
Dans son discours, il a exclusivement ramené encore le débat sur la question de l’ethnie, en indexant une nouvelle fois des communautés « Ces cadres malinkés qui parlent-là, quand on battait nos militants, ils allaient à Kankan, à Siguiri pour nous insulter…» a, entre autre, dénoncé le président.
Alpha Condé persiste dans sa rhétorique ethnique en déclarant qu’« Il faut être fou pour dire que tous les cadres malinkés sont malhonnêtes. Il y a des malhonnêtes partout. Chez les Soussous, chez les Peulhs, chez les Malinkés, chez les Forestiers, chez tout le monde !» déclare le chef de l’état. On se demande alors qu’est-ce qui empêche le président de parler de Guinéens, tout court, tout simplement, si vraiment, comme il le dit, c’est pour l’intérêt général, qu’il est en train de se battre.
Il faut noter que la genèse de la fronde au RPG (Arc-en-Ciel ?) vient du fait que les militants qui se sont battus pour la cause du parti, durant des années, se sentent marginalisés. D’autres encore estiment qu’il ne fait pas assez pour la communauté qui l’a « hissé » au pouvoir. A cela, le président guinéen rétorque que lui, il n’est pas « le président d’une communauté ». Ces mots auraient eu un sens, si cela se traduisait par des actes. Mais en réalité, beaucoup d’observateurs de la scène politique pensent que « la Guinée est prise en otage, par un clan dont les connexions et les ramifications sont solidement ancrées, dans une sorte de nébuleuse géo-politico-ethnique, et régionaliste liées par les intérêts.» Et que cela ne profite à la fin du compte à une quelconque communauté nationale.
Indignation sélective
Le plus intrigant dans l’épilogue de la déclaration du président sur les ‘’cadres malinkés’’, c’est la tournure que cela a prise et l’ampleur que cela a suscitée dans l’espace médiatique et dans l’opinion, car cette fois ci, il s’agit bien de la communauté qui l’a soutenu pour son accession au pouvoir. L’indignation qu’ont suscité ses propos ont amené même certains cadres à lui adresser une lettre ouverte dans laquelle, ils disent au président leurs quatre vérités. Certains sont allés même jusqu'à renier son appartenance à la communauté malinké et sa nationalité guinéenne.
Mais l’on se rappelle encore le discours du président Condé à Kankan, pour ceux qui ont la mémoire courte, lorsqu’il affirmait devant son auditoire que la Guinée « appartient au malinkés, aux soussous et aux forestiers… » En faisant notamment allusion la superflue théorie des ‘’ quatre Mandens’’. A l’époque, à part ceux à qui cette offense était adressée, cela n’a pas indigné grand monde.
Pourtant c’était des propos d’une gravité extrême de la part d’un président de la république qui, dans un Etat normal aurait été poussé à la démission. On peut encore citer le cas de Womey, lorsque dans la foulée de l’assassinat des huit émissaires, un certain militant avait déclaré que les Forestiers étaient ‘’un peuple barbare’’. Cela une nouvelle fois n’avait choqué que les principaux concernés.
Les sorties verbales du président guinéen et de certains hommes politiques ne datent pas de maintenant. On pourrait même remonter jusqu'à l’avant-présidentielle de 2010, notamment lors des campagnes électorales. « Le parti d’Alpha Condé a mené une campagne de dénigrement systématique d’une communauté, celle de son challenger auprès des autres communautés pour demander leurs voix, au lieu de se fier à son projet de société’, témoigne un rescapé.
Violation de la constitution
Le président guinéen semble avoir du mal à se défaire de son manteau de politicien pour celui de chef d’Etat, car ses déclarations sont souvent surprenantes et inquiétantes. Le fait de demeurer président du RPG, en même chef de l’Etat est une violation évidente de la constitution, y compris ses sorties médiatiques allant dans le sens de la stigmatisation d’une communauté donnée.
Comme l’explique le juriste Mohamed Camara ‘’ C’est dans des situations de ce genre qu’intervient la Haute cour de justice, qui a capacité de statuer et trancher sur ces genres de questions’’. Malheureusement, six ans après son accession au pouvoir, la Guinée n’est toujours pas dotée de cette instance judiciaire suprême.
Troisième mandat
Dans deux autres sorties médiatiques, le président Condé a laissé entrevoir la probabilité d’une révision constitutionnelle, en vue de se présenter à la prochaine présidentielle, pour un troisième mandat. La première, c’était lors de sa conférence de presse à Sekhoutoureya, la seconde c’était dimanche dernier, au siège de son parti, où il a promis de gagner les prochaines élections, avec plus de 65 pour cent !
Est-ce qu’il s’agit des communales ou de la présidentielle de 2020, avec comme candidat, Alpha Condé ? L’avenir nous le dira.
Stratégie de diversion ou pas ?
L’on est cependant en mesure de se poser la question de savoir si ces attaques incessantes contre des communautés, ou le débat autour d’un troisième mandat, ne relèvent pas d’une stratégie bien huilée, pour distraire les Guinéens des vrais enjeux de la nation ?
Ce qui est évident aujourd’hui, c’est que la situation socio-économique du pays qui est catastrophique, en dépit de toutes les annonces faites dans le cadre de financements extérieurs par les institutions de Brettons Woods, exige un redressement vigoureux de la gouvernance. Car, l’embourbement de l’Etat guinéen, au plus haut sommet, dans des scandales de corruption, dans le secteur minier, avec les révélations accablantes de global Witness, sont des signes de crise confiance dans la gestion du pays.
Et cette situation de crise se ressent partout dans le pays, sans distinction de bords politiques. A un moment ou un autre, il faudra bien songer à régler les problèmes fondamentaux des Guinéens. C’est seulement ce débat-là, qui mérite d’être posé par les dirigeants. En toute vérité.
Mamadou Aliou DIALLO et Karifa KEITA pour GCI
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