
En s’adressant à ses compatriotes, le 26 juillet dernier, le Pr. Alpha Condé concevait dans le mois de Ramadan qui débute ce lundi 1er août, les « valeurs cardinales partagées par toutes les religions révélées et l'humanisme africain » que sont, selon lui : le recueillement, la pénitence, le sacrifice quotidien, la communion fraternelle et le pardon. Dans un premier temps, donc, le chef de l’Etat guinéen a voulu convier ses compatriotes musulmans à mettre à profit ce mois de pénitence pour promouvoir et faire les leurs ces vertus humaines dont le pays a plus que besoin aujourd’hui.
Cependant, le président de la République n’ignore pas que le Ramadan, c’est aussi et surtout d’autres réalités, plus tangibles, elles. C’est ainsi qu’il affichait sa préoccupation à propos de la spéculation qui revient au devant de la scène en prélude à chaque mois de Ramadan. Il avait alors promis que, pour enrayer cette regrettable situation, un effort exceptionnel serait consenti par son gouvernement pour que les coûts des denrées de premières nécessités (riz, lait, la farine, sucre, huile alimentaire) soient plus abordables.
Puisque lui-même et aucune structure du gouvernement n’a jusqu’ici indiqué en quoi consisterait réellement cet effort exceptionnel et quelles seraient ses répercussions concrètes, pour le moment, les ménagères se bornent à souhaiter pouvoir trouver sur le marché de quoi préparer les repas de rupture de jeûne pour leurs familles respectives. Un souhait qui pourrait être plus facilement exaucé si dans les différentes familles, on cherchait à instaurer une certaine rationalité dans la préparation des mets pendant ce mois de Ramadan.
En effet, s’il faut reconnaître que le Ramadan est synonyme d’une sensible augmentation de la consommation, il faut de même reconnaître que c’est là un prétexte à un gaspillage énorme. Pariant sur le désir de manger et de boire qui les tenaille dans la journée, les familles surprépare les repas. Or, à la rupture, quelques cuillerées et un gobelet d’eau suffisent à effacer la trace de la faim qu’on a éprouvée depuis des heures. Naturellement, ce sont les commerçants spéculateurs qui se frottent les mains.
Autre problème que les jeûneurs guinéens auront à déplorer cette année, c’est la dégradation à outrance de la desserte électrique. Il faut rappeler que dans beaucoup de ménages, on se réveille avant l’aube pour grignoter quelque chose. Jadis, la fourniture du courant tenait compte de cette situation particulière. Ce qui fait que le courant était quasiment là, à chaque fois que l’heure approchait, pour ne pas dire toutes les nuits. Cette fois-ci, il y a de fortes chances que, EDG, confrontée à une pénurie sans précédent de courant, ne soit en mesure d’honorer ce deal tacite avec les fidèles musulmans. Le problème sera ressenti de la même façon dans les mosquées qui ne désemplissent pas pour les prières surérogatoires du soir, mais également pour celle de l’aube. Des soucis de sécurité sont à redouter.
Par ailleurs, contrairement à ce qui prévaut dans les pays maghrébins et plus globalement dans le monde arabe, les rues seront moins animées pendant les soirées les prochains 29 ou 30 jours que requiert l’observation de ce quatrième pilier de l’Islam. Affamé et épuisé, chaque jeûneur rejoint le lit aussitôt après la prière du soir.
Une situation qui s’explique à la fois par les difficultés économiques qui ne peuvent permettre d’aller, ne serait-ce que dans un restaurant du quartier, mais également à cause de l’interdiction faite aux fréquentations coquines pendant ce mois de Ramadan. C’est comme si le premier favorisait le respect du second. Du coup, là où les autres commerçants ordinaires flairent l’affaire de l’année, les restaurateurs, eux, affichent une mine plutôt grise.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















