
Il est vrai que la communauté internationale n’est pas exempte de tout reproche dans ce qui s’est passé au Rwanda en 1994. L’attitude attentiste des Nations unies face aux crimes de masse qui s’y perpétraient est en particulier injustifiable. Pour ce qui est de la France, il est de plus en plus admis qu’elle était plutôt préoccupée par la guerre entre le FPR et le pouvoir génocidaire du Rwanda. Faisant fi du génocide, les troupes françaises se sont davantage évertuées à défendre Kigali contre les avancées des rebelles sous la houlette de Kagamé. Et pour couronner le tout, elles ont fermé les yeux sur la fuite des miliciens Hutus. Autant de postures qui jettent un trouble sur le rôle et la responsabilité de la France dans cette tragédie. Une ombre d’autant plus amplifiée que du côté de l’Hexagone les langues commencent à se délier. De ce point de vue donc, la colère et la hargne de Kagamé pourraient bien se justifier.
Mais le président rwandais en fait certainement trop. Au point qu’on peut se demander s’il ne verse pas dans la surenchère politique ? C’est à croire qu’il cherche stratégiquement à détourner le faisceau de critiques qui convergent sur sa personne. Accusé de tirer les ficelles des persécutions politiques contre ses opposants ayant trouvé refuge en Afrique du sud et de déstabilisation de son puissant voisin congolais, Paul Kagamé est dans une sorte d’isolement diplomatique.
Sérieusement concurrencé par le Tanzanien, Kikeweté, il n’a plus le soutien aveugle de l’Oncle Sam, qui supporte de moins en moins son attitude arrogante et cavalière. C’est ainsi que récemment les Nations unies n’avaient aucunement hésité à mater la rébellion du M23 dont il était vraisemblablement le parrain. Ce, après qu’il ait délibérément ignoré les mises en garde américaines.
S’estimant abandonné de toutes parts, le chef de l’Etat rwandais chercherait donc à se sortir de cette mauvaise passe, en usant de la stratégie de la victimisation. Faisant dans l’audace et la témérité de Hugo Chavez, il espère récolter la sympathie et la compassion des anticolonialistes. Stratégie d’autant plus contreproductive qu’il est en passe de donner une excuse valable à ses soi-disant adversaires.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















