
Les mosquées sont certainement parmi les premières à ressentir l’avènement du mois de ramadan. En effet, elles qui, à l’exception des vendredis, peinent à remplir les premières rangées de prières pendant les périodes ordinaires, se sont brusquement trouvées débordées depuis le début du jeûne musulman. En particulier, lors des prières surérogatoires qui précèdent chaque journée. Bien entendu, cette affluence exceptionnelle préoccupe les premiers responsables de ces lieux de culte. Car très souvent, affluence rime avec trop-plein d’eau d’ablution qui peut rendre, souvent, le sol boueux. Mais le pardon, la tolérance ainsi que la compréhension mutuels, valeurs morales fortement recommandées en cette période de pénitence et de recueillement, auront permis de gérer toutes les frustrations en bonne intelligence.
Sur le plan économique, il s’est produit un phénomène inverse pour les restaurateurs et autres tenanciers de débits de boissons. Se conformant à l’interdiction de manger et de boire dans la journée, les clients ont systématiquement déserté ces endroits pendant ce mois des vacances scolaires aussi, habituellement plutôt rentable. Autres mécontents du ramadan de cette année, ce sont bien les commerçants qui, en raison de l’importation massive de denrées alimentaires par le gouvernement, n’auront pas pu spéculer comme ils en avaient l’habitude. A défaut d’avoir écoulé leurs marchandises à pertes, en le cédant au prix des denrées subventionnés par les autorités, ils
auront opté pour le refus de vendre, en attendant des jours meilleurs. Plutôt stratèges, certaines entreprises, notamment celles de la téléphonie, ont vraiment mis l’occasion à profit pour lancer des campagnes de marketing particulièrement attractives. Il s’agit des promotions mettant en avant des possibilités de pèlerinages et de rations alimentaires, en échange de quelques cartes de recharges.
Entrepreneurs à leur façon, les politiques aussi ne se sont pas privés de l’opportunité du mois de ramadan pour se livrer à un marketing d’un tout autre genre. Ils ont ainsi inondé de nombreuses
mosquées avec des sacs de riz, de bidons d’huile, de nombreux cartons de sucre et de beaucoup d’autres denrées. Le prétexte était d’apporter aux imams les denrées leur permettant de rompre dignement leur jeûne en toute ‘’dignité’’. Mais en retour, les offrants récoltaient des ‘’tonnes de prières’’ en faveur de leur maintien aux affaires ! Mais à côté, il y a un bénéfice plutôt concret qu’ils espèrent en avoir tiré : le fait de passer pour des dirigeants généreux et compatissants aux yeux des populations. Parce que chacun des dons était systématiquement couvert par les médias d’Etat. A la faveur de la nuit de Laïlatoul-Qadr, ce sont mêmes des enveloppes financières qui sont entrées en
jeu. Un luxe que ne se sont pas offert les leaders de l’opposition, soit par manque de visibilité, soit par manque de ressources à offrir, soit par humilité.
Sur le plan strictement social, on peut noter la situation inconfortable que les ‘’non jeûneurs ont’’ dû
supporter pendant ce mois de ramadan. Comme pour dire que les restaurateurs ne sont pas les seuls à en avoir souffert. Les clients qui avaient librement choisi de ne pas observer le jeûne, ou qui en étaient exemptés pour des raisons de maladie ou de convictions religieuses, ont également été affectés. En raison de l’écrasante majorité des jeûneurs, les non-jeûneurs en étaient réduits au jeûne de fait. Car ils ne pouvaient trouver ni nourriture, ni boissons. Non seulement on en vendait presque pas, mais on se privait également de donner la moindre information susceptible d’aider à trouver un lieu de vente. Pour certaines victimes de cette situation qui se sont exprimés à notre micro, le problème était si prégnant qu’il affectait jusqu’à la miche de pain. Cette attitude est à leurs yeux, une violation du principe de laïcité du pays.
Sur un autre plan, si les denrées ont été rendues accessibles par le gouvernement et à des prix abordables, par contre une certaine précarité économique fait que quelques-uns n’ont pu, malgré tout, se les procurer. S’ajoute à tous ces problèmes, une pénurie électrique particulièrement aiguë, qui aura notamment eu raison de l’enthousiasme de certains fidèles musulmans. Les couches dites vulnérables et démunies, ont également été l’objet d’une attention toute particulière, en ce mois de ramadan. Cette catégorie composée notamment des indigents et autres victimes de la
précarisation à outrance de la vie économique nationale, a été gratifiée de dons en tous genres.
Sur le plan culturel, la plupart des artistes ont dû ranger leurs instruments, la plupart des dancings et autres night-clubs ont dû descendre leurs rideaux. Le Palais du peuple était pratiquement fermé aux spectacles. Pas de dédicaces d’albums ou de livres non plus. Les mamayas ont connu des passes difficiles.
Ainsi, ces diverses réalités permettent de comprendre que le ramadan a été vécu d’une multitude de manières, selon les statuts économique, social, politique ou culturel des uns et des autres.
Momo Soumah pour GuineeConakry.info




















