
Face aux journalistes, le jeudi 20 octobre 2011, à l’espace ‘’Sory Kandia Kouyaté’’, la lauréate Sia Tolno a saisi de cette opportunité, en présence de son Manager, Ali Tolno, du Directeur général du CCFG, M. Daniel Courriol, du Directeur général de l’Agence guinéenne de spectacle, M. Malick Kébé, pour parler de son prix et des avantages qui y ont liés. De sa nouvelle carrière et de ses nombreux projets.
Avec entre autres, l’humanitaire, pour venir en aide aux personnes déshéritées. Une façon pour l’artiste d’éviter à d’autres, ce qu’elle a enduré comme souffrance durant sa tendre enfance. Votre quotidien en ligne, GCI, l’a entretenue spécialement pour vous, juste après sa conférence.
Guineeconakry.info : Quelles sont les difficultés majeures que vous avez rencontrées avant d’arriver à cette étape de votre carrière ?
Sia Tolno : Vous savez la musique pour la femme, notamment en Afrique, comme je l’ai connue dans ma famille, est considérée comme interdite. Pour une question du respect des valeurs traditionnelles. Ce qui dans la réalité sur le terrain, n’est pas tout à fait faux. Puisqu’il est évident que le chemin est très long et parsemé d’embûches. Chose qui n’est pas tout à fait facile lorsqu’on est de sexe féminin. Et surtout lorsque vous venez d’un pays où la musique est laissée-pour-compte, ou il n’y a même pas d’école de musique, et encore moins, des conditions nécessaires pour prétendre le faire professionnellement. Disons que dans l’ensemble, tout ce que l’on entreprend dans cette vie est confronté à des difficultés ; alors, des obstacles, j’en ai eu à surmonter beaucoup dans ma vie. Que cela soit à l’interne, dans ma famille polygame, ou à l’externe, dans la rue. Je puis dire que seul mon objectivité sur fond d’un caractère solide, et le soutien de bonnes gens, que j’ai pu franchir toutes ces étapes et arriver où je suis aujourd'hui. J’en remercie Dieu.
GCI : A entendre votre musique, c'est un genre différent de la plupart des artistes guinéens. Pourquoi le choix de style musical ?
ST : Disons que cela s’explique un peu par le reflet de la pluralité culturelle qui m’a façonnée. Je suis née en Guinée, j'ai grandi en Sierra Léone, et fréquenté beaucoup de musiciens ghanéens et nigérians. Ce qui fait qu’aujourd’hui, mon combat, est certes guinéen, puisque je le suis à 100%, mais beaucoup plus panafricaniste. Je me dis que je n’ai pas le droit de m’enfermer sur moi-même. Raison pour laquelle, dans ma musique, je suis plus ouverte, c’est un mélange. Ce qui fait que n’importe quel Africain qui écoutera ma musique, se sentira concerné. Mais encore que, quand vous écoutez la base musicale, on ressent tout de suite que c’est fait par des Guinéens. Dans la langue, j’ai décidé d’être plus ouverte pour permettre aux autres africains de voir le monde, de comprendre les messages que je veux véhiculer.
GCI : Vous êtes lauréate du Prix Découvertes/Rfi 2011. A quoi Sia attribue-t-elle cette consécration ?
ST : Je dirais tout simplement que c’est le travail et rien que le travail. En plus, je dirais aussi que c’est un honneur de la part de RFI/Musique pour m’avoir choisie parmi tant d’autres qui ne déméritent pas non plus. A mon sens, c’est un encouragement, qui signifie qu’on aime tes œuvres, qu’on accepte tes œuvres. Chose qui est tout aussi importante pour moi en tant qu’auteur-compositeur, puisque c’est un plus dans les projets musicaux que j’avais.
GCI : Quels conseils pouvez-vous donner à vos sœurs en particulier celles de la Guinée, qui rêvent de faire une carrière musicale comme vous ?
ST : Je leur dirai que la première des choses, c’est que la vie est un combat perpétuel. Qu’elles ne se mettent pas à l’idée que c’est l’autre qui est meilleure. Le seul secret, c’est juste le travail, le courage et la persévérance qui peuvent aider chaque individu dans tout ce qu’il entreprend. Il est vrai qu’en tant que femme ce n’est pas facile. Puisqu’elle est toujours une proie facile aux yeux des hommes et de la nature! Hélas. C’est pourquoi en tant que femme, nous devons avoir cette attitude de grand caractère et de se battre. Parce que je sais à quel point la femme est importante dans toutes les situations de la vie socioactive.
GCI : Votre dernier album ‘’My Life’’ à dimension internationale est sorti le 19 septembre en France. De façon succincte, que chantez-vous dans ce nouvel opus ?
ST : Disons que c’est un résumé de ma vie, de la vie quotidienne. C’est un peu une demi-biographie, qui parle de mon enfance, marquée par mes joies et les peines vécues. Aussi, par rapport aux différentes guerres que j’ai eues à vivre, j’ai demandé dans cet album aux dirigeants africains de trouver les voies et moyens pouvant permettre aux Africains d’être dignes et cela, à travers les différentes potentialités et ressources que l’Afrique possède.
GCI : La musique guinéenne peine à s’afficher de nouveau sur la scène internationale, ce malgré les potentialités qu'elles possède. Selon vous, comment expliquer cela ?
ST : Cet état de fait déplorable est dû en partie au manque sur place de professionnels en la matière. Aussi et surtout, il faut retenir que la musique en Guinée est vraiment laissée-pour-compte. Les autorités n’en font plus une priorité, les opérateurs aussi ne veulent pas risquer, en mettant leur fortune dans la musique. Tout cela favorise cette situation très déplorable, d’autant plus que la Guinée dans les temps, a été un exemple. Notamment avec l’orchestre Bembeya jazz national.
GCI : Quel appel à l’endroit des autorités, notamment le ministère de la culture, pour que la culture guinéenne en général, et la musique guinéenne en particulier puisse retrouver leur place sur la scène internationale ?
ST : Je leur demanderai simplement de faire de la culture une priorité. C’est pourquoi je vais saisir de l’opportunité pour lancer un appel à l’endroit et des autorités et des opérateurs économiques. Surtout les hommes d’affaire, producteurs, distributeurs, afin qu’ils puissent venir en aide à la musique guinéenne, aux jeunes guinéens qui ont beaucoup de potentialités. J’en suis un exemple concret.
Sur les dix nominés finalistes, il y avait deux Guinéens représentés. Chose qui veut dire que si tout le monde s’y met, d’autres qui sont là auront certainement les mêmes chances que moi d’avoir ce prix Rfi, ou tant d’autres dans la sous région ou à travers le monde.
Propos recueillis par Lamine Camara exclusivement pour GCI




















