
John Kerry voudrait-il que ce soit son franc-parler que l’on garde de son premier passage en terres africaines ? C’est bien possible. Après ses premières déclarations au sujet de la crise au Soudan du sud, c’est Joseph Kabila qui vient de faire les frais du discours décomplexé du Secrétaire d’Etat américain. Lors de son escale hier à Kinshasa, et après un entretien avec le président congolais, il n’a pas porté de gants pour assener ses vérités. Selon lui, il n’est pas question que les Etats-Unis cautionnent la modification constitutionnelle qu’envisageraient les autorités congolaises. Et pour que la position américaine ne prête à aucune équivoque, le successeur à Hilary Clinton n’a pas fait ses déclarations à huis clos. Il les a faites en conférence de presse. Une façon de se servir de l’opinion internationale comme moyen de pression supplémentaire.
Si à travers son ton ferme et quelque peu impératif, le diplomate américain a voulu dire que son pays pourrait user de la méthode dure pour se faire entendre, il a tout de même également mis en avant des arguments financiers. C’est ainsi qu’il a annoncé la mise à disposition immédiate d’une enveloppe de 30 millions de dollars américains pour garantir que les élections prochaines seront crédibles et transparentes.
Plus qu’un don, c’est là un cheval de Troie. C’est la brèche par laquelle les Etats-Unis s’autoriseront un droit de regard dans le futur processus électoral. Dans la même logique, mais dans une perspective se rapprochant plus d’un chantage, les Etats-Unis se disent aussi prêts à participer au financement du processus Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) dans l’est de la RDC.
Justement, rappelant au passage à Kabila le rôle joué par la communauté internationale en général et par son pays en particulier, John Kerry exhorte le chef de l’Etat congolais à s’inspirer de sa jeunesse, pour envisager sa contribution au développement de son pays d’une autre manière et selon d’autres responsabilités et fonctions. Quitte à revenir une autre fois, pourrait-on entendre. C’est dire que les Etats-Unis n’entendent pas du tout laisser prospérer l’idée d’un président éternel en RDC. Le cas Mubutu aura visiblement été suffisant.
Mais au-delà de Kabila, le message livré à Kinshasa s’adresse à tous les dirigeants africains qui caressent l’idée de violer les lois fondamentales de leurs pays pour satisfaire à leur irrépressible boulimie du pouvoir. C’est le cas notamment de Blaise Compaoré, de Denis Sassou Nguesso ou encore de Pierre Nkurunziza. Ils doivent d’autant plus s’approprier le message de John Kerry que chez chacun d’eux, les velléités de contestation de leurs manœuvres sont plus marquées qu’en RDC.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















