
Hama Amadou, l'ex-président de l’Assemblée nationale nigérienne et opposant au régime de Niamey, était bien conscient de ce à quoi il s’exposait, en décidant le 14 novembre dernier, de quitter son exil parisien pour son pays natal, où il sera arrêté et jeté en prison, sans ménagement. Les militants venus l’accueillir seront gazés. Depuis trois semaines, il est derrière les barreaux et les efforts de ses avocats pour le libérer sont encore vains.
Hier par exemple, ils ont été déboutés de leur volonté de libérer provisoirement Hama, la Cour de cassation ayant décidé de rejeter leur requête en faveur du leader du parti Moden Fa Lumana, le locataire de la prison de Filingué à quelque 200 kilomètres de la capitale !
Pour rappel, Hama Amadou est en geôle pour une affaire cabalistique relative à un trafic de bébés nigérians, dans lequel serait impliquée son épouse et plusieurs autres personnes dont certaines libres depuis longtemps. Un procès a été annoncé, mais il tarde à venir. Devant cette situation de latence inexpliquée, son avocat a décidé aussi de passer à l’offensive, en en demandant la liberté pure et simple pour son client.
Plus facile à dire qu’à faire, car les autorités judiciaires nigériennes ont une autre évaluation de la situation. Il semble bien que cette affaire concernant le principal opposant au président actuel, Mahamadou Issoufou, ait des relents politiques. Ou plutôt qu’elle soit un inextricable mélange du politique et du juridique. Le premier se servant du second pour retarder éventuellement le procès pour des raisons inavouées, mais évidentes. Et le second facilitant la tâche au premier, pour épuiser l’opposant à la santé fragile, et gagner du temps sur le calendrier électoral ; étant donné qu’il est de notoriété publique qu’Hama Amadou veut briguer le poste présidentiel aux prochaines élections.
Un adversaire de taille qui pourrait bien compliquer les calculs du pouvoir en place. Alors, le neutraliser est une ruse efficace en la matière, et le rideau juridique pourrait cacher les ambitions de l’actuel président. Ainsi, la décision de la Cour de cassation de juger ‘’irrecevable la demande de liberté provisoire’’, sonne comme une façon légale d’entériner la volonté présidentielle.
Hama Amadou restera donc en prison, mais pour autant cette question est loin d’être résolue.
Maria de BABIA pour GCI
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