
Guineeconakry.info : Expliquez-nous votre mésaventure…
Idrissa Cissé : Je rentrais à peine d’un reportage au compte du ministère de la santé dans les environs de 21H. Et comme il n’y avait pas de courant, je suis resté dans la cour pour prendre un peu d’air. Entre temps, une voisine est venue me voir pour m’expliquer un problème. Après qu’on ait fini de s’entretenir, il était question de raccompagner ma voisine. A la sortie de la cour qui fait face à une route secondaire du quartier, on a aperçu un pick-up qui venait vers nous à vive allure. Instinctivement, j’ai demandé à la jeune dame de reculer pour ne pas être percutée. D’un coup, à notre grande surprise, la voiture s’arrête brusquement à notre niveau. De l’intérieur, ce sont des policiers que je vois descendre. Ils se dirigent vers nous, et nous demandent sans explication de monter dans le pick-up. Alors prise de peur, la jeune dame a fui pour rentrer s’abriter dans la cour. Et puisque je ne me reprochais de rien, j’ai voulu en savoir d’avantage sur leurs raisons, notamment, avec le chef d’équipe. Mais c’était peine perdue. Il m’a ordonné de monter dans la voiture, et c’est ce que je fis. Le chauffeur a fait semblant de bouger, et au même moment, la jeune dame est ressortie voir s'ils sont partis.
C’est ainsi que trois policiers sont allés l’interpeller pour l’emmener dans le véhicule. En cours de route, des ratissages ont été faits çà et là, de façon illégale. Nous avons été conduits au poste de police de Touguiwondy, dans la commune de Matam. Arrivés là, j’ai voulu expliquer ce qui s’est passé à une dame qui était le chef de poste. Mais, c’était sans connaitre la volonté du chef d’équipe de patrouille qui nous a arrêtés, le lieutenant Moussa Bangoura. Puisque j’ai commencé par me présenter à la dame, il nous a interrompu sur ces mots : « qui parle de journaliste ici, moi je m’en fous de ça. C’est moi qui donne les ordres ici. Enfermez-le !».
Ordre qui fut exécuté par le chef de poste. J’ai été enfermé comme un vulgaire délinquant ou malfrat dans un des violons du commissariat. Après quelques vingt minutes passées entre les quatre murs, le chef de mission, le lieutenant Moussa Bangoura est venu demander de me sortir du violon. La jeune dame et moi, avons été transportés dans un autre commissariat central de Matam, où j’ai été encore coffré. Alors voyant que la situation se compliquait, j’ai appelé le commissaire central de la police routière de Matam pour lui expliquer ma mésaventure. Ce dernier m’a rassuré, en me disant de ne pas paniquer et de remettre le téléphone au fameux lieutenant. Aussitôt entendu, aussitôt répliqué: « je ne parle à personne, même si c’est le général Baldé qui me parle je ne vais pas exécuter! ». Vu la rage qui l’animait contre ma personne, j’ai été curieux de lui demander s’il avait un antécédent contre moi. La réponse fut « non ! »
GCI : Comment avez-vous été libéré ?
IC : Finalement, après avoir passé des heures au violon, il a fallu l’intervention d’un inspecteur de la police judicaire, et ce, après de longues discussions, pour faire revenir à la raison le nommé Lt Bangoura Moussa. C’est en me rhabillant que j’ai constaté la perte d’une somme de trois cent quinze milles francs guinéens de ma poche et un appareil photo numérique. Et le lendemain, j’ai pris la décision de passer dans toutes les rédactions pour faire écho de ce qui s’est passé, susceptible d’être une mesure dissuasive.
GCI : Quelles leçons tirez-vous de cette violation de vos droits?
IC : J’avoue que je suis encore très déçu de nos hommes de sécurité. Parce que ceux-là qui sont censés nous protéger ainsi que nos biens, si ces derniers se comportent comme tel, cela veut dire que la restructuration au sein des forces de sécurité et de défense, demeure essentiellement une priorité théorique. J’ai été doublement blessé par cet acte illégal.
D’abord en tant que citoyen, c’est inimaginable d’arrêter un citoyen au cours d’une patrouille, qui de surcroît, détient une pièce d’identité, pour l’emprisonner sans motif valable. Aussi avec ma fonction de journaliste, les agissements de l’officier de police montrent à suffisance qu’il méconnaît les textes juridiques qui protègent notre métier, ou alors, qu’il n'accorde aucunement pas de respect à ces textes juridiques.
Je pense que des mesures urgentes doivent êtres prises dans ce sens par les autorités au plus haut niveau, aux risques et périls des pauvres populations, qui sont à la merci de ceux-là qui doivent être à leur service au lieu de sévir pour rien!
Propos recueillis par Lamine Camara pour GuineeConakry.info




















