
En annonçant enfin la composition de ce gouvernement, le président Joseph Kabila fait montre d’une attitude plutôt paradoxale. Tout d’abord, le timing choisi laisse croire que le président congolais est influencé par les récents événements au Burkina Faso. Craignant que le malaise sociopolitique dans lequel baigne le pays ne finisse se muer en insurrection populaire pouvant le balayer à son tour; l’hériter de Laurent Désiré Kabila a cru devoir sortir ce pseudo-gouvernement d’ouverture de son chapeau. Il espère ainsi réduire les frustrations et les clameurs que ses détracteurs peuvent capitaliser. Il en ressort qu’au-delà du semblant de sérénité qu’il affiche, une certaine peur le guette visiblement.
Mais en continuant à jouer au plus malin, il renvoie le message selon lequel, il ne renonce toujours pas aux ambitions politiques qui le pousseraient à aller au-delà des limites constitutionnelles qui lui sont imposées. C’est pourquoi ceux qui symbolisent l’ouverture dans ce nouveau gouvernement, ne sont en réalité que des opposants de façade. Il demeure si déterminé à aller au bout de sa logique que même le premier ministre, Matata Ponyo en a fait les frais. Conscient du caractère périlleux que sa démarche peut revêtir, il a préféré s’entourer de collaborateurs fidèles. Avec cette grosse équipe dont l’écrasante majorité est prête à lui obéir au doigt et à l'oeil, il est suffisamment en confiance pour aller à l’affront.
La révolution burkinabè l’ayant, selon certaines sources, dissuadé de poursuivre dans la logique de la modification constitutionnelle, il serait en quête d’un prétexte pouvant justifier le report des élections normalement prévues en 2016. Il est vrai que dans l’absolu, le résultat sera le même pour lui, car, dans tous les cas de figure, il veut se maintenir au pouvoir.
De la chute de Blaise Compaoré, il ne semble pas pour autantavoir tiré toutes les leçons. Autrement, il ne prendrait pas le risque de minimiser la force du camp adverse. D’autant plus que ce dernier est constitué des principales forces politiques de l’opposition, à savoir: l’Union pour le développement et le progrès social (UDPS) de l’opposant historique, Etienne Tshisekedi, l’Union pour la Nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhé, et le Mouvement pour la libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba.
Outre le fort ancrage de ces différentes formations politiques, Joseph Kabila devrait avoir la clairvoyance d’admettre qu’une frange importante de ses compatriotes souhaite qu’il passe le relais à quelqu’un d’autre. N’ayant pas nécessairement vu leur situation évoluer en treize ans de gestion du pays par Joseph Kabila, les Congolais ont envie de tourner cette page pour en écrire une autre. Tout en lui reconnaissant la relative paix que le pays a quelques fois connue. Une aspiration pour le triomphe de laquelle ils pourraient se révéler plus tenaces que ne le pense leur président actuel.
Boubacar Sanso BARRY pour GCI
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