
Ancien porte-parole du Secrétaire général des Nations Unies, il a également été directeur adjoint de la presse et des publications de l’ONU et directeur des Nations Unies et des organisations internationales au ministère des affaires étrangères.
André Lewin enseigne la diplomatie et les relations internationales dans diverses universités en France et à l’étranger.Je vais mentionner les dates-clé de l'indépendance de la Guinée, et quelques autres dates importantes. Malheureusement, ces journées qui auraient pu être cruciales pour le développement de la Guinée et le bonheur du peuple guinéen, n'ont jamais produit l'effet espéré, et maintenant, 60 ans après l'indépendance, la Guinée n'a pas surmonté certains obstacles, dont la France porte un part de responsabilité à la suite de l'échec du général de Gaulle à convaincre les guinéens (et Sékou Touré en particulier) à voter "oui" en 1958, les autres obstacles tenant à la politique menée et aux pratiques encouragées par les régimes successifs, à la personnalité des dirigeants, à l'influence souvent néfaste de leurs proches et de leur entourage, à l'ascendant de telle ou telle puissance partenaire, à l'action ouverte ou larvée des opposants… Sur l'exceptionnel potentiel économique et humain de la Guinée, et sur l'espoir que je mettais alors en l'ouverture politique que permettait le rétablissement de relations normalises avec Paris, j'avais en 1976, peu après avoir rouvert l'ambassade, écrit une dépêche que j'avais intitulée: "La Belle au bois dormant"; j'espérais bien entendu que de nombreux princes charmants viendraient sans tarder éveiller la belle endormie, et que la France figurerait parmi eux. Je pourrais, hélas, l'envoyer aujourd'hui encore, presque sans y changer un mot.
A l'instar de tous les régimes politiques, mais peut-être de manière plus marquée encore, les régimes révolutionnaires attachent une importance particulière aux commémorations et à des dates symboliques. Sékou Touré y était très sensible, et plusieurs fois par an, les militantes et les militants du Parti unique (le Parti Démocratique de Guinée PDG), le corps diplomatique et de nombreuses délégations étrangères se retrouvaient au Palais du Peuple ou au Stade du 28 septembre pour célébrer tel ou tel anniversaire, ponctué par les toujours longs et parfois véhéments discours du chef de l'État, en même temps secrétaire général du Parti et "Responsable Suprême de la Révolution".
Le 2 octobre 2008, la Guinée célèbre le 50ème anniversaire de son indépendance. Avec deux ans d'avance sur les autres colonies françaises d'Afrique sub-saharienne, elle a conquis sa liberté sans un coup de fusil, grâce à un bulletin de vote. Il aura suffi que le 28 septembre 1958, les Guinéens votent massivement "non" au référendum sur le projet de Constitution et de Communauté française proposés par le général de Gaulle (le 28 septembre était aussi la date de l'arrestation en 1898 par les forces françaises de l'Almamy Samory Touré, l'illustre ancêtre de Sékou, ce qui donnait le slogan: "Sékou Touré, l'homme que l'Afrique attendait depuis soixante ans", comme date symbole souvent mise en valeur).
Le 25 août, lorsque de Gaulle passe à Conakry vers la fin de son périple africain, on connaît évidemment le fameux face à face avec Sékou Touré, et les phrases clé du discours de ce dernier: "Nous ne renonçons pas et nous ne renoncerons jamais à notre droit légitime et naturel à l'indépendance" et "Il n'y a pas de dignité sans liberté: nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l'esclavage".
Pourtant, Sékou Touré, revêtu d'un grand boubou blanc (les autres leaders africains avaient reçu de Gaulle habillés à l'occidentale), semble encore tenter de fléchir la position française en affirmant: "Notre coeur, notre raison, en plus de nos intérêts les plus évidents, nous font choisir sans hésitation l'interdépendance et la liberté dans l'union, plutôt que de nous définir sans la France et contre la France."
Le texte de cette allocution (le programme officiel annonce que Sékou Touré, vice-président du Conseil de gouvernement et maire de Conakry, et Saïfoulaye Diallo, président de l'Assemblée Territoriale de Guinée, prononceront des "allocutions" et le général de Gaulle, président du Conseil français, un "discours"!) a été communiqué aux autorités coloniales (haut-commissaire de l'AOF à Dakar Pierre Messmer, et gouverneur de la Guinée Jean Mauberna), mais le général n'en a pas pris connaissance. Il ne connaît pratiquement rien du leader guinéen, qu'il n'a reçu qu'une seule fois en juillet à l'hôtel Matignon, avec une délégation du RDA. D'ailleurs, l'étape de Conakry a été rajoutée à la dernière minute et contre l'avis de Messmer.
Le général de Gaulle est sans doute ulcéré davantage par le ton de ce discours que par le fond, qui, relu aujourd'hui, n'a rien de scandaleux ni de révolutionnaire. Il est vrai que contrairement aux autres étapes de son voyage en Afrique, les conseillers territoriaux n'étaient pas les seuls auditeurs des orateurs, et qu'une foule de militants du Parti Démocratique de Guinée était mobilisée devant l'Assemblée territoriale, applaudissant à tout rompre au signal donné par des responsables postés en leur sein. Bien plus tard, Sékou Touré m'expliquera que le général de Gaulle ne pouvait pas savoir qu'il devait parler haut et fort parce que, sa maman étant un peu sourde, il avait du pleurer plus fort que ses frères et soeurs pour avoir du lait! (Je l'ai vérifié bien des années plus tard auprès de la soeur de Sékou, qui m'a confirmé la surdité de leur mère).
Quoiqu'il en soit, le général prend la parole d'un ton désabusé et attristé. "On a parlé d'indépendance; je le dis ici plus haut encore qu'ailleurs, l'indépendance est à la disposition de la Guinée; elle peut la prendre le 28 septembre en disant "non" à la proposition qui lui est faite (la foule ici applaudit à tout rompre) et, dans ce cas, je garantis que la métropole n'y fera pas obstacle. Elle en tirera bien sûr des conséquences, mais d'obstacles, elle n'en fera pas, et votre territoire pourra comme il le voudra et dans les conditions qu'il voudra, suivre la route qu'il voudra."
Le général s'est gardé de dire, comme à Alger quatre mois plus tôt (je l'ai moi-même entendu, y faisant à l'époque mon service militaire): "Je vous ai compris"; ou comme à propos de l'Algérie encore, de proposer quelques mois plus tard "la paix des braves" aux combattants du FLN qui se battaient contre la France les armes à la main; ou encore d'anticiper pour la Guinée la formule qu'il lancera à Montréal, neuf ans plus tard: "Vive le Québec libre".
Tout simplement le Général avait très mal pris l'ambiance et la tonalité de cette réunion. Il ne l'oubliera pas et ne le pardonnera jamais à Sékou Touré à son départ, le lendemain matin, il annule l'invitation de l'amener avec lui dans son avion à Dakar, la prochaine étape, et il précise à ses ministres: "Nous ne ferons jamais rien avec cet homme là", puis il saluera brièvement Sékou Touré (selon certains, il ne l'aurait même gratifié que d'un sec salut militaire), et lui lancera, selon les uns "Bonne chance, la Guinée", selon d'autres un plus menaçant "Adieu la Guinée".
La mémoire même de la visite du général de Gaulle, toujours vivace en Guinée et représentée dans le film guinéen "Et vint la liberté..." qui était régulièrement montré lors des soirées artistiques du Palais du Peuple, semble occultée en France: j'ai constaté, à ma grande surprise comme à celle des responsables des archives du Service cinématographique des armées, qui avait filmé tout le périple africain du général, que la séquence de Conakry a été coupée dans la bobine qui contient l'original de la pellicule; on ne sait évidemment pas par qui, ni sur instructions de qui. Sékou Touré aurait éventuellement accepté une Communauté française avec un "droit au divorce" sans sécession automatique d'avec la métropole, mais il reprochait aussi au projet de ne pas préserver des évolutions fédérales en persévérant, comme l'avait déjà fait la Loi-cadre Defferre, dans l'optique des solutions séparées colonie par colonie (comme le souhaitait Houphouët-Boigny, contrairement à Senghor et à Sékou Touré).
Pendant quelques semaines, à Conakry, on entend beaucoup diffuser sur les ondes une rengaine enfantine: "Dis moi oui, dis moi non, dis moi oui ou non" (on escamote généralement le "Dis moi si tu m'aimes"), évidemment utilisée par Sékou Touré au cours de sa campagne, de même qu'un air répétitif composé par le Djély (griot) Mamadou Kandé et dont le refrain est simplement: "Non! Non!".
Quatre jours après le scrutin, le 2 octobre, le pays proclame son indépendance.
La célébration du cinquantenaire devrait être pour tous les Guinéens un jour de fête, mais pour certains, ces manifestations ne viseraient qu'à justifier Sékou Touré - on peut les comprendre sans pour autant les approuver, mais une réelle opération de dialogue-vérité-réhabilitation-réconciliation est effectivement indispensable pour expliquer sans admettre et pour pardonner sans oublier. C'est vrai que la Guinée a payé cher - et d'une certaine mesure paie encore - l'amertume que son choix a provoquée chez de Gaulle, l'ostracisme parfois extrême des réactions de Paris, l'exaspération des oppositions, l'évolution vers une Révolution impitoyable qui a dévoré trop de ses fils, souvent parmi les meilleurs (Sékou Touré écrira toujours Révolution avec un "R" majuscule, comme Peuple avec un "P" majuscule).
Représentant depuis quelques jours du gouvernement français, Jean Risterucci déclare dans une conférence de presse, après avoir vu Sékou Touré:
"L'indépendance de la Guinée est un fait acquis"; mais la reconnaissance officielle n'interviendra qu'en janvier 1959. Les bâtiments publics sont remis à la Guinée, les services français fonctionnent au ralenti, les enseignants sont priés de ne pas revenir de congé, on prépare le transfert vers Dakar ou Paris des autres fonctionnaires et des archives, les projets d'investissements sont stoppés (sauf l'exploitation de la bauxite à Fria). Sékou Touré distribue plus de 200 croix de Compagnon de l'indépendance, mais ne montre aucun triomphalisme, son air est plutôt sombre, comme s'il pressentait les difficultés à venir; il renvoie en les rabrouant des militantes venues devant la salle manifester bruyamment leur enthousiasme.
Le 2 octobre, à 10 heures 30, l'indépendance de la Guinée est proclamée par l'ancienne Assemblée territoriale, présidée par Saïfoulaye Diallo, et qui siège toujours dans ses anciens locaux. Les soixante conseillers territoriaux (dont quelques Français) deviennent députés. Une commission de quinze membres devra rédiger un projet de constitution (il sera prêt le 10 novembre). L'Assemblée choisit le drapeau, aux couleurs de l'Afrique (rouge, jaune, vert), une devise (Travail, Solidarité, Justice), et un hymne national, Liberté (Horoya), adapté par Keita Fodéba et le professeur (français) de musique Jean Cellier d'après l'air traditionnel Alfa Yaya, retravaillé auparavant par Djély Mamadou Kandé...
Le même jour, Sékou Touré envoie un télégramme au président français René Coty et un autre au général de Gaulle (encore chef du gouvernement), exprimant l'espoir de voir s'établir des relations diplomatiques et sa volonté de sauvegarder et de développer l'amitié entre les deux peuples; il reçoit un simple accusé de réception. Il informe également nombre de chefs d'État de l'indépendance du pays et demande la reconnaissance officielle. D'ores et déjà, la Guinée est reconnue ce même jour par le Liberia, le Ghana, la Bulgarie. Elle le sera par une soixantaine de pays, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, avant même de devenir, le 12 décembre, avec l'abstention d'une France qui a hésité devant un veto, le 82ème pays membre de l'ONU. La reconnaissance de jure de la Guinée intervient début janvier 1959, et des relations diplomatiques sont établies (Naby Youla est nommé ambassadeur de Guinée, Francis Huré chargé d'affaires de France). Mais les relations resteront médiocres pendant quelques années, jusqu'à la rupture de novembre 1965. Elle durera dix ans, jusqu'au 14 juillet 1975.
Par la suite, Sékou Touré fera célébrer avec éclat d'autres dates:
- 14 mai, fondation en 1947 du PDG (Parti Démocratique de Guinée), section locale du RDA créé à Bamako l'année précédente);
- 9 février, date de l'assassinat en 1955 par un chef de canton de la militante Mbalia Camara;
- 22 novembre, débarquement manqué de forces portugaises et d'exilés guinéens en 1970.
Mais le 2 octobre n'est pas occulté pour autant. Ce jour-là, en 1959, Sékou Touré critique la création de la Fédération du Mali et se prononce pour l'indépendance séparée du Sénégal et du Soudan-Mali; en 1961, il inaugure l'Imprimerie Patrice Lumumba, construite par l'Allemagne de l'Est; en 1962, il reçoit les présidents du Togo Sylvanus Olympio et du Congo l'Abbé Fulbert Youlou (l'un sera assassiné quelques mois plus tard, le second renversé un an plus tard, et Sékou Touré y aura contribué lors d'une visite à Brazzaville en juin) et force Mgr Tchidimbo, depuis peu archevêque de Conakry, à revenir de Lourdes pour dire la messe en la cathédrale de Conakry; en 1963, il affirme que la Guinée n'a aucune visée territoriale sur la Guinée-Bissau (mais il ouvre le territoire de la Guinée aux combattants du PAIGC et à son leader Amilcar Cabral); en 1964, il inaugure le stade du 28 septembre et l'Institut polytechnique Gamal Abd El Nasser (IPGAN), construits par les Soviétiques; en 1965, c'est exceptionnel, de Gaulle envoie ses félicitations, mais six semaines plus tard, en novembre, c'est la rupture des relations, qui durera dix ans; en 1967, Sékou Touré inaugure le Palais du Peuple, construit par les Chinois; en 1972, c'est le remplacement du franc guinéen par le Syli, dont Sékou Touré me dira qu'un jour, il serait aussi apprécié que le franc suisse; en 1974, Sékou Touré proclame sa disponibilité à coopérer avec la France, et à New York, je rencontre le ministre des affaires étrangères Fily Cissoko, alors que je commence mon action de bons offices pour la normalisation; et, encore un choix fait par Sékou Touré "en hommage à la Révolution française", considérée un peu comme "la mère de toutes les révolutions", c'est le 14 juillet 1975 qu'aura lieu la réconciliation entre Conakry et Paris.
J'ai assisté, le 2 octobre 1998, invité depuis Dakar où j'étais alors ambassadeur de France, aux manifestations du 40ème anniversaire de l'indépendance de la Guinée; le président Lansana Conté a inauguré ce jour-là le nouveau Palais présidentiel, construit par les Chinois - et à la chinoise - à la place de l'ancien Palais des gouverneurs français, où Sékou Touré a habité, travaillé, gouverné et reçu de janvier 1959 jusqu'en 1983, date à laquelle ce bâtiment a été démoli quelques mois avant sa mort, au grand regret de beaucoup – y compris de moi-même ; le président Lansana Conté, après avoir remercié les Chinois, a ajouté: "Et maintenant, puisqu'il faut bien baptiser ce nouveau Palais, on va l'appeler Sekoutoureya" - ce qui veut dire "Chez Sékou Touré" en soussou, langue parlée sur la côte guinéenne et dans la capitale. Il y eut des mouvements divers dans l'assistance, et Lansana Conté a réagi d'un ton sans réplique: "On lui doit bien ça!".
Et le 2 octobre 2008, qui est tombé un jeudi, comme en 1958? La célébration du Cinquantenaire a bien eu lieu, en présence de quatre chefs d'État de la région, de la Première Dame et du Premier Ministre, mais avec un simple message du président Lansana Conté, de plus en plus souffrant et absent des cérémonies; la maladie l'emportera finalement avant la fin de l'année du cinquantenaire; à la tête de l'armée, il avait pris le pouvoir le 4 avril 1984, quelques jours après la mort de Sékou Touré;
Et dans la nuit qui suit l'annonce du décès de Lansana Conté, souffrant depuis plusieurs années, le 23 décembre 2008, un jeune capitaine se proclame à son tour président de la République et chef d'un nouveau Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD).
2 octobre 1958: naissance de la Première République 4 avril 1984 : naissance de la Deuxième République
23 décembre 2008: est-ce la naissance d'une Troisième République? Le capitaine Moussa Dadis Camara prend le pouvoir, forme une junte militaire, nomme un gouvernement, et affirme qu'il ne briguera jamais la présidence, mais semble progressivement changer d'avis .
Début janvier 2009, à une délégation de l'Organisation de la Conférence islamique (OCI), le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la Junte et président de la République auto-proclamé, déclare: "Les présidents Sékou Touré et Lansana Conté n'ont jamais trahi la Guinée. Ils ont fait ce qu'ils ont pu. Le reste, nous autres, nous allons le faire".
Début septembre, un matin (alors qu'il est un homme qui travaille et reçoit ses visiteurs la nuit), il me téléphone à mon domicile parisien, et le dialogue suivant s'instaure entre nous: "C'est bien à l'ambassadeur André Lewin que je parle?" – "Oui. Et qui est à l'appareil?" – "Ici le capitaine Moussa Dadis Camara, président de la Guinée." – "Ah, bonjour monsieur le président." – "Non, ne m'appelez pas président, appelez-moi "fils" et laissez moi vous appeler "père". Ensuite, il exprima le souhait que je vienne à Conakry le conseiller; mais je ne donnai pas suite, pour des raisons médicales tout d'abord, et aussi parce que je savais qu'il ne suivait pas les conseils qui lui étaient prodigués. Les jours suivants montrèrent que j'avais eu raison.
28 septembre 2009 : des éléments de l'armée tirent sur la foule convoquée, au stade du 28 septembre, par l'opposition, dont certains leaders sont blessés. Il y a près de 200 morts, et de nombreuses femmes sont violées. Moussa Dadis Camara affirme qu'il n'y est pour rien, et qu'il se trouvait d'ailleurs dans son bureau au moment des faits. L'Union africaine, la CEDEAO, la francophonie et l'ONU prennent des sanctions contre les autorités guinéennes, accusées de violations massives des droits de l'homme; l'ONU envoie une commission d'enquête dirigée par l'Algérien Mohamed Bedjaoui, et l'on évoque une action devant le tribunal pénal international (TPI). Mais début décembre 2009, Moussa Dadis Camara est sérieusement blessé par son garde du corps, sur lequel il semble qu'il ait voulu faire retomber la responsabilité des événements du 28 septembre. Dadis est évacué sur le Maroc, puis sur Ouagadougou, où il reste plusieurs mois. Le général Sékouba Konaté exerce à son tour la présidence à titre intérimaire.
Chargé de l'opération "2010, année de l'Afrique", l'ancien ministre Jacques Toubon avait l'intention d'y associer la Guinée, et Nicolas Sarkozy, qui avait convié le général guinéen Sékouba Konaté au Sommet Afrique-France tenu fin mai à Nice, avait l'intention d'inviter aussi la Guinée et son président intérimaire pour les manifestations commémoratives des indépendances des ex-colonies les 13 et 14 juillet à Paris (comme il me l'a dit lors d'une brève conversation à l'Élysée le 7 avril). Il n'était évidemment pas question de faire défiler sur les Champs-Élysées des unités d'une armée guinéenne impliquée dans de récentes répressions sanglantes, mais il aurait été possible d'inviter une délégation d'anciens combattants guinéens, dont plusieurs centaines, sinon plusieurs milliers, ont servi dans l'armée française avant de revenir en Guinée. Hubert Falco, Secrétaire d'État à la défense et aux anciens combattants, y paraissait favorable. Mais Diallo Amadou Lamarana, président de l'Association des anciens combattants et tirailleurs de Guinée (dont je suis président d'honneur), n'a vu venir aucune invitation. Bref, 52 ans après s'être prononcée pour l'indépendance immédiate, la Guinée continue à être mise à l'écart par Paris et traitée autrement que les autres, comme elle l'a largement été pendant plusieurs décennies, et l'on n'oublie pas ses deux années d'avance sur les 13 autres territoires. Le général de Gaulle, dont une statue contemple le rond-point des Champs-Élysées, n'aura donc pas eu à détourner les yeux en voyant des Guinéens défiler devant lui.
Un premier tour d'élections présidentielles (avec 24 candidats) a eu lieu le 27 juin 2010. Un deuxième tour doit départager le 19 septembre les deux candidats parvenus en tête, Cellou Dallein Diallo et Alpha Condé.
Ce sera donc une nouvelle date cruciale pour la Guinée.
Et la belle pourra-t-elle enfin se réveiller?
Et pour terminer, une réflexion: date-clé, date-clé... Mais une clef peut aussi bien servir à fermer qu'à ouvrir...
André LEWIN
Ancien ambassadeur de France en Guinée (1975-1979)
Président fondateur (en 1980) de l'Association d'Amitié France-Guinée




















