POLITIQUE : Les Guinéens face à leur avenir

La Guinée vient de loin, son histoire est marquée par des tragédies qui ont jalonné sa marche vers la construction d’un idéal démocratique commun. C’est un long chemin de croix, caractérisé par un leadership volontaire, nationaliste mais quelques fois aux penchants à la limite cynique et machiavélique. Du régime de Sékou Touré, à celui de Alpha Condé en passant par celui de Lansana Conté et Dadis Camara, les objectifs diffèrent, mais les méthodes ont souvent été les mêmes. Et l’ethnostratégie pour accéder ou se maintenir au pouvoir, a hélas, souvent été le raccourci.

Une expérience personnelle

Je m’en souviens comme si c’était hier. Cette époque où nous étions à l’école primaire, puis au collège, l’époque où le nom de famille n’avait pour nous à proprement parler, pas beaucoup de signification. La seule chose qui comptait c’était vous en tant que personne, ni l’ethnie, ni la race n’avait de valeur réelle et ces concepts, nous les percevions avec assez  de légèreté et de recul à notre âge.

Votre importance était définie par votre personnalité, votre capacité à influer sur un groupe, votre intelligence et votre particularité en tant qu’individu. Il n’était pas question de peulh contre soussou de malinké contre baga, de Diallo contre Diawara ou Soumah. Il était question d’hommes, de femmes, de personnes aux centres d’intérêts  divergents ou convergents, même si par  moment, nous entendions des échos d’antécédents intercommunautaires par-ci, ou des moqueries personnelles par-là, il n’y avait rien qui pouvait influer sur ‘’notre communauté’’ celle des camarades et amis de classes, au-delà de la différence ethnique.

Il n’y avait rien de méchant qui pouvait susciter la haine et la répulsion de l’autre pour son appartenance ethnique, son concept même était une notion un peu vague, ou du moins avait peu d’importance à nos yeux ! Sans doute parce qu’elle ne nous était pas définie, et nous ne sentions notre appartenance à une communauté que lorsque nous étions dans nos familles respectives. Les noms de familles étaient, dans notre conscience collective, dépourvus de tout stéréotype, et il n’y avait  pas de sentiment de supériorité des uns vis-à-vis des autres comme c’est le cas actuellement.

Il y avait des prénoms et des noms et tous les noms se valaient, il appartenait à chaque individu de mettre en valeur sa personne ou son nom en se démarquant ou en s’affirmant par un atout, une particularité, un plus qui faisait qu’on pouvait lui accorder plus d’importance que d’autres ; et les mérites de chacun étaient reconnus à leurs justes  valeurs et il n’y avait non plus pas de soutien aveugle pour celui qui avait tort au nom d’une quelconque solidarité ethnique ou religieuse. Mais toute cette histoire c’était, il y a bien longtemps… 

La réalité actuelle 

Aujourd’hui que reste-t-il de ces valeurs qui étaient le fondement de notre coexistence pacifique et de nos relations, tout ceci s’est évaporé au fil des années comme de l’eau du désert. Mais au bout du compte, on se rend à l’évidence que cela s’explique  par le fait qu’aujourd’hui plus que jamais la question de l’identité est devenue  obsessionnelle. 

Notre société et la construction d’un idéal commun sont phagocytées par le repli identitaire, il y’a une fixation incommensurable sur les origines, les noms des individus. Aujourd’hui les mérites des personnes sont reconnus en fonction de leurs noms de famille, donc de leurs appartenances ethniques et communautaires, c’est un virus qui fait ravage dans notre pays et comble de l’ironie, ce phénomène est incarné par notre classe intellectuelle, soutenu et encouragé par nos politiques ! 

L’ethno-stratégie a pris le dessus sur les programmes de sociétés, nous sommes malheureusement plongés dans un cycle quasi irréversible de communautarisme favorisé par la faiblesse de nos institutions, qui n’ont de caractère institutionnel que le nom. Malheureusement personne n’a semble-t-il le courage de dire stop c’est assez ! Et les médias en ligne qui le font souvent, sont peu suivis. 

Plus que jamais le tissu social est en lambeaux et notre pays est à la croisée des chemins et à un moment décisif de son histoire et cette année nouvelle 2015, que beaucoup d’observateurs  qualifient  déjà de ‘’l’année de tous les dangers ‘’ est réellement à craindre, car il y a une chose sur laquelle nous serions  certainement tous d’accord, les politiques ont pris ce pays et ces citoyens en otage, et sont par la même occasion, les artisans et  les principaux responsables de la déchirure du  tissu social.  

Nous autres citoyens lambda, il faut le reconnaitre avons notre part de responsabilité, parce que soutenir le mal, c’est faire du mal, car les politiques c’est le peuple, sans lui, ils ne sont absolument rien ! Le peuple doit alors reprendre sa liberté et laisser la raison prendre le dessus sur la passion. 

Agir pour l’intérêt commun

Il est temps qu’il y ait un sursaut nouveau, une troisième voix pour ainsi dire, afin de sortir notre pays de l’étau dans lequel il est pris. Le sortir du bipolarisme et ‘’l’ethnicisation’’ à outrance du débat politique. Il est temps de dire non à tous ceux qui sont prêts à bruler ce pays, soit pour accéder au pouvoir soit pour s‘y maintenir car notre avenir  en dépend. 

Nous résumons notre pays, notre nation d’environs douze millions d’habitants, à deux voire  trois hommes, qui de surcroit, peuvent décider de notre avenir, de notre destin ! Comment en sommes-nous arrivés à tomber aussi bas ?

Cette interrogation nous devons parvenir  y répondre car, c’est en effet, une aberration inouïe de notre part ; de la part de tout un peuple.  

Il est alors temps de se remettre en cause et de prendre du recul par rapport à ce statut quo qui nous est imposé, et auquel nous avons contribué. Il est temps que notre société civile (indépendante et digne) pas de celle qui est en réalité une honte nationale. Mais celle qui est représentative de nos idéaux et aspirations, se réveille de son hibernation.  

Nous devons sortir de ce piège dans lequel nos politiques nous ont précipités, nous devons nous affranchir de ce blocage dont la principale source est l’échec de la mise en place d’un système démocratique en phase avec nos principes.  

Mamadou Aliou  DIALLO pour GCI

2015 – GuineeConakry.Info

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