
Tandis que des Français sont toujours otages des rebelles islamistes dans la chaleur sahélienne, Loïk Le Floch-Prigent, l’ancien patron du défunt groupe pétrolier français Elf, lui se faisait arrêter le week-end dernier, à Abidjan, dans la fraîcheur tropicale ivoirienne. Il est aussitôt transféré à Lomé, où l’attendaient d’autres personnalités soupçonnées d’être de mèche dans une espèce d’internationale de l’escroquerie. Conformément à un mandat d’arrêt international concernant le détournement éventuel de la bagatelle de 36 millions d’euros, déboursés par le richissime émirien Abass al-Youssef, dans une ténébreuse affaire relative à un probable héritage de 275 millions de dollars US, laissés par feu le président «le balayeur-balayé », Robert Guéi de Côte d’Ivoire…
En fait, c’est Loïk Le Floch-Prigent officiant comme conseiller de la société Pilatus, qui aurait convaincu Abass al-Youssef à s’engager cette rocambolesque affaire intéressant, tour à tour le business man togolais Agba Sow Bertin et l’ancien ministre de l’Administration territoriale, Pascal Bodjona (interpellé le 1er septembre par la justice togolaise). Ils seraient entrés en contact avec la bénédiction de l’ancien PDG d’Elf, qui aurait assuré l’Emirien, de l’existence à Banque centrale du Togo d’un montant de 275 millions de dollars américains. Un « trésor » pour lequel les héritiers de Robert Guéi souhaitaient un coup de pouce Abass al-Youssef ; moyennant certainement un intéressement consistant.
Cette affaire qui remonte à 2008, n’a toujours pas connu toute la lumière requise. Messieurs Loïk Le Floch-Prigent et Pascal Bodjona n’ayant jusqu’à maintenant point reconnu leur implication. Mais l’heure de la vérité semble approcher, même si au passage, selon Me Patrick Klugman, les «formes de l'extradition telles que nous les connaissons actuellement n'ont pas été respectées». Désormais, il s’agira d’aller au-delà des formes, pour vraiment s’attaque au fond. Avec d’incontournables interrogations.
Cet argent existe-t-il réellement ? Comment en si peu de temps, l’ancien président a-t-il pu transférer un tel montant ? Quels intérêts politiques ou financiers l’Emirien avait-il dans cette affaire ? Cette affaire n'est-elle que simplement une arnaque "à la nigériane"? Pourquoi la Côte d’Ivoire a-t-elle été aussi diligente ?
Quoi qu’il en soit, cette obscure affaire montre bien combien la Françafrique avait des tentacules aussi longs, qu’on imagine mal aujourd’hui encore, l’ensemble des secteurs concernés. La parole de Loïk Le Floch-Prigent, sait-on jamais, pourrait éclairer certaines zones d’ombres de la gouvernance économique de certains pays de la sous-région, en démontant les mécanismes de la magouille et de l’argent facile.
Maria de Babia pour GuineeConakry.info




















