
Au-delà de la surprise que représente l’extradition elle-même, c’est le moment choisi par les autorités nigériennes, qui ne semble pas approprié. Il est vrai en effet que le régime de Mahamadou Issouffou avait toujours justifié son refus de remettre le fils de Kadhafi aux nouveaux maîtres, par la crainte qu’il ne puisse pas bénéficier d’un procès équitable. Justement, eu égard au climat de chaos et d’anarchie qui règne aujourd’hui en Libye, les conditions de ce procès équitables sont certainement loin d’être réunies.
Quel acharnement contre l’enfant prodigue de Kadhafi ?
Par ailleurs, on se demande ce qui justifie tant l’acharnement de Tripoli contre Saadi Kadhafi. Certes, il n’était pas le plus responsable des enfants de Kadhafi ; faisant valoir la fortune et le statut à lui légués par le règne de son père, il se laissait en particulier aller à des frasques qui ne l’honoraient guère. Il profitait ainsi de son statut pour faire passer ses humeurs pour des principes qu’il imposait à certains membres de son entourage, dont les domestiques. Mais en même temps, les preuves sur son implication dans des actes de violation des droits humains, ne sont pas établies de manière irréfutable.
Pour ce qui est de la révolte contre le régime de feu père en particulier, personne n’a jusqu’ici réussi à le relier à la répression que le régime de Kadhafi avait fait subir aux rebelles. Contrairement à l’attitude qui a été celle de Khamis et de Seïf Al-Arab, qui s’étaient clairement affichés aux côtés de leur père, Saadki Kadhafi se faisait davantage remarquer dans les milieux mondains.
Questions essentielles et accidentelles
Partant, on peut bien se demander pourquoi Niamey décide ainsi de l’extrader ? Alors même que le pouvoir libyen a encore du mal à mettre la main sur Seïf Al-Islam, que les rebelles de Zenten détiennent toujours ?
Qu’est-ce qui justifie que le Niger tourne aussi facilement la page des rapports que l’on croyait étroits avec le clan Kadhafi ?
Les nouvelles autorités libyennes auraient-elles offert plus que toutes les richesses avec lesquelles Saadi Kadhafi avait choisi de s’établir au Niger ?
Ou bien, dans le contexte de la très complexe lutte contre le terrorisme islamique dans le Sahel, Niamey aurait cédé à certaines pressions extérieures ?
L’extradition de Saadi Kadhafi serait-elle la monnaie de change pour que Paris consente à écouter les revendications de Mahamadou Issouffou dans le cadre de son bras-de-fer avec Areva ?
En l’absence d’une communication claire, et eu égard à la surprise, toutes les spéculations sont permises.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















