RECONCILIATION NATIONALE: Une démarche à revoir absolument!

Depuis peu, le président de la République semble vouloir s’attaquer à la problématique de la réconciliation nationale,de manière beaucoup plus concrète. C’est ainsi qu’après avoir nommé les deux principales personnalités de la commission provisoire de réflexion et d’élaboration du plan d’action de la réconciliation nationale, il a demandé aux sages des régions naturelles de la Basse, de la Haute et de la Guinée Forestière d’aller retrouver ceux de la Moyenne Guinée,pour un premier entretien autour de la nécessaire unité nationale... 18:50 4-9-2011

Conduite par Elhadj Mamadou Saliou Camara, grand Imam de la mosquée Fayçal et co-président de la commission provisoire et par Elhadj Ahmadou Chérif de Kankan, la délégation des sages des trois régions naturelles, s’est rendue à Labé,où elle a eu un échange franc et direct avec les sages et les notables de la capitale du Fouta Djallon. Mais d’ores et déjà, on a l’impression que les résultats attendus pourraient être biaisés par certains problèmes qui affectent la démarche elle-même. GCI décortique.

Certes, on peut se réjouir de la franchise et de la sincérité qui ont caractérisé les débats qui ont eu lieu à Labé. Les sages du Fouta ont notamment usé des métaphores, anecdotes et autres proverbes dire des vérités crues qui semblaient leur tenir à coeur. A travers les discours tenus par les uns et les autres, on a essentiellement compris que selon la coordination du Fouta, pour réussir la réconciliation nationale, il faut une approche pragmatique qui doit essentiellement provenir du chef de l’Etat.

C’est du moins la substance de l'anecdote dans laquelle le premier sage du Fouta a évoqué le vol d’un bœuf par trois voleurs dont deux adultes et un adolescent. Un premier partage ayant eu lieu à l’insu du plus jeune des voleurs, a été dénoncé par ce dernier parce qu’il prévoyait deux grandes parts égales et une troisième plus petite. Pour lui, celui qui recevra le dernier tas risque bien d’ébruiter "le vol".Aux deux autres de lui faire remarquer que rien n’indiquait que cette part lui était destinée. Il précisera que "eu importe celui qui l’aurait, mais le risque demeurera quelque soit celui à qui cette part reviendra." Menace plutôt prise au sérieux,car lors d’un second partage, toujours en l'absence du plus jeune, expressément dépéché au marigot, pour y chercher de l'eau, les autres en profiteront pour revoir égaliser les parts...

De cette parabole, on a bien l’impression que celui qui s’est exprimé, a voulu dire que "le problème dont souffre l’unité nationale provient d’une injustice non réparée". De même, on peut imaginer que le petit des voleurs soit un personnage jouant le rôle de Cellou Dalein et que l’un des grands incarne le président de la République. Pour l’auteur de cette anecdote, on résoudrait en grande partie le problème, si chacun consent à une répartition équitable du pouvoir et de tous les privilèges auxquels il donne. Plus explicite, un second intervenant pense qu’il n’y a peu de chance de réussir la réconciliation nationale en partant de la base.

Pour lui, ''de la même façon qu’il est stupide d’espérer faire couler l’eau des pieds vers la tête et tout le corps, on ne peut aboutir à une véritable réconciliation que si les choses émanent vraiment du sommet''. Plus précis, il pense que si dans une démarche franche et sincère, le Pr. Alpha Condé fait appel aux autres leaders et que leur entente est répercutée par chacun d’eux à leurs militants et partisans, via tous les moyens de communication et d’information, il n’y a pas de raison que ces derniers ne se réconcilient pas, à leur tour.

Un troisième intervenant a, à son tour, sollicité que l’entourage du chef de l’Etat travaille véritablement dans le sens de la réconciliation nationale telle que voulue par le président lui-même. Ce qui semble dire qu’il ne pense pas qu’il en soit actuellement le cas. En outre, il demande aux sages de la Guinée Maritime, de la Forêt et de ceux de la Haute Guinée qui sont véritablement désireux de voir aboutir cet idéal, d’œuvrer pour que les événements de Siguiri et de Kouroussa ne puissent pas se répéter.

Mais le fait de choisir cette anecdote est assez révélateur de l'atmosphère de méfiance qui a souvent caractérisé les joutes électorales. Elles apparaissent aux yeux des sages comme un vaste jeu de dupes, pour ne pas dire de ''voleurs''. De ''voleurs de voix''.

Beaucoup de griefs sur la forme

De ces exposés, comme on l’a dit au départ, on peut essentiellement se réjouir du franc-parler. Tout commence par là et c’est en soi la volonté intime d’aller vers la réconciliation nationale. Mais sur la forme, on a beaucoup de griefs. Des griefs qui ont impacté le contenu de certains exposés. En tout premier lieu, on a le fait que la rencontre ait eu lieu à Labé. Dans une approche égalitaire, n’aurait-il pas mieux fallu que les retrouvailles aient lieu en terrain plus "neutre" ?

Le problème avec le fait que les sages se soient retrouvés à Labé, c’est qu’on a eu l’impression que dans leurs propos, les représentants du Fouta se sont exclusivement considérés comme des victimes auxquels les autres communautés devaient excuses. C’est ainsi qu’en aucun moment, il n’a été question d’actes, de comportements ou de propos qui soient blâmables de la part du Fouta. Or, on se rappelle qu’il y avait eu des représailles intra-communautaires aux événements de Siguiri et de Kouroussa. Au coeur de Pita même et dans d'autres villes.

Mais si les sages de la Moyenne Guinée ont vu les choses de cette façon, c’est parce que c’est sous cet angle qu’elles leur avaient été présentées. Pour eux, si leur région a été choisie pour abriter cette première rencontre, c’est "certainement parce que les autres régions ont réalisé qu’elles avaient commis un tort vis-à-vis du Fouta".

Une erreur qu’il faudra nécessairement éviter. Le principe de base doit être que personne n’est coupable ou innocent par rapport à un autre, au départ. C’est soit tout le monde est coupable ou tout le monde est innocent, a priori. Ce sont les faits et gestes, la vérité et la justice qui doivent permettre de situer objectivement les uns et les autres sur le chemin tumultueux de l'histoire récente de la nation.

L’autre reproche qu’on peut faire à la démarche, c’est le fait que les débats, tels que schématisés, pourraient être plus que contre-productifs. En effet, l’unité affichée par les sages des régions de la Basse, de la Haute et de la Guinée Forestière d’une part, et uniquement ceux du Fouta Djallon de l’autre, tend à vouloir dire que le problème est simplement entre celle de la moyenne et les trois premières communautés.

C’est à la fois réducteur et exclusiviste. C’est croire que les sujets relatifs à la cohésion nationale ne remontent qu’aux dernières élections. Ce qui est loin d’être vrai. Mais surtout, ce schéma peut raisonnablement renforcer tous les citoyens du Fouta Djallon qui pensent qu’il y a de facto une entente nationale anti-Moyenne Guinée. Ainsi, on serait en train de reprendre les erreurs sans cesse dénoncées lors des dernières échéances électorales pour aller vers la réconciliation. Comme on peut l’imaginer, les chances pour que l’on réussisse ne peuvent qu’être minimes.

La réconciliation nationale de manière interdépendante les unes des autres

Ainsi, il serait souhaitable que les sages des différentes communautés s’impliquent dans le processus de la réconciliation nationale de manière interdépendante les unes des autres. Qu’il n’ y ait pas de tutelle ou de délégation de sages. Mais surtout qu’à la base, le principe de départ soit égalitaire. Que l’on se débarrasse de tous les a priori et que l’on se contente d’écouter les uns et les autres. Mais par-dessus tout, ce serait bien que tous les intervenants aient un franc-parler qui favorise dans le respect des uns et des autres l'éclosion de la vérité.

De leur côté, les responsables de la commission provisoire doivent être capables de saisir tous les messages qui leurs sont délivrés pour qu’au moment opportun, ils sachent objectivement faire l’inventaire des sujets de friction. Ils doivent d’autant plus faire le travail avec sérieux et responsabilité que l’avenir de la nation est l’enjeu principal et ultime.  

GuineeConakry.info/GCI 

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