
Durant votre mandat en Guinée, le pays a obtenu le 10ème FED et vous avez œuvré pour la signature du 11ème FED. Par ailleurs, nous avons tenu les élections présidentielles et législatives. Alors au moment du départ, Monsieur Philippe Van Damne a-t-il d’autres choses qu’il voulait réaliser, mais qu’il n’a pas pu ?
Mais on a toujours des tas d’ambitions qui ne peuvent pas être réalisées. Il faut toujours fixer des objectifs au-delà de l’horizon du possible, pour au moins avoir une voie tracée vers où on veut aller, tout en sachant qu’on ne va pas y arriver. Mais si on a ces ambitions fixées trop bas, on n’ira pas loin. Bien sûr que j’aurais voulu faire beaucoup plus. J’aurais voulu pouvoir avancer plus vite. Dans un premier temps, j’aurais voulu vivre les réformes que le 10ème et le 11ème FED visent à accompagner. Mais il faut laisser quelque chose à mon successeur. Il va donc prendre le relais. Je le connais personnellement très bien. J’ai par conséquent pleinement confiance qu’il va pouvoir achever ce que je n’ai pas pu achever.
Lors d’une conférence de presse que vous avez dernièrement animée à Conakry, vous avez en faveur d’une moralisation de la société guinéenne. Que voulez-vous dire par là ?
J’ai voulu ce que le mot lui-même, veut dire. La moralisation, il me semble, suppose qu’il y a un déficit de conscience morale et de conscience citoyenne dans ce pays. Je pense que cela été dit à plusieurs reprises et par des personnes de divers horizons. Ce pays a connu un demi-siècle de dictature. Une dictature tout d’abord très centralisée et très hiérarchique qui ne laissait aucune place à la pensée autonome. Ensuite, il y a eu une dictature un peu anarchique avec du libéralisme sauvage et où la notion de l’Etat a un peu disparu. Il me semble que ça a profondément déstructuré les mentalités des gens qui ne se reconnaissent plus dans l’Etat. Un Etat qui, de son côté, ne pouvait pas assurer les services de base. Un Etat qui était souvent prédateur. Cette ré-identification à l’Etat doit se faire. On ne peut pas construire un Etat sans reconnaissance de son rôle souverain et dans ses fonctions régaliennes de protection de l’individu. Mais aussi dans l’approvisionnement des services de base, dans la possibilité de créer un cadre où une initiative individuelle peut prospérer et où les gens, eux-mêmes, peuvent prospérer. Dans la mesure où il est impératif que ce cadre-là soit restauré, il faut, en parallèle, travailler aussi sur les mentalités pour que les gens aient les yeux ouverts pour ces évolutions positives. Pour qu’ils participent à cette œuvre de restauration d’un Etat au service de la population.
Et comme je l’ai dit à maintes reprises, ce problème de déstructuration des mentalités, il existe à tous les niveaux. Il suffit de circuler à Conakry, pour se rendre compte qu’à tous les niveaux, cette discipline minimale nécessaire pour construire un Etat n’existe plus. Je m’en vais citer comme exemple la discipline en rapport avec le respect du code de la route ou de la propreté, etc. Donc, il faut « remoraliser » les gens dans leurs actions individuelles et collectives.
Est-ce que ça veut dire qu’il faut aussi « remoraliser » la classe politique. Parce que nous rappelons qu’au cours de la même conférence, vous vous êtes élevé contre le peu de débats portant sur les programmes de société. Or, qui parle de programme de société parle de partis politiques.
A ce que je sache, les partis politiques sont constitués de citoyens de ce pays. Du coup, la mission de « remoralisation » de la société guinéenne leur incombe, à eux aussi. Mais comme je le disais tout à l’heure, chacun à son niveau peut et doit le faire. Et il est vrai que je pense notamment qu’au niveau politique, les débats doivent être davantage ramenés au niveau des projets de société, au niveau des problèmes de gouvernance et à l’ensemble des conditions qui créent une dynamique de développement juste et durable de la société. Mais ça ne vaut pas uniquement pour la classe politique. Ça vaut aussi pour la société civile qui, ces dernières années, est absente du débat politique.
La société civile s’est politisée, s’est fragmentée, s’est paralysée et je constate avec frayeur qu’une partie de cette société civile, au niveau des fédérations, est davantage repliée sur elle-même et sur ses disputes intestines, plutôt que de rester au service de la base, pour laquelle ces structures ont pourtant été créées. Donc, à là aussi, il y a un retour indispensable de la société civile vers sa base. Mais ça vaut aussi pour le secteur académique où il y a relativement peu d’acteurs qui interviennent dans le débat de société.
C’est vrai que le phénomène existe ailleurs dans le monde. Mais rarement à un tel niveau que je l’ai vu ici. J’ai vécu dans d’autres pays africains qui sont très pauvres, qui ont très peu de moyens, y compris pour l’enseignement. Mais il y a quand même des noyaux de réflexions qui alimentent aussi le débat public. Mais ça vaut aussi pour les médias. Je regrette d’avoir à vous le dire, mais les médias également, me semble-t-il, n’assument pas pleinement leur rôle. Vous avez tout à l’heure rappelé que des gens m’avaient critiqué. Je pense que c’était relativement marginal et conjoncturel. Mais ce qu’on lit parfois dans la presse, et surtout dans la presse en ligne, est d’un niveau tellement catastrophique que c’est embarrassant. Donc, il faut aussi dans les médias, restaurer une déontologie du métier, qui consiste au moins à faire dans la recherche de la vérité, la vérification des sources et un sens de responsabilité qui contribue à l’apaisement général, plutôt qu’à l’alimentation des tensions. Comme nous l’avons, hélas, trop souvent constaté par le passé.
Le sommet USA-Afrique des 5 et 6 août derniers sonne comme une volonté des Etats-Unis d’accentuer leur présence sur le continent africain. En tant que diplomate européen qui, vous l’avez dit, a une expérience d’une trentaine d’année sur le continent africain, comment percevez-vous cette évolution en perspective ?
On ne peut s’en réjouir. On a eu les sommets Chine-Afrique, Japon-Afrique, UE-Afrique au printemps dernier. Maintenant, il y a le sommet Etats-Unis-Afrique. Je pense que cet intérêt retrouvé pour le continent africain augure bien pour l’Afrique. Ça veut dire qu’il y a une conscientisation de l’importance du continent africain pour le monde, dans son ensemble, bien sûr pour son potentiel économique, mais aussi pour poids démographique, mais aussi pour sa contribution à un certain nombre de problématiques d’ordre mondial, y compris le changement climatique. Le continent africain revient au centre des préoccupations. Nous ne pouvons que nous réjouir que d’autres que l’Union européenne, expriment de l’intérêt pour le continent.
Nous n’avons aucune ambition d’exclusivité dans les relations avec l’Afrique. Plus nous sommes des partenaires à travailler ensemble à un développement juste et durable de l’Afrique, mieux, le monde entier s’en portera.
Nous n’allons pas passer sous silence l’épidémie d’Ebola qui sévit en Guinée, Sierra Léone, Libéria et Nigéria. L’Union européenne vient d’ailleurs en aide à ces pays sur le plan financier. Mais comment appréciez-vous la manière dont ces différents pays et notamment la Guinée, luttent contre l’épidémie ?
Je pense que, comme vous l’avez dit, l’Union européenne a fait beaucoup et dès les premières heures, nous avons mobilisé des fonds qui ont été acheminés en vagues successives. Tout à fait au début, au mois d’avril, une enveloppe de 500. 000 euros avait été débloquée pour entamer les mesures de lutte contre Ebola. Ensuite, nous avons mobilisé encore en vagues successives, une première fois 1, 4 millions d’euros pour la Guinée, ensuite 2 millions supplémentaires. Et dernièrement encore, 8 millions d’euros. Donc, nous avons actuellement déjà débloqué environ 12 millions d’euros dans premier temps essentiel pour la Guinée, maintenant pour l’ensemble de la sous-région. Et d’autres suivent.
Vous avez notamment tous suivi les déclarations de la Banque mondiale qui débloque 200 millions de dollars. Ce qui prouve l’ampleur du problème. Le problème est un problème compliqué. Et je pense que c’est un problème qui ne doit pas être politisé. C’est un problème qui est complexe par sa nature et par sa nature atypique. Atypique par rapport à d’autres crises d’Ebola que nous avons connues en Afrique centrale. Dans la mesure où il était d’abord inconnu par ici. Il a fallu donc fallu un certain temps pour comprendre qu’il s’agissait d’une fièvre hémorragique à virus Ebola.
Ce qui fait que c’est au mois de mars que le diagnostic a pu être fait. Mais le caractère atypique c’est aussi le fait que c’est dans une zone frontalière, entre trois pays, que l’épicentre de l’épidémie se situe. Que c’est dans une zone qui, contrairement à ce qu’on a vu ailleurs, n’est pas du tout isolée. Le « Bec du perroquet » est une zone de flux commerciaux très intenses entre les trois pays. Les gens bougent. Donc, le premier défi c’est comment faire en sorte que les gens susceptibles de porter la maladie ne bougent pas, ou qu’on puisse les suivre. Ce qui est excessivement compliqué. Ensuite, se greffent dessus un certain nombre de problèmes spécifiques qui sont liés à des traditions, notamment des traditions funéraires, qui font que, comme dans toute maladie où il y a des traditions qui interfèrent, la gestion devient très compliquée.
Je pense que l’évolution de l’épidémie démontre malheureusement que la réactivité en Sierra Léone et au Libéria était beaucoup plus faible qu’en Guinée. Avec comme résultat une situation beaucoup plus inquiétante dans ces pays-là qu’en Guinée. Ce qui est important aujourd’hui, c’est qu’après une première phase, qu’on arrive à trouver un bon équilibre dans les messages de sensibilisation, sans alimenter la panique qui s’instaure au niveau international. Parce qu’il peut avoir autant de morts suite à la panique internationale qui ralentit les investissements qui, comme au Libéria, ont mené le système de santé à l’arrêt.
Ce qui veut dire que le traitement d’autres maladies normales et récurrentes ne peut plus se faire correctement. Donc, il y a des morts qui résultent des impacts dérivés de l’épidémie d’Ebola. C’est pourquoi il faut trouver un équilibre entre le message de conscientisation et, en même temps, éviter la panique. C’est un exercice qui n’est pas facile. Medecins Sans frontières (MSF) et le gouvernement guinéen ont fait du tâtonnement pour trouver ce bon équilibre. Nous sommes tous dans ce même exercice. Ce n’est facile pour personne. Nous avons cherché par tâtonnement où se trouve le bon équilibre. Ça c’est le premier élément.
Et sur ce point, je pense que le message essentiel à passer, c’est que plus vite on fait le diagnostic, plus élevées sont les chances de survie. Au début, les interventions des uns et des autres laissaient supposer que c’est une maladie qui ne connaissait pas de guérison, qui n’avait de médicament. Ce qui, sur le fond, est peut-être vrai, mais pas dans ses résultats. Parce qu’on peut soigner les effets secondaires de la fièvre hémorragique et, par conséquent, guérir les gens. Parce qu’évidemment, c’est un problème de déshydratation et que tous les problèmes secondaires, eux, peuvent être traités. Si vous regardez les statistiques à Télimelé, le dispositif de suivi des malades ayant été mis en place très rapidement, ¾ des malades ont survécu. C’est cela le vrai message, plutôt que de se cacher et de fuir les systèmes de santé. Il faut appeler les contacts à rester en contact permanent avec le personnel communautaire et de santé qui les suit quotidiennement. Pour que dès qu’on a un moindre signe de maladie, on puisse les amener dans un centre de traitement avec des chances très élevées de pouvoir les sauver.
Je salue bien évidemment le travail remarquable de ce personnel de santé et communautaire qui, dans des conditions quand même très difficiles, font un travail courageux. C’était donc là le premier message. Le second message que nous pouvons tirer aujourd’hui, c’est la réalisation que cette épidémie n’est pas une épidémie nationale, mais régionale. Et que la réponse doit nécessairement être régionale. Tant que l’épidémie hémorragique à virus Ebola n’est pas maîtrisée dans les trois pays de la sous-région, nous ne pouvons pas lâcher la surveillance. Le problème ne sera pas résolu tant qu’au Libéria et en Sierra Léone, il y aura des cas d’Ebola. Parce que les frontières sont poreuses. Ce qui signifie que la maladie ne connait pas de frontière. Il faut donc aborder le problème de l’épidémie comme suggéré au sommet de la Mano River Union du 1er août dernier, et repris par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), comme une zone unique. Le bec du perroquet est une zone unique aux trois pays.
Aujourd’hui, on constate que les Etats-Unis et le Canada notamment semblent en avance sur l’Europe dans le domaine de la recherche du vaccin et du sérum anti-Ebola en particulier. Ceci, bien qu’au tout début, on avait noté la présence de l’institut Pasteur de Lyon en Guinée. Alors qu’est-ce que l’Europe, de son côté, fait dans le domaine de la recherche pour aider à lutter contre l’épidémie ?
Comme vous le dites, il y a effectivement un certain nombre de centres de recherche en Europe dont l’Institut Pasteur en France et l’Institut de Hambourg, mais aussi d’autres centres de médecine tropicale qui travaillent sur la maladie, y compris d’ailleurs, puisque je suis belge, l’Institut tropical d’Anvers. Naturellement, il y a également, comme vous l’avez souligné, des centres de recherche américains. Mais je ne pense qu’ici, on n’est pas dans une logique de lutte de chapelles. On est dans une lutte collective pour chercher des solutions. Du coup, nous ne pouvons que nous réjouir qu’il y ait des pistes plutôt d’un côté que d’autre. En sachant, bien sûr, qu’on est loin d’avoir des solutions éprouvées. Puisque nous n’étions que dans des phases très préliminaires de test chez les humains. Mais je répète que le taux de survie est élevé, avec ou sans ce médicament miracle, si on s’y prend à temps. Je rappelle encore une fois de plus qu’à Télimelé, les 75 % des cas confirmés ont survécu sans ce médicament miracle. Donc, soyons pragmatique. Ne nous focalisons pas sur les résultats hypothétiques d’une recherche dont on ne peut que se réjouir. Mais travaillons à l’essentiel, c’est-à-dire contenir la maladie et inviter tous ceux qui ont des symptômes à se présenter dans le centre de santé où on peut les soigner.
En partant de la Guinée, vous avez été décoré par le président Alpha Condé. On imagine que c’est là pour le mérite des services que vous avez rendus à la nation. A votre tour, après avoir vécu les quatre premières années de la gouvernance du président Alpha Condé, pouvez-vous faire une sorte de revue à mi-parcours de sa gestion ?
Je ne suis pas politicien et ce n’est pas à moi de faire le bilan des politiciens de ce pays. J’ai effectivement eu l’honneur d’être décoré. J’en remercie l’Etat guinéen. Je pense qu’à cette occasion-là, tout le monde a dit et a mis l’accent sur le fait que j’ai été décoré pour services rendus à la population guinéenne et pas à un parti politique, à une mouvance ou à un régime quelconque. Bien sûr, ces derniers jours, j’ai eu l’occasion de faire mes adieux de façon bilatérale à un certain nombre de personnes, y compris les institutions républicaines, mais bien entendu aussi aux leaders politiques, toutes tendances confondues. Et pour répondre à des questions qui ont indirectement été posées, les leaders de l’opposition ont une appréciation que j’estime flatteuse pour moi. Je ne voudrais donc que cette décoration rentre dans le domaine du politique. Je pense que cet honneur ne mérite pas cela.
Vous est-il parfois arrivé d’être en froid avec certains opposants guinéens ?
Mais pourquoi vous parlez toujours en termes de mouvance et d’opposition ? J’ai à le dire publiquement, lors de la cérémonie de décoration, que je n’ai pas un caractère facile et que j’ai tendance à dire les choses comme que je les ressens. Ça veut dire que j’ai eu des moments de désaccord avec les uns et les autres. Mais je pense que c’est ce qui enrichit le débat. Quand je plaide pour un dialogue, ce n’est pas pour un dialogue mou et de complaisance. Pour moi, le dialogue, c’est la confrontation des idées. Parce que je pense que de la confrontation des idées, jaillit la lumière. Donc oui, nous avons des confrontations de temps à autre, avec les uns et les autres, mais toujours d’une manière amicale et constructive, dans l’intérêt d’une meilleure confrontation des intérêts de ce pays.
Si d’un certain point de vue, la Guinée c’est Ebola, ou encore la transition politique qui a connu tous les problèmes que nous avons énumérés. D’un autre point, la Guinée c’est également un pays touristique, avec des régions distinctes qui, chacune, incarne beaucoup de bonnes choses. Alors, quelle belle image gardez-vous comme souvenir de ce pays que les gens redoutent actuellement, alors que tout n’est pas forcément mauvais ?
Alors un double sentiment. Le premier sentiment est un sentiment de frustrations. Sentiments de frustrations parce que vous êtes des gens compliqués. Vous m’avez pris beaucoup de temps et d’énergie. Je n’ai malheureusement pas eu suffisamment de temps pour circuler à l’intérieur du pays, visiter nos projets, rendre visite et rencontrer les gens. Par contre, et je peux le confirmer, Heureusement que j’ai une grande famille. Mes enfants sont venus me voir régulièrement et qu’à l’occasion de leurs visites, j’ai toujours trouvé des excuses pour voyager avec eux à l’intérieur du pays. Et pour avoir, malgré tout, sillonné l’ensemble du pays, je peux confirmer effectivement que vous avez un magnifique pays et que ça été un plaisir pour moi et mes enfants de pouvoir voyager à l’intérieur du pays, dans les quatre régions naturelles. C’est pour vous une chance inouïe que d’avoir le pays que vous avez. Ne le gâchez pas !
Comme enfants, vous en avez combien ?
J’en ai cinq. Et ça semble se multiplier parce qu’effectivement les mariages sont en perspective.
Alors, vous vous appelez Philippe Van Damne. Il y a un autre Van Damne très célèbre dans le cinéma. Il s’agit de Jean-Claude. Les gens se demandent souvent s’il y a un lien de parenté. Que répondez-vous ?
Alors, je vais vous faire part d’un secret. Le nom Van Damne en Belgique, c’est comme le Camara ou le Diallo de la Guinée. Il n’y a pas plus banal que cela.
Votre départ effectif est prévu pour le dimanche prochain. Quel est alors votre ultime message aux Guinéens ?
Le message que cela que j’ai véhiculé tout au long de notre entretien, à savoir, continuer sur la voie du dialogue et de la réconciliation nationale. C’est la seule voie de sortie pour ce pays et pour sa population. Pensez aux intérêts de sa population et poursuivez la voie du dialogue.
Propos recueillis par Boubacar Sanso Barry (GCI), Azoka Bah et Aboubakr (Lynx FM) et Thierno Hassane Diallo (Le Lynx)




















