Nous voulons accompagner les nouvelles autorités, à la mise en place d’une politique de santé convenable pour la Guinée. Naturellement dans nos domaines d’expertise, dans la communication, dans la distribution de nos produits.
Nous allons accroitre notre communication et mettre en place des différentes stratégies pour la distribution de nos produits. Au passage, je voudrais signaler que PSI est entrain de mettre place un circuit de distribution plus efficace dans le domaine commercial. Notre souhait est que chaque Guinéen puisse s’acheter dans la boutique, dans la rue, à la pharmacie, dans les centres de santé, partout où il est, ces produits qui ne sont pharmaceutiques. Sur ce, nous travaillons déjà avec des distributeurs, dont entre autres, Super Bobo, Sobelgui… Et nous voulons en avoir d’avantage, avec bien sûr des pourcentages de bénéfices qui arrangent tout le monde.
GCI: Quels seront les nouveaux créneaux privilégiés, sur la base de votre expérience de terrain, que vous allez utiliser en 2011 pour véhiculer encore plus efficacement les messages du PSI/GUINEE ?
SC: Je pense que les médias publics ou privés constituent un des créneaux que nous utilisons beaucoup. Et au cours de cette année 2011, nous allons les utiliser davantage pour toucher notre cible à Conakry et à l’intérieur du pays. Aussi, nous comptons profiter des opportunités qui se présentent à nous. Dans le domaine de sponsoring et pour exemple, avec le COMIGUI, nous avons été sponsor “Miss Guinée 2010’’ sur le produit “Sûr'Eau’’. Alors nous comptons sur nos partenaires nationaux et internationaux pour nous accompagner, et aussi le ministère de la santé.
Je profite pour informer vos nombreux lecteurs que cette année, PSI fête ses vingt années d’existence en Guinée. Nous estimons sincèrement que nous avons contribué à apporter quelque chose à la santé publique en Guinée et nous continuerons sur cette lancée.
GCI: Quelles sont les activités prévues par PSI/GUINEE par rapport à ses vingt années d’existence ?
SC: Nous nous préparons à faire faire des journées portes ouvertes pour nous faire connaitre des populations. Et certainement, nous allons faire des émissions à la télévision, à la radio, pour que les Guinéens connaissent effectivement PSI. Parce que beaucoup de gens pensent que PSI est une structure commerciale. Il faudrait leur faire comprendre que PSI est une structure humanitaire au service du ministère de la santé et au service des populations.
Nous estimons qu’avant la fin de l’année 2011, nous allons pouvoir développer un programme assez attirant pour permettre aux populations de mieux de nous connaitre.
Propos recueillis par Kerfalla Kourouma et Lamine Camara pour GuineeConakry.info




















