
Devant une telle situation, les seuls qui pourraient se frotter les mains, ce sont les responsables des différentes mosquées du pays qui vont voir les maisons de Dieu rejeter du monde pendant cette période. Ils en profiteront pour prodiguer des conseils, et prier pour que le brin d’espoir consécutif à l’accord politique du 3 juillet 2013, puisse se concrétiser par des élections législatives apaisées et inclusives en septembre prochain.
Les fidèles musulmans guinéens en parlent depuis des semaines avec une certaine appréhension. Eh bien, à partir de ce mercredi, ils sont de plain-pied dans le mois de Ramadan. Concrètement, cela se traduira par une privation de nourriture, de boisson et de relations sexuelles pendant 29 ou 30 jours et ce, du lever au coucher du soleil.
Du point de vue des pratiques rituelles, le mois de Ramadan est une occasion d’affluences exceptionnelles des mosquées, soit pour les prières ordinaires, soit pour celles surérogatoires. Le mode vestimentaire sera également affecté. Les femmes en particulier vont ranger "bodys" et autres pantalons trop moulant dans les placards. La plupart d’entre elles auront également la tête couverte d’un foulard.
Dans l’administration publique, le jeune du mois de Ramadan se traduira par un taux d’absentéisme plus élevé que la normale. De même, ceux des fonctionnaires qui décideront de venir plus par nécessité que par devoir arriveront au bureau en retard et en repartiront plus tôt que d’habitude. Trop épuisés par le manque d’énergie et en proie au sommeil, ils prétexteront en outre des embouteillages dans les rues inondées de Conakry pour rentrer à domicile dès après la prière de 14 heures.
Comme c’est le cas depuis quelques années, le mois de Ramadan coïncide avec une période des plus austères. En raison notamment de la crise sociopolitique qui prend en otage le pays depuis l’installation du président Alpha Condé, le front social n’est guère reluisant. L’environnement économique affiche une morosité ambiante. Ce qui confère aux prix des denrées de première nécessité un enjeu politique pendant ce mois de jeûne.
Et c’est pourquoi le ministre du commerce, Dorval Doumbouya se démène depuis quelques jours pour trouver un accord avec les commerçants en vue de rendre disponibles certaines denrées à des prix raisonnables. Aussi, il annonçait récemment que la miche du pain reviendrait à 1500 GNF. Pour ce qui est du riz, du sucre, de la viande, etc, le défi consiste à empêcher que les prix ne montent en flèche. Parce que les commerçants, misant sur la grande consommation de ce mois de Ramadan, caressent le rêve de réaliser les plus grands profits. C’est dire que la foi et les intérêts économiques sont antinomiques !
Mais du point de vue des ménagères rencontrées hier dans certains marchés de Conakry, les démarches du ministre du commerce ne se ressentent dans les paniers. Selon plusieurs d’entre elles, les prix sont toujours fixés selon le bon vouloir du commerçant. Certains opérateurs économiques trouvent même que le ministre ne fait que dans du spectaculaire. Autrement, accuse un d’entre eux, « le même gouvernement qui supplie les commerçants de réduire les prix des marchandises, augmente les taxes de dédouanement au Port autonome de Conakry ».
Dans certains pays musulmans, on déplore la baisse des recettes liées à la baisse de l’activité touristique. En Guinée, le secteur du tourisme n’est déjà pas particulièrement développé. Par contre, les restaurateurs et autres tenanciers de débits de boissons, ainsi que les propriétaires des night-clubs prieront eux aussi...pour que ce mois de pénitence passe très vite!
Surtout que cette période des grandes vacances est celle durant laquelle ils réalisent habituellement leurs plus grands chiffres d’affaires.
Bon Ramaadan!
Boubacar Sanso Barry pour guineeConakry.info




















