REVOLUTION AU BURKINA FASO : Quelle était la mécanique politique de Blaise Compaoré ?

Au Burkina Faso, les choses sont loin de se décanter. En dehors du départ effectif de Blaise Compaoré, on n’est encore certain de rien au sujet de l’issue de la révolution. Après un bref moment d’incompréhension, l’armée a fini par s’entendre pour que le lieutenant-colonel Isaac Zida prenne en charge la gestion de la transition. Mais la société civile, les leaders politiques et une frange importante de la communauté internationale, ne sont pas d’accord avec cette option. Une divergence subtile qui n’a rien de rassurant dans la perspective de la transition qui s'annonce. Ce qui, en soi, nécessite un certain nombre d’enseignements.

Avec l’incertitude qui hante aujourd’hui le Burkina Faso, on comprend mieux ce qu’était la gouvernance de Blaise Compaoré. Comme avec le président Amadou Toumani Touré au Mali, il y avait des zones d’ombre derrière la façade démocratique et de stabilité que le Burkina renvoyait avec Blaise Compaoré. Si ces derniers temps, l’homme était perçu comme "faiseur de paix" au niveau international, certains indices laissent croire qu’il est de la race des dirigeants qui ne se préoccupent nullement de leur succession. La conception jouissive du pouvoir de toute évidence, semble la seule qui comptait pour Blaise Compaoré. 

Partis politique et société civile au pas

De ce fait, il s’est particulièrement évertué à mettre les partis politiques et à la société civile au pas. Qu’on ne s’y trompe pas ! S’il est vrai que ces deux entités ont joué un rôle déterminant dans les événements de ces derniers jours, il serait cependant inapproprié d’y voir leur dynamisme. En réalité, les leaders politiques de l’opposition et les activistes de la société civile ont intelligemment capitalisé le ras-le-bol que Blaise Compaoré avait fini par inspirer à ses compatriotes. Ils en avaient marre de lui et avaient juste besoin d’une instance de coordination. En somme, les partis politiques et la société civile burkinabé se sont trouvés au bon endroit et au bon moment!

Un système de gouvernance verrouillé

Autrement, le système de gouvernance instauré par Blaise Compaoré était verrouillé. Usant à la fois du débauchage et de l’intimidation, il avait réussi à empêcher l’émergence d’un autre leadership autre que le sien. Au point où, à son départ, aucune figure n’a émergé des rangs de la société civile, ou de ceux des formations politiques, pour assumer la transition. Faudrait-il préciser que dès l’annonce de la démission de l’ancien président, c’est le général Kouamé Lougué qui a tout de suite focalisé l’attention. C’est la seule personne qui, aux yeux de la jeunesse révolutionnaire, mais aussi à ceux des responsables de la société civile et des partis politiques, incarnait les vertus morales nécessaires à une gestion sereine du processus de Transition. Preuve supplémentaire du peu de poids des acteurs de la société civile et des leaders politiques, cette proposition aussitôt formulée, a été rangée dans les oubliettes.

Une armée toute-puissante, mais divisée

En lieu et place d’une plateforme menée par des leaders politiques et de la société civile charismatiques, Blaise Compaoré, comme la plupart de ses désormais ex-homologues, orientait l’essentiel de ses faveurs vers l’armée. Né des entrailles de cette dernière, il en avait fait le socle de son pouvoir. Ainsi, ceux qui composaient la hiérarchie étaient très étroitement associés à la gestion des affaires publiques. Par contre, le reste de la troupe tirait le diable par la queue, comme la majorité des Burkinabé.

En somme, servant de vitrine, la hiérarchie donnait l’impression que l’armée, tout entière, était choyée par le régime; alors qu’en réalité, c’est plutôt "l’arbre qui cache la forêt". Le pied-de-nez du lieutenant-colonel Zida au général Honoré Traoré, est un peu le reflet de cette faille au sein des forces armées nationales. Avec le départ précipité du président Compaoré, c’est l’heure de la revanche qui a sonné pour la troupe.

Ces différents aspects qui caractérisaient la gestion du pouvoir au Burkina Faso se conjuguent aujourd’hui pour complexifier la gestion du processus de Transition. Parce qu’à aucun moment le président Blaise Compaoré ne s’était inspiré du président Senghor pour penser à préparer la relève. C’est la même chose qu’on a connu en Guinée au lendemain de la mort du président Lansana Conté et au Mali, après le coup d’Etat contre ATT. D’autres dirigeants africains devraient en tirer les "leçons de choses"pour ne pas exposer leurs pays respectifs aux mêmes menaces d'implosion. 

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info  

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