
Quand le chef de file de l’opposition ne rejette pas l’invitation du président, qu’il estime être une rencontre où il va se contenter de réitérer ses exigences, c’est ce dernier qui déclare sans aucune concertation, que le chronogramme reste inchangeable.
Des clivages toujours aussi profonds
Peut-on s’attendre au miracle puisque c’est de cela qu’il s’agirait ? Parce que du côté de l’opposition, l’annulation du chronogramme programmé par la CENI est, non négociable alors que du côté du pouvoir, le président Condé s’est voulu encore un peu plus explicite en déclarant par rapport à sa rencontre avec Cellou qu’il « discutera de tout sauf du report du calendrier » dans sa dernière interview à Jeune Afrique, Alpha Condé a été on ne peut plus clair. Question : Si l’opposition consent à un report de l’élection présidentielle au-delà du 11 octobre, afin que les communales puissent être organisées auparavant, changerez-vous de position ?
Réponse : Jamais. Vous me voyez accepter de devenir un chef d’État hors délais constitutionnels ? Le piège est un peu grossier et je ne suis pas né d’hier.
Ce qui présage du manque de portée de l’entretien en vue, qui pourrait donc se muer en une rencontre de ‘’faire-valoir’’ pour les protagonistes. Chacun voulant simplement faire montre de bonne volonté vis à avis de la communauté internationale, qui a sommé les acteurs à venir autour de la table, pour trouver une issue consensuelle à la crise.
Alors que le représentant spécial de Ban ki moon est annoncé à Conakry, une issue est-elle possible ? Pour répondre à cette question, il faudrait quasiment être dans le secret des dieux ! Tant les principes de l’un et de l’autre des interlocuteurs paraissent intangibles.
Un accord est-il possible ?
Nous pouvons répondre par l’affirmative, à condition que chacun des deux protagonistes se retrouvent à Sékhoutoureya avec la ferme volonté de sortir le pays de l’impasse. Cela ne peut se faire qu’en acceptant de faire des concessions et sortir des clivages mouvance-opposition, pour mettre en avant l’intérêt supérieur de la nation. Cela nécessitera un véritable sursaut patriotique et une humilité personnelle.
L’opposition a fondé son rejet du chronogramme proposé par la CENI sur la possibilité de connivence, selon elle, que pourraient représenter les élus communaux avec le pouvoir, lors de la présidentielle qui pourrait faire pencher la balance du côté du pouvoir.
Quant à la mouvance, bien qu’elle n’explique pas clairement la raison profonde de son acceptation du chronogramme proposé par la CENI, reportant les communales, elle reste intransigeante à toute possibilité de tenue des communales, avant la présidentielle. Mais lorsqu’on y regarde de près, l’éventualité de la tenue des communales avant le 11octobre prochain, si la volonté politique est là, est bien possible. D’autres pays en ont fait le pari dans un timing bien plus réduit que celui-là. Cela bien sûr dans l’esprit du respect de la loi électorale.
Mais la question n’est pas tant de tenir les communales avant la présidentielle ou de les reporter, mais plutôt comment sortir de l’impasse, pour enrayer le cycle de manifestations couronnées perpétuellement de violences de toutes parts.
Un espoir d’accord
Trois alternatives possibles peuvent cependant se dégager dans la signature d’un accord éventuel.
1) Le président fait machine et arrière en reconsidérant les inquiétudes de l’opposition sur les délégations spéciales, tout en appelant l’aide technique et financière de la communauté internationale, pour procéder à la tenue des communales dans les mois qui restent et qui précèdent la tenue du premier tour de la présidentielle.
2) L’opposition lâche du lest en premier, en revenant sur sa position sur la tenue des communales avant la présidentielle, en acceptant l’idée du report prônée par la CENI et partagée par le pouvoir.
Mais, l'une ou l’autre de ces possibilités comportent une certaine complexité dans leur matérialisation et pourraient se heurter à l’intransigeance réfractaire des militants zélés. Mais tout au plus, les principaux concernés ne semblent-ils pas eux-mêmes, plutôt tournés et soucieux de la possibilité d’accéder ou de se maintenir au pouvoir, que de la perspective d’une sortie de crise.
3) La troisième option et celle qui semble empreinte d’un peu plus de pragmatisme et de réalisme. Un consensus dans lequel des délégations spéciales mixtes seront instaurées dans toutes les communes avec une cohabitation mouvance-opposition, comme c’est le cas à la CENI.
Si les acteurs parviennent à s’entendre sur les modalités de la mise en place de telles délégations, avec une parité parfaite dans la composition des membres qui constitueront chaque délégation ; cela pourrait réduire la suspicion et redonner un peu plus de confiance à une opposition sceptique.
Mais des deux côtés, est-on prêt à accepter de tels compromis ?
Cette dernière option est l’une des alternatives de sortie de crise la plus crédible qui se dégage, mais surtout la plus réaliste. Toujours est-il qu’une sortie de crise dépendra surtout de la capacité des acteurs politiques, toutes tendances confondues, à faire preuve d’un volontarisme patriotique évident, pour sortir le pays du blocage politique.
Mamadou Aliou DIALLO pour GCI
2015-GuineeConakry.Info




















