
Face à tous les assauts de notre reporter M. Camara veut rassurer et montrer qu'il a le sens des responsabilités et de la mesure. Il a ainsi accepté de parler du protocole d’accord passé avec le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation. Dossier épineux au cœur d'une polémique qui s'amplifie..Interview d'un homme au centre d'une actualité brûlante...
GuineeConakry.Info : Vous avez signé un protocole d’accord avec le ministère de l’administration. Que signifie politiquement cet accord?
Lounceny Camara : Je dois vous dire qu’auparavant, il existait un protocole d’accord entre la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI) et le Ministère des Administration du Territoire et des Affaires Politique d’alors. Cet accord a été signé en 2008 par le défunt président de la CENI, Ben Sékou Sylla et l’ancien ministre du MATAP, Frédéric Kolié. C’est fort de cela qu’au mois d’avril, le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, M. Alhassane Condé nous a écrit pour faire part de son intention d’aller dans le même sens, c’est-à-dire de régulariser ou de réguler les relations entre son département et la CENI. Nous lui avons répondu favorablement. Et, dans les semaines qui ont suivi, une commission mixte, MATD-CENI, a été mise en place. Nous avons exigé que les travaux de ladite commission se tiennent dans nos locaux.
Ainsi, depuis le mois d’avril, les deux parties ont travaillé de commun accord pour élaborer l’accord qui a fait l’objet de signature dont vous faites allusion. De notre côté, pour un souci de transparence, nous avons mis l’occasion de la plénière qui a suivi l’échange de courriers, pour informer tous les commissaires, en lisant en haute et intelligible voie, la lettre adressée à la CENI par le ministre. Il s’agit, bien sûr de celle que le ministre nous a adressée et la lettre de réponse de la CENI.
Aussi, nous avons informé les commissaires de la mise en place de la commission, tout en citant les noms des membres de la CENI désignés à cet effet. Sur ce, chacun d’entre nous a eu à donner son accord. La commission a eu à travailler, et à au finish, le document synthèse m’a été remis.
Alors, je fais photocopier ledit document par le biais de mon secrétaire général, qui s’est chargé de remettre une copie à chaque commissaire dans le but d’apporter éventuellement, chacun en ce qui le concerne, ses critiques et suggestions. Une procédure qui n’a pas apporté grand-chose au document en question. Dans la mesure où, les membres de ladite commission ont mis de coté leurs problèmes personnels pour s’occuper exclusivement de l’intérêt supérieur de la nation. C’est après ce travail patriotique que de commun accord avec le ministère de la décentralisation, nous avons fixée la date du jeudi 16 juin pour la signature de cet accord de portée historique.
Evidemment, j’ai fait en sorte que l’information passe au niveau de tous les membres de la CENI par le biais d’une note de service rendue publique plusieurs jours auparavant. Je puis vous dire sincèrement que la signature de ce protocole d’accord est un véritable motif de satisfaction.
GCI : Quels sont les points saillants de ce protocole d’accord liant désormais le Ministère de l’administration du territoire et la CENI ?
LC: Le protocole retrace en partie toutes les actions prioritaires de la gestion d’un processus électoral en Guinée. Cette fois-ci, il faut le préciser, la CENI cogère tout le processus avec le Ministère. A sa création, la CENI avait pour vocation de superviser, donc de cogérer le processus électoral. C’est le MATAP qui était chargé d’organiser toutes les élections en Guinée. Aujourd’hui, les choses ont évolué, au point que la constitution intervertit les rôles, la tendance. C’est-à-dire, la CENI organise les élections et le MATD assiste techniquement et financièrement. C’est dans ce même ordre d’idées, que nous avons jugé utile et nécessaire que ce partenariat de travail soit couché sur papier. Pour que chaque partie sache ce qu’elle doit faire et jusqu’où se limitent ses prérogatives dans le processus.
Si vous lisez ledit document, vous vous rendez compte que ce ne sont toutes les attributions de la CENI qui sont cogérées, mais, tout en insistant là-dessus, que c’est la CENI qui organise les élections en Guinée. Mais il y a des compétences au niveau des départements comme le MATD, les Finances, la justice et de la communication qui interviennent dans tout le processus. Ce sont des départements techniques partenaires de la CENI.
C’est pourquoi, nous avons partagé toutes les tâches du processus électoral, qui seront faites de commun accord ave le MATD, qui est le mieux représenté à l’intérieur du pays. Il est représenté dans tous les districts, les CRD, les sous-préfectures, les préfectures et dans toutes les régions….bref sur toute l’étendue du territoire national. Nous n’êtes pas sans savoir que nous nous appuyons sur ces structures pour tenir les élections.
Alors faut-il savoir qu’ à commencer par l’enrôlement, la révision des listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats, nos partenaires techniques sont associés. Par exemple, à la proclamation des résultats, si le ministère de la communication ne s’implique pas, afin que la RTG puisse les diffuser, il est évident qu’il va manquer quelque chose au processus. Si le ministère de la justice ne met pas à notre disposition en désignant des magistrats compétents pour aller présider les commissions de centralisation des résultats, il y aura forcément un manque... Ainsi de suite. Voilà un peu comment se présente les choses.
GCI : Ce protocole d’accord que vous avez signé émane-t-il du gouvernement de transition dirigé par de Jean Marie Doré?
LC: Bon à vrai dire, je n’ai vu aucun document, aucune lettre de la primature s’inscrivant dans cette logique, au temps de Jean-Marie Doré. Mais à l’époque, il faut toutefois reconnaitre qu’il a été question, à un moment donné, de réguler les relations entre le MATAP et la CENI. Soit par un décret, soit par un arrêté. Cela n’a pas pu avoir lieu. Parce que tout simplement, les deux parties n’ont pas trouvé de compromis. Le protocole que j’ai vu date d’avant Monsieur Jean-Marie Doré. Et puisque nous sommes encore dans la période transitoire, nous avons voulu le réactualiser en apportant de nouvelles données et éventuellement amendé.
J’avoue que nous avons connu beaucoup de lacunes au niveau de la CENI du point de vue organisationnel. Même si cela ne voudrait pas dire que nous ne sommes pas à même d’organiser les élections. Mais quand vous avez des limites faites-vous aider par votre partenaire. En fait, c’est qui se passe.
GCI : Cela voudrait-il dire que le vide institutionnel entre le MATD et la CENI est finalement comblé ?
LC: A travers ce protocole oui. Parce que j’ai eu à vous le dire plus haut, de l’élaboration du 1er protocole à nos jours, deux années se sont écoulées. Celles-ci nous ont permis d’acquérir des expériences, ces expériences ont permis de peaufiner les relations entre le ministère et nous.
Voilà pourquoi aujourd’hui, avec ce document qui va désormais régir nos relations, le MATD représente un partenaire technique sûr.
GCI : Comment interprétez-vous le fait que certains commissaires à la CENI n’aient pas approuvé la signature dudit protocole d’accord ?
LC: Vous savez, nous sommes en démocratie. Vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un de voir autrement que vous, s’il le constate ainsi. C’est de son droit. Mais toujours est-il que, nous avons fait de notre mieux pour que tous les commissaires puissent partager le contenu du document en question.
Je vous rappelle qu’il y avait trois chefs de départements et un membre du bureau qui ont travaillé pour l’élaboration de ce protocole. Si réellement, il y a décentralisation de l’information, chaque département devrait pouvoir informer les membres relevant de son département par rapport au travail qui a été fait. Mais qu’à cela ne tienne, nous, nous avons fait les copies pour les distribuer à tous les commissaires, pour qu’éventuellement, ils puissent apporter leurs critiques et suggestions.
Je vais vous révéler quelque chose, aucun commissaire n’a participé à l’élaboration du premier protocole signé au temps de Ben Sékou. Il nous a été simplement présenté au cours d’une réunion de la CENI que le président de la CENI d’alors et le ministre venaient de signer un protocole d’accord. Beaucoup de gens étaient indignés, mais que faire, nous nous sommes trouvés dans l’obligation de l’accompagner. Moi, je n’ai pas voulu agir ainsi.
Nous avons voulu élargir l’information par les biais d’une commission. Mieux, nous avons distribué les copies de l’accord aux différents commissionnaires pour leur permettre de donner leurs avis par rapport au travail accompli. Alors, je puis vous dire que je suis sincèrement désolé. Je pense avoir respecté le droit à l’information de tous les commissaires. Une plénière a même été organisée pour mettre tout le monde au même niveau d’information, mais les protestataires n’ont pas répondu a l’appel.
J’ai la conscience tranquille, parce qu’il s’agit d’un document susceptible d’être modifié a tout moment si on le veut, si nous constatons qu’il y a vice de forme qui ne permet pas et la C.E.N.I de garder son indépendance. Nous pouvons le dénoncer à tout moment. Mais ce n’est pas par des lettres de protestation, qu’on a connu entre les deux tours, qu’on peut prétendre mettre en cause un accord d’une telle dimension.
Naturellement, je ne reçois pas d’ordre de la part d’un parti politique pour pouvoir agir, mais dans l’intérêt supérieur de la nation.
GCI: Revenons au cas concret de Saidou Bayo, actuellement suspendu...
LC : Il s'agit d'une affaire de gestion interne sur laquelle, je ne ferai aucun commentaire.
GCI: En tout cas, ce protocole d’accord n’intervient pas à un moment où des dissensions surgissent de plus en plus au grand jour entre les membres de la CENI ?
LC: Evidemment, nous avons toujours été d’avis quant à la réforme de la CENI. Pour des raisons évidentes que vous constatez, les gens ne veulent pas garder leur indépendance vis-à-vis de leurs mandataires.
GCI : Quel est votre avis par rapport a la reprise systématique du recensement ?
LC: Je n’ai pas d’avis à propos. Pour moi, c’est une question qui mérite d’être tranchée par l‘autorité étatique. Il ne revient pas a nous de dire si l’on doit réviser ou reprendre le recensement. Dès lors que le chef des institutions de la République de Guinée, qui est le chef de l’Etat, le Président de la République décide de faire une action de façon formelle et officielle, la CENI est tenue d’appliquer ladite décision.
L’indépendance de la CENI ne veut pas dire qu’on est une structure isolée entièrement à part, qui soit hors de l’Etat. Non ! L’indépendance de la CENI, c’est vis-à-vis de toute formation politique et des autres institutions de l’Etat. Mais cela ne veut pas dire que nous n’avons pas de Chef. Le Chef de tous les Guinéens, c’est le Chef de l’Etat qui est le chef de toutes les institutions. Donc à ce niveau, je n’ai pas encore d’avis à donner.
Mais dites- vous que des lors que nous recevons de façon formelle et officielle, les instructions du chef de l’Etat, nous les appliquerons. Et cela qu’il s’agisse de la révision ou la reprise systématique du recensement.
G.C.I : Selon vous, les prévisions du mois de novembre pour les élections par la CENI, seron-ellest respectées ?
LC: Ce n’est pas un chronogramme établi par la CENI. La CENI n’a pas encore défini une date pour la tenue des législatives. Ce sont des fausses rumeurs.
GCI : Pourtant, la CENI demande 200 milliards pour les élections….
LC: Encore une fois cette information n’est pas donnée par la CENI.
GCI : Un message à l’endroit des membres de la CENI…
L C: C’est un message de paix, de sensibilisation vis-à-vis des acteurs politiques de notre pays. Pour dire que c’est nous qui avons opté pour faire partir le régime militaire par la voix démocratique. Alors, si nous voulons continuer dans ce sens, que l’on se donne la main pour sortir définitivement de cette transition en organisant des élections crédibles et transparentes. Si nous organisons correctement les législatives, en corrigeant nos erreurs et nos tares des élections présidentielles, je crois bien que la Guinée sera définitivement sortie de l’époque de "non-démocratie". Excusez-moi du terme, pour que dorénavant, nous puissions être considérés comme une nation qui a définitivement tourné le dos au régime autoritaire, militaire ou autre que nous avons connus dans ce pays ou ailleurs. Mais cela ne peut se faire sans l’unité nationale, la concorde, la tolérance des uns envers les autres. Et si cela est, je suis certain que tous les défis qui se posent à la Guinée seront relevés.
Propos recueillis par Kerfalla Kourouma pour GuineeConakry.info




















