
Mon objectif, c’est d’aider les Guinéens et de mettre en valeur leur pays. Depuis 1999, on a monté des projets très différents. On a formé des journalistes, organisé plusieurs congrès médicaux, offert du matériel scolaire, des camions de pompiers, des ordinateurs pour l’administration…Mais chaque fois, je travaille avec des Guinéens. Car le but, c’est que la Guinée se réapproprie ces projets. Pour moi, c’est un vrai partenariat et un magnifique challenge ". Les élections présidentielles auront lieu le 27 juin en Guinée après plus d'un an d'instabilité politique. L'occasion de comprendre ce pays avec la Lyonnaise Pascale Vanneaux, présidente de l'ONG France Guinée coopération.
''Les Guinéens attendent de vraies élections depuis des années et ils ont un immense espoir'' . Pourquoi on connaît si mal la Guinée ?
Pascale Vanneaux: C'est un pays qui n'est pas immense, avec 10 millions d'habitants. Mais surtout à cause de son histoire.
C'est le premier pays d'Afrique qui a accédé à l'indépendance en septembre 1958 avec son premier président Ahmed Sékou Touré. C'est le seul qui ait dit non au Général de Gaulle, qui avait proposé aux colonies un référendum sur l'adhésion à la nouvelle communauté française. La France s'est retirée avec son personnel d'administration, les archives, les infrastructures... Ce qui a alors provoqué une fuite des devises et un effondrement économique.
Le pays a évolué vers le modèle soviétique en se repliant sur lui-même, avec une rupture des relations diplomatiques avec la France jusqu'en 1978.
Les spécificités de la Guinée ?
C'est un pays qui a une position stratégique avec ses 300 km de côtes. Mais c'est surtout un pays magnifique, avec des paysages très variés : plages de sable, massifs montagneux, savane... Au Nord, c'est la savane à la frontière avec le Mali. Au centre, c'est le Fouta Djallon, une zone de montages et de forêts. Puis il y a la basse côte, avec la capitale Conakry et au Sud, la Guinée forestière.
L'enjeu des élections ?
Ces élections du 27 juin, c'est la marche vers la démocratie. Les Guinéens attendent de vraies élections depuis des années et ils ont un immense espoir. C'est en fait le général Sékouba Konaté , président par intérim, qui est responsable de cette mission :organiser des élections qui doivent stabiliser le pays après une crise politique.
L'origine de cette crise politique ?
Le président Lansana Conté était au pouvoir depuis 1984. En arrivant, il a dénoncé l'ancien régime et il s'est rapproché de la France, en ouvrant la Guinée sur l'extérieur pour reconstruire son économie. Il a proclamé l'enseignement en Français et privatisé les entreprises d'état. Il était apprécié car il avait instauré une vraie liberté d'expression.
Mais à sa mort en décembre 2008, l'armée a repris le pouvoir. Et le capitaine Dadis Camara est devenu président, en affirmant qu'il allait mettre fin à la corruption, aux trafics d'armes et de drogue. Mais en septembre 2009, les militaires ont réprimé une manifestation d'opposants qui se déroulait dans le stade du 28 septembre de Conakry. Un massacre où des femmes ont été violées à coups de baïonnette. Ce qui a choqué la population. En décembre dernier ,son aide de camp lui a tiré une balle dans la tête. Même si Dadis Camara n'est pas mort, c'est le général Sékouba Konaté qui est devenu président par interim.
Il ne risque pas de garder le pouvoir ?
Non, tous les membres du gouvernement partiront après les élections. Et le général Konaté a également annoncé qu'il partirait, une fois sa mission remplie. C'est un homme d'une quarantaine d'années, qui s'est beaucoup engagé sur la scène internationale pour montrer que la Guinée est en train de changer. Et je suis certaine que la Guinée est en bonne voie.
Les candidats ?
Il y a plus de cent partis politiques et donc énormément de candidats, dont plusieurs anciens premiers ministres du président Lansana Conté. Mais ils veulent tous la même chose : l'ouverture du pays, faire évoluer l'éducation, apporter l'eau et l'électricité à tous...Il n'y a plus de retour en arrière possible. Mais pour l'instant, impossible de dire qui va l'emporter.
La situation économique du pays ?
La Guinée a beaucoup de richesses. C'est le premier producteur de bauxite dans le monde et le deuxième pour les réserves d'or. Il y a aussi beaucoup de diamants. Mais ces richesses ne sont pas bien exploitées. De plus, c'est un pays très rural, avec des cultures diversifiées :riz, mangues, huile de palme, haricots verts... Mais il faut structurer cette économie pour pouvoir exporter. Par exemple, les mangues sont très bonnes, mais il n'y a pas d'unités de production pour les conserver et les faire partir.
Il y a très peu de tourisme, alors que c'est un très beau pays, notamment les îles de Loos, où on se croirait à l'île Maurice.
Les gens vivent dans la misère ?
A Conakry oui, mais moins à l'intérieur du pays parce qu'ils cultivent, pêchent... C'est plus difficile en ville parce que les Guinéens ne sont pas formés et qu'il n'y a pas assez d'entreprises pour leur proposer du travail. Le problème, c'est surtout les infrastructures et les équipements. A Conakry qui compte 2 millions d'habitants, les gens qui n'ont pas leur propre puits n'ont pas accès en permanence à l'eau potable.
Et c'est un pays sûr ?
Oui, même avec l'instabilité politique, ca n'a jamais été dangereux, car les Guinéens sont pacifiques, calmes et très accueillants.
Pas de conflits ethniques ?
Il y a quatre grandes ethnies en Guinée : les Malinke, les Peuhls, les Soussous et les Forestiers au sud, mais ils vivent en paix. C'est un pays musulman très tolérant. Les hommes se marient avec des femmes de religions mais aussi d'ethnies différentes.
Les grands projets ?
L'éducation, la santé, l'eau, l'électricité... Aujourd'hui, il n'y a pas assez d'écoles. Il faut donc construire des structures, former les maîtres... Mais depuis 2000, il y a eu beaucoup de progrès. Il y a plus d'infrastructures, d'hôtels et d'importants efforts ont été réalisés dans les hôpitaux. Et surtout, de plus en plus de jeunes sont bien formés. En plus, les Guinéens sont très volontaires. Ils veulent que le pays redevienne « La perle de l'Afrique de l'Ouest »comme on l'appelait au temps des colonies.
Vous êtes optimiste pour l'avenir de la Guinée ?
Oui, je suis très confiante car ce pays, qui a un fort potentiel économique et surtout un potentiel humain inestimable, est en train de s'ouvrir. Ce qui lui donne de bonnes perspectives.
Propos recueillis par SOPHIE ALBANESI (LYON MAG2)




















