SCOOP GCI : Le Livre Blanc - "Guinée-Conakry : Opportunités et obstacles / freins et accélérateurs au développement à la paix et à la démocratie"

L'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) vous présente son Livre Blanc " Guinée-Conakry : Opportunités et obstacles/ freins et accélérateurs au développement à la paix et à la démocratie...". Ce travail est le fruit d'une analyse émanant du groupe d'études africaines de l'IPSE, portant sur les facteurs socio-économiques, politiques et géopolitiques qui conditionnent l'avenir serein de la Guinée, à l'approche de l'importante échéance électorale d'octobre prochain. Ce Livre blanc, vient compléter le colloque que l'IPSE a organisé, en partenariat avec l’association Paris-Ile-de-France de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale (IHEDN), le 24 juin dernier à l’Ecole militaire, intitulé « La Guinée en perspective(s) », ciblé sur les enjeux, défis et risques pré-électoraux en Guinée. GuineeConakry.Info présente ici en exclusivité de larges extraits de cet important ouvrage. Bonne lecture.

4          Emergence d’une jeunesse instruite et soucieuse d’inclusion sociale (la « bombe à retardement » d’une société où l’âge moyen est de 18,7 ans et le taux de fécondité est de 5,5 enfants/femmes)

L’âge moyen des quelques 11 millions d’habitants de Guinée est de 18,7 ans. 60% des guinéens ont moins de 25 ans et 60% de ces jeunes sont au chômage. La jeunesse Guinéenne peut représenter ainsi, comme l’a rappelé le Président Alpha Condé, à l’occasion du Sommet de l’UA, en mai 2013, que tous les chefs d’Etats africains étaient assis sur une « bombe à retardement ». La population guinéenne est jeune et le restera pendant encore de longues années lorsque l’on sait que le taux de fécondité est de 5,2 enfants/femmes et même si celui-ci devrait tomber à 3,1 enfants/femme en 2025.

A ce sujet en novembre 2014, a eu lieu la 3ème Conférence Internationale Afrique, intitulée « jeunesse africaine : bombe à retardement ou opportunité historique ? ». Cette conférence a ainsi énoncée avec clarté les facteurs de l’activation de cette potentielle « bombe à retardement » :

 

•           Le manque d’éducation ;

•           La « massification » de l’éducation ;

•           le chômage, notamment au niveau des jeunes ;

•           la non-activité des jeunes diplômés. 

Pour empêcher la mise à feu de cette bombe, l’éducation doit être le chantier numéro 1  du gouvernement guinéen et la jeunesse doit être au cœur de l’action politique. Ainsi l’ascenseur social ne fonctionne plus et accroît les inégalités.  

Cet « effort » collectif sur l’éducation doit être accompagné d’une politique économique qui doit être centrée sur l’emploi car une fois diplômé, les jeunes guinéennes et guinéens n’ont  souvent d’autres choix que de partir pour l’Europe ou l’Amérique du Nord.

Le niveau d’éducation et de formation du guinéen doit être la priorité des priorités pour les dirigeants de ce pays. Un autre facteur est important, c’est celui de la cohésion nationale et sociale sans laquelle aucun pays n’a de force. Si une industrialisation réussie et une économie florissante peuvent faire la différence, ces deux objectifs n’auraient pas pu être réalisés sans une organisation étatique rationnelle et un consensus social.

Ce couple Education/lutte contre le chômage constitue, dès lors, le moyen le plus efficace pour redonner confiance en l’avenir à la jeunesse Guinéenne.

B)        Les raisons d’une dynamique et d’une attractivité perturbées

1.         Corruption et mauvaise gouvernance

Selon l’indice de la corruption de Transparency International, la Guinée se situe au 150ème rang sur 175 pays noté. A titre d’exemple, les élections présidentielles de 2010 ont été l’objet de dysfonctionnement, selon l’ONG spécialisée dans la corruption économique et politique, alors que l’Union Européenne avait reconnu publiquement ces élections.

A ce sujet, il est important de rappeler que l’UE sonde le terrain depuis début juin, pour évaluer les possibilités d’établissement d’une Mission d’Observation Electorale (MOE).

Car, si tous les acteurs politiques partagent un point de vue consensuel, c’est bien au sujet de la corruption, qui intervient à tous les niveaux et rouages administratifs.

Le Président Alpha Condé a d’ailleurs amplement critiqué la Compagnie Nationale d’Electricité pour cause de problèmes de corruption qui s’y déroulaient et a demandé que les cadres guinéens soient remplacés par des cadres français issus de Veolia. Ainsi l’appareil d’Etat est véritablement gangréné par une « mafia administrative » organisée, que le Président de la République dénonce pourtant dans chacune de ses interventions. Il n'a rien fait pour améliorer la situation.

Autre exemple, le fait que la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), qui est au centre des discussions entre majorité et opposition, ait mis trois ans pour organiser des élections législatives, qui ont eu lieu l’année dernière et que les élections communales n’ont pas été organisées depuis 2004, fait dire à l’opposition politique, que le pouvoir politique s’arrange pour nommer comme bon lui semble, les maires, les conseillers régionaux, les chefs de quartier, les chefs des communautés rurales de développement ou encore les dirigeants d’un certains nombres d’institutions publiques.

Il y a d’ailleurs de forts doutes pour que les élections présidentielles se déroulent le 11 octobre 2015. D’autant plus que l’opposition politique ne prévoit pas de participer aux élections présidentielles s’il n’y a pas d’élections communales avant.

Jamais donc ce pays n’a pu constituer des consultations électorales dans les délais. La CENI a été mise en place sous le régime du Général Lansana Conté, sur la base d’une composition paritaire entre les partis politiques et la société civile. Mais en réalité, la CENI n’a pas la capacité technique d’organiser des élections.

Le pouvoir judiciaire - bien qu’indépendant de l’Exécutif et disposant d’un système de justice militaire équitable et indépendant - est chargé du jugement des plaintes contre les services de sécurité et leurs agents, de l’évaluation de la constitutionnalité des décisions prises. Là aussi, l’incurie, l’incompétence des cadres du système judiciaire guinéen est plus qu’inquiétant.  En Guinée où la corruption mine le système judiciaire, il est cependant courant de constater la soumission du Judiciaire au profit de l’Exécutif.

2.         Des besoins en infrastructures et en services considérables

En Guinée, le tissu industriel est moribond. Il faut donc interconnecter davantage les entreprises africaines entre elles. Ce sont les Etats qui doivent impulser cette inter-connectivité en travaillant avec les opérateurs locaux, et en y associant les autorités locales dont les responsabilités déconcentrées et décentralisés devraient être un signe tangible d’engagement public envers les PME et les TPE.

Tous les domaines sont véritablement concernés, tels que l’achèvement des réseaux d’adduction d’eaux potable ou l’électrification du continent africain.

En Guinée comme ailleurs en Afrique, les potentialités économiques sont faramineuses. Avec 900 millions d’habitants, le taux de croissance moyen varie entre 5 et 6% par an (en moyenne). Avec la perspective d’accueillir d’ici 2050, 2 milliards d’âmes, la croissance serait de 20%. A titre d’exemple, en ce qui concerne le développement d’Internet, en 2025, la contribution d’Internet au PIB africain sera de 300 milliards de dollars, contre 18 Mds aujourd’hui (soit une hausse de près de 17%). D’ores et déjà 90% des téléphones africains sont des mobiles (il y en a 67 millions aujourd’hui, il y en aura 360 millions en 2025) !

Alors que les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont devenues de nos jours la clé de voûte de tout développement économique, la Guinée est néanmoins exclue de cette révolution numérique et donc marginalisée. Lorsque le téléphone ou l’électricité ne fonctionnent pas, il est difficile de passer à Internet…

3          Le poids des migrations comme révélateur d’un mal être endémique guinéen et d’une réponse institutionnelle insatisfaisante

Même si les migrations Nord-Sud et Sud-Nord sont équivalentes, force est de constater que 97% de la population mondiale ne migre pas. 2/3 des migrations sub-saharienne migrent d’abord en Afrique. D’ailleurs, la Guinée compte plus de 100000 réfugiés sur son propre sol.

Pour rappel, les migrants des pays de la CEDEAO représentent 4% des migrants du monde. Dans ce contexte, les Guinéens représentent, à eux seuls, 3% des migrants en Afrique. Cette dynamique migratoire est renforcée par la libre circulation des migrants.

Aujourd’hui le couple migration/sécurité existe, alors que l’insécurité alimentaire en Afrique touche 20 millions de personnes et que 60% de la population du continent africain à moins de 30 ans. Les migrations sont ainsi un outil de développement et le développement économique accélère les migrations.

L’année 2014 aura été, d’après le HCR, l’année de tous les records, avec 42500 personnes migrantes – pour cause économique, politique et désormais climatique, par jour !

Il en ira ainsi de manière exponentielle, en tenant compte que sur les 2 milliards d’habitants que comptera le continent africain, 800 millions vivront en ville.

*****

III - La France forte de son expérience démocratique peut et doit aider la Guinée

Avant octobre 2015, la France et la communauté internationale doivent s’engager pour empêcher les violences contre les manifestants. La France doit ainsi, par le truchement de sa participation, agir comme « facilitateur » au sein du dialogue politique entre majorité présidentielle et opposition. Il convient ainsi que Paris insiste davantage pour que la tenue des élections locales se fasse au plus vite.

Il en va de même pour la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) qui doit être réellement impartiale pour surveiller le processus électoral, et ce, afin que l’alternance et le débat politique ait lieu dans les bureaux de vote et non dans les rues de Conakry, comme les récentes manifestations et son lot de victimes en témoigne. Pour rappel, le respect des droits de l’homme, comme promis lors de la transition en 2009-2010, continuent à être un préalable non négociable.

Le rôle de la France se mesure, dès lors, dans sa capacité à « calmer » les tensions ethniques en veillant à ce que le Président Alpha Condé, qui cherche à les exacerber, ne les instrumentalise.

1.         Actions pour la stabilité/stabilisation de la Guinée au lendemain de l’élection d’octobre 2015

Dans le contexte actuel, il faut, bien évidemment, des élections libres, transparentes et plurielles. Il faut également que les journalistes et la société civile puissent jouer leur rôle dans ce sens, leur rôle critique et puissent proposer des solutions innovantes pour la société guinéenne et l’exercice de la démocratie.  Il faut que l’UE et la France, en particulier, puissent dire, au plus niveau de l’Etat, que ce système de corruption, d’instrumentalisations divers, doit cesser, afin que le jeu démocratique puisse être appliqué.

Cette pression « amicale » mais à appuyer davantage en actes, pourrait notamment être exercée par le biais des amitiés affectives et électives, qui lient le Président Alpha Condé à l’Internationale Socialiste, dont Alpha Condé est, du reste, vice-président.

Il en va de même pour Cellou Dalein Diallo, qui est lui vice-président de l’Internationale Libérale, présidée par l’ancien Commissaire européen belge, Louis Michel.

Il est bien connu que François Hollande est proche de Alpha Condé. Il ne peut pas utiliser cela comme une excuse pour rester silencieux. Le gouvernement de Alpha Condé a tiré sur les manifestants, a nié la démocratie, harcelé des journalistes de l'opposition, et est clairement prêt à s’accrocher au pouvoir par tous les moyens nécessaires.

Le silence n’est pas une option: la France et l'Union Européen, doivent critiquer ces actes.

2.         Quels moyens mettre en place pour une vision de la Guinée à l’horizon 2020 ?

Le sentiment d’appartenance à la communauté guinéenne ne peut exister qu’à travers la construction d’un Etat fiable, qui produit une vision mobilisatrice pour les jeunes.

Il faut donc changer de paradigme devant un constat sociétal, politique et économique et militaire alarmant, car les militaires aussi sont méprisés, autant que le peuple.

Une action à plus long terme consisterait à faire l’évaluation des effectifs pour en extraire tous ceux et toutes celles qui ont été recrutés sans critère de diplôme et de formation adéquate et surtout revenir sur les promotions collectives et fantaisistes accordées aux militaires, policiers et douaniers par le Conseil National pour le Développement et la Démocratie (CNDD).

En effet, il n’est pas rare de voir dans les carrefours de la capitale guinéenne, des officiers supérieurs assurer la circulation en quémandant ici et là quelques billets de banques aux paisibles citoyens et chauffeurs de taxis.

3.         Quelles solutions régionales, continentales et internationales pour une Guinée à l’horizon 2025 ?

L’UE doit faire de l’Afrique un enjeu majeur dans le monde. Une nouvelle relation doit exister avec les Etats africains. L’UE doit également aider la société civile en Guinée et en Afrique à prendre la parole, à mettre cette société civile en réseau.

Il est aussi de la responsabilité de la France que la Guinée ne se clive pas et qu’elle se stabilise. Les droits et les devoirs de chacun en Guinée doivent ainsi être respectés.

Impliquer la société civile notamment en matière de lutte contre la corruption devrait être une exigence partagée par tous les acteurs locaux, nationaux, régionaux, continentaux, ainsi qu’au niveau euro-africain.

Ceci aurait pour principale retombée de sensibiliser les populations à l'importance des industries extractives et à la nécessité de mettre en place une bonne gouvernance pour que l’ensemble de la population africaine puisse en bénéficier, de manière plus « inclusive ». Il est essentiel que les partenaires dans ce secteur s’engagent en faveur du développement: non à l'inaction, comme cela est le cas de Rio Tinto à Simandou.

La Francophonie représente également un facteur de développement avec une homogénéité culturelle qui est de nature à souder la société guinéenne mais aussi les pays voisins de la région.

Il en va aussi de l’« exemplarité » du processus électoral guinéen qui, s’inscrivant dans un processus de plusieurs années - 2015/2016/2017 - marquées par une douzaine de processus électoraux (Gabon, Burundi, RCA, Congo-Brazzaville, RDC, Rwanda, Sénégal, Côte d’Ivoire, Benin…) fortement crisogènes, conditionnera la manière dont les suivants se dérouleront.

Emmanuel DUPUY

Président de l'IPSE 

PS: l'IPSE rassemble une communauté de chercheurs spécialisés dans les questions de défense, géopolitique, géoéconomie et géostratégie. Par le biais de séminaires et de publications, l'IPSE propose des orientations concrètes aux décideurs, nationaux et européens, en cherchant les meilleures formes de coopération possibles, la prise en compte de la force de la spécificité du projet européen tout en favorisant l’intégration des intérêts nationaux.

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