
En quelques jours seulement, il n’était plus question que du « clash de Takana Contre Alpha Condé ». Depuis, faisant profil bas, le reggaeman s’est retiré. Mais de cet événement qui relève tout à la fois des faits divers people que des rapports très souvent délicats entre le politique et la culture, on retient essentiellement: la banalisation de la fonction présidentielle. Une banalisation qui est une des conséquences sournoises de la crise politique actuelle. Sur l’impact de la chanson de Takana Zion sur la fonction présidentielle, les défenseurs du président Alpha Condé n’ont pas forcément tort.
Bien entendu, il n’est pas question de contester le droit des plus légitimes que Takana a de critiquer la gestion du chef de l’Etat. De ce point de vue, il n’est certainement pas le premier à le faire. Avant lui, Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly, pour ne citer que ceux-là, avaient puisé l’essentiel de leur aura dans l’audace dont ils avaient fait montre dans leurs attaques contre certains leaders africains. Mais on reconnaîtra qu’aucun d’eux n’avait usé de la vulgarité qui transparait du discours de Takana Zion.
Par ailleurs, Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly avaient, dans la mesure du possible, toujours essayé d’incarner l’unité nationale mai aussi celle continentale. Tandis que Takana a semblé davantage défendre une communauté que la nation guinéenne, tout entière. Cependant, il est à préciser que Takana Zion n’est aucunement responsable de la désacralisation de la fonction présidentielle. Il n’a fait qu’exploité une situation. D’ailleurs, les propos de Jean-Marc Telliano et moindrement ceux de Cellou Dalein Diallo menaçant de faire partir le chef de l’Etat sont à inscrire dans le même registre de la banalisation de l’institution présidentielle.
Si responsable il y a, celui-ci doit certainement être le président Alpha Condé lui-même. En effet, le chef de l’Etat a été le premier à user de "propos discourtois" à l’endroit de ses opposants. On se rappelle encore de son discours de Tafory où il faisait allusion à des "tortues dont il fallait chauffer le derrière pour que la tête émerge". De même, plus récemment, le même chef de l’Etat avait insinué que ses adversaires étaient des "aboyeurs". Autant d’expressions qui font penser à Mouammar Kadhafi traitant ses adversaires de "rats" ou de Lansana Conté qui voulait "botter les fesses des opposants".
Par le passé, bien que n’ayant pas été forcément appréhendés comme des leaders démocrates, les présidents guinéens n’avaient pas usé de tels propos. Pourtant, ils avaient également eu des rapports plutôt tendus avec leurs oppositions respectives dont Alpha Condé lui-même.
Cette exception malheureuse qui affecte aujourd’hui la fonction du président de la République qui est de plus en plus dépouillée de son caractère de respect républicain.
© Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















