
A l’instar de beaucoup d’autres de leurs coreligionnaires de la région ouest-africaine, les fidèles musulmans guinéens ont donc rompu le jeûne ce mardi 30 août 2011. Après que l’information ait été largement diffusée via les appels téléphoniques et les sms, beaucoup de fidèles se sont réveillés, avec la joie de se rendre à la prière de l’Aïd El Fitr.
Ainsi, dans les environs de 9 heures TU, les rues de la capitale guinéenne étaient particulièrement bondées, partout des hommes, des femmes, tous âges confondus, majoritairement parés de habits neufs, et tenant d’une main le tapis de prière et de l’autre le chapelet. Tous se ruaient vers les ‘’champs de prière’’. La mobilisation était d’autant plus grande qu’exceptionnellement, les fortes pluies de ces derniers jours avaient laissé place à des rayons de soleil, plutôt agréables en cette matinée.
Après les deux raka’at (arrêts) recommandés, il est revenu aux imams de livrer leurs sermons de circonstance. Comme on pouvait s’y attendre, il a été essentiellement question des sujets politiques. Ce qui n’était guère surprenant, vu les divergences socio-politiques qui planent sur le pays, depuis les douloureuses élections de 2010. Dans leurs différents messages, les chefs religieux ont usé de tous les styles, formules et métaphores pour dénoncer l’ethnocentrisme qui prend de plus en plus d’ampleur dans le pays. Contre ce fléau, ils ont brandi les valeurs religieuses de fraternité, d’unité, de cohésion, de pardon et de tolérance. Ils ont notamment lancé un appel en direction des leaders politiques de tous bords (opposition et pouvoir) à transcender leurs querelles et leurs égos pour l’amour du pays.
Au président en particulier, il a été demandé de tendre la main à ses adversaires et à se débarrasser de toute démarche sélective dans le choix de ses collaborateurs. Aux politiciens de l’opposition, les imams ont souhaité qu’ils fassent preuve de modération dans leurs prises de position et leurs revendications. Surtout, il leur a été demandé de reconnaître la légitimité du président actuel. Mais ce dernier, estiment-ils, doit également accepter la nécessité de l’existence du contre-pouvoir que constitue l’opposition. Par ailleurs, les imams ont formulé des vœux en faveur de la lutte pour la justice sociale, la lutte contre la corruption et toute espèce de favoritisme et de traitements de faveur.
Pour sa part, recevant le collège des imams de la capitale guinéenne, le président Alpha Condé a de nouveau, exprimé son souhait de voir aboutir le projet de réconciliation nationale. Cependant, selon lui, pour que cela arrive, ‘’les Guinéens doivent accepter d’affronter et d’assumer leur passé dans ses aspects à la fois positifs et négatifs’’. Reprenant un discours nationaliste, il a indiqué que la démarche pour y parvenir ne sera aucunement imposée de l’extérieur. Sur le champ, il a annoncé les prochaines étapes du processus. Etapes qui vont, selon lui, consister en la formation de commissions provisoires de réflexion et d’élaboration du plan d’action de la réconciliation nationale, au niveau de chaque préfecture.
Faisant le pont entre réconciliation nationale et une sorte promotion historico-touristique de la Guinée, il annonce également que prochainement des délégations formées de sages et de quelques ministres se rendront dans certains lieux saints pour en déterminer les conditions de revalorisation. A l’image, précise-t-il, de ce que sont aujourd’hui pour le Sénégal, les cités de Touba et de Louga.
Pivi Bilivogui pour GuineeConakry.info




















