RUSSIE-OCCIDENT: La bataille se déroule aussi en Afrique

S’il est exagéré, à propos des rapports actuels entre la Russie et le monde occidental, de parler de retour à l’époque de la guerre froide, il n’en demeure pas moins vrai qu’entre ces deux frères ennemis, le climat de méfiance est monté de plusieurs crans depuis un certain temps. Menées essentiellement par les Etats-Unis, l’Allemagne et la France, les puissances occidentales essaient, comme elles peuvent, de freiner les visées expansionnistes de la Russie. Mais cette dernière, conduite par le très stratège Vladmir Poutine, ne se laisse guère faire. Ni intimider. Comprenant la nécessité de prendre langue avec ce pays qui ose tenir tête à Washington et Paris, le MNLA voudrait-il aussi se payer l’audace de la Syrie et de la Crimée? Peut-être bien que la démarche est un peu illusoire. Même si en recevant la délégation des indépendantistes maliens, les dirigeants russes voudraient signifier qu’ils sont loin d’être essoufflés.

On aurait pensé qu’avec la très chaude crise de la Crimée, la Russie n’aurait pas le temps de s’engager dans un autre bras-de-fer avec l’occident. En effet, même si, avec un taux de participation estimé à plus de 80 % dont 93 % se prononçant en faveur du rattachement à la Fdération de Russie, les Criméens viennent d’adresser un message éloquent au sujet de leur avenir, Moscou ne doit pas avoir le sommeil tranquille.

Les Etats-Unis et l’Union européenne, à travers notamment la France et l’Allemagne, n’entendent pas se laisser humilier aussi facilement. Déjà, le camouflet administré par Moscou au sujet de la crise syrienne, demeure en travers de la gorge de biens de dirigeants occidentaux. Beaucoup d’entre eux se disent que la crise criméenne est l’occasion de prendre sa revanche, en administrant une leçon exemplaire au turbulent Poutine.

Sauf que c’est là une intention moins facile à concrétiser. Si les dirigeants russes sont passés outre toutes les sanctions qui avaient été brandies pour empêcher le référendum, c’est bien parce qu’ils s’estiment capables d’assumer toutes les conséquences qui découleraient des résultats du vote d’hier. Fort de son diplomate en chef, Sergueï Lavrov, le président russe oblige l’occident à concéder une seconde défaite. Parce que désormais, rien ne s’oppose à l’intégration de la Crimée à la Fédération de Russie. Au contraire, l’Ukraine et ses partenaires européens s’inquiètent plutôt de l’onde de choc que le choix des Criméens pourrait avoir sur d’autres Etats.

Et pour dire qu’ils ne sont aucunement impressionnés par les menaces ça et là formulées dans les capitales occidentales, les Russes s’offrent même le luxe d’ouvrir un nouveau front, à savoir leur implication dans le processus de résolution de la crise malienne. En effet, dans cette tempête politico-diplomatique qui tient le monde entier en haleine, voilà que le vice-ministre des Affaires étrangères, Mikhaïl Bagdanov, a reçu le 14 mars dernier, une délégation du MNLA conduite par son secrétaire général, Bilal Ag Chérif. Ce dernier, conscient du rôle joué par la Russie dans la résistance que Bachar Al Assad et les indépendantistes criméens ont jusqu’ici réussi à opposer aux puissances occidentales, était visiblement venu chercher du soutien, à son tour.

Les indépendantistes maliens comptent-ils sur la pression que la Russie pourrait exercer aussi bien sur Bamako que sur Paris, pour que le dialogue qui se déroule actuellement puisse aboutir ?

Naturellement, pour les Russes, le Mali ne représente pas les mêmes enjeux géostratégiques et économiques qui sont incarnés par la Syrie et la Crimée. Mais en recevant la délégation du Mouvement national pour la libération de l’Azawad, les autorités russes ont certainement voulu envoyer le message, selon lequel, leurs intérêts dans le Sahel ne sont pas absolument nuls. Et qu’ils peuvent s’offrir le risque de s’y engager. Même si cela ouvre un nouveau front avec les Occidentaux.

GCI suit pour vous. 

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

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