Pr MANDY KADER KONDE POST EBOLA : "Je n'ai malheureusement pas le sentiment que les répercussions aient engendré...."

Le mardi 29 décembre 2015, la Guinée avait épuisé ses quarante-deux jours sans nouvelle contamination au virus Ébola et, conséquemment, a été déclarée par l’OMS à l’abri de toute transmission inter humaine de la Maladie à Virus Ébola (MVE). La Guinée a ainsi dépassé la phase de surveillance renforcée, pour prévenir tout nouveau cas. A-t-elle tiré les leçons de ces deux années consécutives d’épidémie qui ont fait environs 11.300 morts selon l’OMS ? Avec un impact économique certain. Notre système sanitaire est-il mieux préparé pour faire face à de nouveaux défis épidémiologiques ? Pour en parler, Nous sommes allés à la rencontre du Professeur Mandy Kader Kondé, qui a été le président de la commission recherche Ebola; président du CEFORPAC (centre d’excellence, de formation et de recherche sur le paludisme et les maladies prioritaires) et de la FOSAD ( Fondation, santé et développement durable).

Le professeur Mandy Kader Kondé nous a expliqué qu’à la base, le centre de recherche CEFORPAC qu’il dirige, est une institution fondamentalement axée sur la recherche sur le paludisme et les maladies prioritaires. Mais son installation coïncidant à la survenue de l’épidémie à virus Ébola, les objectifs du centre FOSAD, se sont réorientés sur la lutte contre Ébola, comme contribution à la riposte contre la MVE en Guinée. Près d’une année après la déclaration de la fin de l’épidémie, GCI fait l’état des lieux avec lui.

Le professeur Mandy nous explique les apports du CEFORPAG dans la lutte :

« Nous avons pu conduire un essai clinique sur un médicament interferon comme traitement potentiel de la maladie à virus Ébola, avec l'appui de l'université de Toronto et le labo Biogène. Nous avons testé ce médicament au centre de traitement Ebola de Coyah . Nous collaborons également  avec l’Agence de santé publique de grande Bretagne( PHE) sur les aspects de la protection et de l’immunologie des survivants d’Ebola. Nous sommes entrain de mener une recherche sur les risques de transmissions par voie sexuelles à travers un protocoles de recherche sur les pratiques sexuelles de survivants dénommé " EBOSEX " financé par la « London School of Hygiene & Tropical Medicine »

La conférence scientifique internationale sur les vaccins à Conakry

Le professeur Mandy Kader qui a conduit les travaux de l’atelier scientifique sur les vaccins est revenu sur les enjeux et les retombées de cette conférence.

 « Le but de l’atelier scientifique sur l'accélération de la disponibilité des vaccins qui s'est tenu à Conakry du 27 au 29 novembre 2015 au palais roi Mohamed, en présence du chef de l'Etat le professeur Alpha Condé, était de voir la possibilité pour les populations africaines à accéder à des vaccins de qualité disponibles et à coût abordable, visant à prévenir ou a contenir des maladies émergentes à potentiel épidémique. L’atelier a eu le privilège de bénéficier de l’expertise des scientifiques les plus éminents dans leur domaine au niveau mondial, notamment ceux qui ont travaillé à la conception et au développement de nombreux vaccins, dont le vaccin contre le virus Ebola, ceux qui ont effectué les expérimentations sur les animaux, ceux qui ont conduit des essais cliniques chez l’homme dans le respect des droits des populations, de même que dans les exigences des bonnes pratiques cliniques, de la réglementation internationale en vigueur, et finalement avec la participation des représentants des agences de réglementation.

Nous avons ainsi pu recueillir des avis scientifiques les plus pointus, pour nous conseiller par rapport au développement des ces vaccins. Mais, comme vous savez, moi  j’ai été un Co- principal investigateur pour l’ essai clinique sur un vaccin candidat qui a été testé ici en Guinée. Les résultats préliminaires satisfaisants ont été publiés dans une revue scientifique prestigieuse, The Lancet. Nous sommes en train de finaliser les dossiers scientifiques qui vont être mis à la disposition de la société MERCK qui a fabriqué ce vaccin aux Etats-Unis en vue d’être soumis à l’agence de régulation des médicaments (FDA) aux Etats-Unis et peut être en Europe (EMEA), pour voir comment obtenir la licence ;c’est à dire l’homologation. C’est à cette seule condition que ce vaccin pourrait être utilisé à large échelle en Guinée et dans d’autres pays africains ou au même niveau mondial »

Suivi des guéris d’Ebola?

« Nous sommes impliqués avec l’agence de santé publique de Grande Bretagne pour le suivi de l’immunologie et de l’immunité des survivants ou guéris d’Ebola ; autrement après combien de temps les survivants Ébola ont un niveau de protection  élevé ? Seules de telles recherches permettront de voir comment ceux qui ont survécu à Ébola ont pu développer une  immunité durable ?  Comment cette immunité et cette protection s’organisent et va nous permettre de développer certainement de nouveaux moyens de protection, y compris de nouveaux vaccins pour pouvoir mieux protéger la population en général contre Ebola. Donc, c’est dans cette optique que nous sommes en train de travailler avec l’Agence de santé publique de Grande Bretagne, avec le laboratoire mobile. Ici des recherches ont été menées avec deux composantes, le virus et la deuxièmement la signature du virus que sont : l’immunologie et la protection, pour voir comment mieux cerner ces questions en vue d' apporter des diagnostics, des moyens de protection. Concernant la riposte à Ébola, nous avons commencé une collaboration dans le cadre de la recherche à long terme, au moins cinq ans, sur les survivants d’Ebola. Selon les recommandations et le plan stratégique développé par la Coordination Nationale de Riposte contre Ébola. Nous avons aussi développé un partenariat avec l’Université de Toronto dans le cadre d’un essai clinique sur un médicament interféron; Sur la manière dont ce médicament peut être un apport thérapeutique pour guérir les malades d’Ebola. Nous avons entrepris également un partenariat avec la London School, qui nous a financé une recherche sur les pratiques sexuelles des guéris ou survivants d’Ebola, y compris leurs partenaires sexuels, et évaluer le risque potentiel de transmission par rapport sexuelles de cette maladie »

Le pays est-il prêt à affronter une autre épidémie de ce genre?

Il y a eu beaucoup de progrès qui ont été faits pour répondre à cette épidémie d’une ampleur sans précédent. Nous avons beaucoup appris sur la prise en charge correcte des malades, sur la surveillance épidémiologie et le suivi des contacts, la confirmation rapide par le laboratoire avec les nouvelles technologies, les enterrements dignes et sécurisés. Nous sommes certainement mieux préparés qu’on ne l’était en 2013, mais ceci dit, je pense que nous devons vraiment tirer les leçons des principales faiblesses que nous avons constatées et relever le niveau de notre réactivité et des facteurs de propagation de la maladie. La mobilité des corps, des malades et de leurs contact, les rumeurs et l’insuffisance d’implication des communautés, l’utilisation rationnelle des ressources mobilisées ont été des défis majeurs dans la riposte qui nécessite un réel appropriation et leadership des Guinéens au-delà des aspects politiques, et des intérêts des partenaires. Je pense qu’il y a lieu aussi de renforcer les principales stratégies, y compris la recherche cliniques et les laboratoires. Nous avons eu beaucoup d’appuis, de la technologie, mais nous n’avons toujours pas un laboratoire digne de ce nom en Guinée après une grosse épidémie comme celle-là, qui a sévi plus de deux ans. Nous n’avons pas de capacité de laboratoire, d'infrastructures et ressources humaines, de moyens, de pouvoir conserver correctement nos échantillons, capable d’être proactif et de faire des analyses approfondies et recherche Il y a des perspectives certainement par rapport à cela, mais nous devons insister sur ces volets »

Aux autorités ?

« Je pense que la leçon principale à tirer, c’est que nous avons eu une épidémie de longue durée et qui a semé beaucoup de désolation dans ce pays. Nous devons être désormais mieux préparés pour faire face. Il est difficile d’être efficace avec un système de santé faible y compris la gouvernance. La situation du secteur de la santé reste encore préoccupante, malgré les discours politiques et les promesses des partenaires. Nous devons renforcer cela ! On ne peut pas être proactif, on ne peut pas gérer une épidémie, si la gouvernance dans le système de santé reste faible comme il l’est aujourd’hui ! Et ça je pense qu’il y a un appel aux autorités politiques et administratives au plus haut niveau, pour que le secteur de la Santé puisse être réellement un secteur prioritaire en donnant au secteur santé des Guinéens et une équipe solide capable de mener les réformes nécessaires. Je n’ai malheureusement pas le sentiment que les répercussions aient engendré une prise de conscience suffisante pour un changement efficient. Nous devons aussi investir dans le secteur de la Santé en termes de recherche et de laboratoires, de même que dans le développement des médicaments et de vaccins dans un moyen et long terme, par le renforcement de capacités et le développement de ressources humaines de qualité et des plateaux techniques performants. Quand on voit ce qui est en train d’être fait à Dakar, à Abidjan, à Bamako qui n’ont pas eu une épidémie aussi profonde que nous, on reste préoccupé

Encourager l’investissement dans le secteur de la santé ?

L’autre point, c’est le partenariat. je pense que le gouvernement doit encourager les Guinéens  à investir dans la santé, et que l’Etat sache qu’il ne pourra pas tout faire et qu’il y ait des institutions et formations sanitaires et de recherche privées à but lucratif ou non lucratif qui pourront compléter l’effort du gouvernement. Ce sont des aspects à mon avis, qui devraient être encouragés et promus pour permettre à l’Etat de se concentrer dans son rôle de coordination, de plaidoyer, de mobilisations des ressources et de mise à disposition de l’ensemble des parties prenantes ces importants efforts. Mais encore une fois, sans sous estimé l’effort des partenaires, la Guinée ne se développera que par l’implication effective des Guinéen. l’homme Guinéen doit être au centre des réformes et du renforcement du systèmes de santé avec une implication effective des communautés" 

Entretien réalisé par Mamadou Aliou DIALLO pour GCI

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