
Tandis qu’on était encore subjugué par la brillante et heureuse issue que les Burkinabè ont trouvée à la crise consécutive à la démission de Blaise Compaoré, voilà que la nomination du colonel Zida, au poste de premier ministre, vient refroidir quelque peu les ardeurs démocratiques de plus d’un.
Ce ne sont pas tant les compétences et la moralité du président intérimaire qui sont en cause. Pendant la quinzaine de jours au cours desquels il était à la tête du pays, il aura apporté la preuve de ses aptitudes de manager. Lors de ses sorties médiatiques, on a également découvert un militaire dont le niveau intellectuel, la structuration des idées et la pondération dans les propos forcent l’admiration. Le problème n’est donc pas à ces niveaux-là.
On ne s’attendait pas surtout pas à ce qu’avant même la passation de service, Kafando et Zida fassent exactement comme Poutine et Medvedev en Russie. Un jeu de chaises musicales politiques bien intéressé. Beaucoup imaginaient pour le jeune lieutenant-colonel un destin à la fois plus grand et plus honorable. On le comparait notamment à ATT, excepté la fin de règne de ce dernier. Mais, contrairement à la doctrine du leader politique guinéen, Lansana Kouyaté, il est un élève qui ne rechigne pas à revenir sur une classe qu’il avait pourtant dépassée. Estimant visiblement que les honneurs qu’il a récoltés et les félicitations qui lui sont adressées des quatre coins du monde, ne sont pas suffisants, il préfère seconder celui à qui il a laissé le fauteuil présidentiel. Voilà qui le ‘’rabaisse’’ quelque peu.
Le fait qu’il ait tenu à assumer les fonctions de chef de gouvernement donne également de lui l’image d’un chef qui n’a pas nécessairement le sens du partage. Autrement, même si le poste devait revenir, pour des raisons stratégiques, à l’armée, il aurait pu s’effacer pour que d’autres de ses camarades d’armes tout aussi capables poursuivent sur la lancée. Parce que si son bref passage au sommet de l’Etat a été globalement jugé de réussi, c’est en partie grâce à la collaboration et au soutien que lui ont témoigné tous les militaires burkinabè, après qu’il ait ‘’shifté’’ le général Traoré. En signe de reconnaissance, il aurait pu propulser quelqu’un d’autre. Le lieutenant-colonel Zida a fait un autre choix. Pourvu qu’il soit le bon pour les Burkinabè !
Pour le président Kafando lui-même, la nomination de Zida à la primature n’est pas un indice d’un départ rassurant. En effet, en cédant aux exigences de l’armée aussi précocement, il sacrifie une part importante de sa liberté, disons de sa marge de manoeuvre. S’il ne redresse pas très vite la barre, il risque de donner l’impression qu’en réalité, c’est lui qui est au service de la grande muette.
Or, dès que le colonel Zida et ses camarades le sentiront vulnérable à leurs menaces voilées, ils ne le lâcheront plus. Et ce sera la fin de tous les espoirs associés à la succession pacifique et plutôt civilisée de Blaise Compaoré.
Boubacar Sanso BARRY pour GCI
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