EAU: L’Etat confesse-t-il son impuissance?

Si par leurs manifestations récurrentes de ces derniers jours, les femmes des quartiers de Hamdallaye et de Bambéto espéraient voir la desserte en eau s’améliorer, elles peuvent bien déchanter. Parce que si leur mouvement aura servi à quelque chose, c’est bien qu’il ait conduit les autorités au langage de vérité, pour ce qui est du secteur de l’eau. Sauf que cette vérité n’est pas pour faire plaisir aux protestataires. Parce qu’en réalité, il ressort du discours des responsables de la Société des Eaux de Guinée (SEG) qu’aucune solution viable n’est en vue. Dans le meilleur des cas, on fera dans la débrouille. D’où l’option de la stratégie à laquelle la SEG a commencé à se livrer.

Après la paralysie de la circulation que les femmes de Bambéto et de Hamdallaye ont occasionnée les deux dernières semaines, le gouvernement semble prendre très au sérieux la colère de la gent féminine. Alors qu’avec les autres types de manifestation, les autorités se sont plutôt montrées fermes, avec les femmes elles y vont avec une relative douceur.

La raison d’une telle stratégie réside dans le fait qu’en réalité, le gouvernement est incapable de satisfaire les revendications relatives à la desserte en eau. C’est du moins la substance des propos que le coordinateur général de la SEG, Mamadou Diouldé Diallo, a tenus, au cours d’une séance de sensibilisation, animée le mercredi dans la commune de Kaloum. Reconnaissant le bien-fondé des revendications des femmes, il estime que le problème réside dans le fait que les installations aujourd’hui disponibles, ne peuvent pas valablement servir une population qui a largement dépassé les statistiques sur la base desquelles les premières planifications avaient été faites.

Enfourchant la trompette de la démagogie, il ajoute néanmoins que le président de la République a été bien avisé, en émettant le souhait en faveur de la mise en place d’un quatrième projet « Eau », pouvant permettre de résoudre le déficit. Si selon lui, ce projet est conçu sur une projection pouvant aller jusqu’en 2030, il se garde cependant de préciser la date à laquelle les populations pourraient profiter de l’eau issue de ce dernier projet. Mais il donne toutefois un indice qui n’a rien d’encourageant, quand on sait que selon on en serait à la phase de négociation du financement.

En attendant, et pour réitérer l’impuissance de sa structure à faire face à la demande sociale, il déclare : « Nous avons demandé et obtenu auprès du chef de l’Etat, des camions citernes alimentaires, lesquels en Europe transportent du lait frais pour distribuer de l’eau dans les zones où nous n’avons pas la possibilité de donner de l’eau par le réseau de distribution » C’est dire qu’aucune autre solution n’est en vue. Ces propos ne font certainement pas plaisir. Mais ils ont le mérite de la vérité. Au moins, les manifestantes savent à quoi s’en tenir.

Ne sachant à quelle solution se vouer, les autorités semblent si embarrassées qu’elles s’emmêlent les pinceaux. C’est ainsi que pour la circonstance,  le coordinateur de la SEG avait à ses côtés, le ministre de la sécurité, Madifing Diané. S’il est vrai que d’une certaine façon, le problème intéresse son secteur, par contre on ne l’aura pas reconnu dans son discours.

Exceptionnellement doux et conciliant, il a presque supplié les femmes et les jeunes qui sortent de ne pas le faire. Recourant à des récits religieux, Madifing Diané a invité les protestataires à la responsabilité et au sens civique. Pour une fois, il ne menace pas. Au contraire, il cajole surtout les femmes : « Je vous demande respectueusement  de vous attacher à votre honneur et à votre dignité. Votre honneur et votre dignité ne sont pas dans les rues. Ceux qui vous voient dans la rue vous méprisent et ceux qui vous méprisent, méprisent tout le pays ».

Dans la même logique, il a également déclaré : « La Guinée est notre dignité, notre honneur. Refusons tout comportement de nature à nous présenter dans l’indignité et à  nous présenter également comme des vulgaires. Aucun Guinéen n’aura le bonheur tant que nous avons ce comportement que les autres nous reprochent. Le monde est un village planétaire, aucun investisseur ne viendra jeter son argent dans un pays instable, où les citoyens ne savent pas pourquoi ils vivent en Guinée. Nous avons la responsabilité de vous dire ce que vous devez être.  C’est d’être un bon exemple pour vous, et de vous donner la bonne orientation. Ne pas le faire, c’est la trahison ». Selon lui, les Guinéens se font un malin plaisir de sortir dans les rues se font du tort à eux, dans la mesure où ils seront interpellés, quand il s’agira de reconstruire ce qui est aujourd’hui cassé.

Ce ton, lui aussi, participe de la stratégie d’un gouvernement qui, visiblement, n’a pas grand-chose à proposer face aux réclamations des femmes. Ce qui justifie qu’on essaie de jouer sur les cordes sensibles de chacune.

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info  

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