PASCAL SIMBIKANGWA: Un verdict pour l’exemple?

Dans le procès contre le génocidaire présumé, Pascal Simbikangwa, l’avocat général aura été tout sauf tendre. Allant jusqu’à demander la requalification d’un des chefs d’accusation et reprochant à l’accusé un cynisme qui lui enlève tout sentiment de regret et de remords, Bruno Sturlese a requis la réclusion à perpétuité, la peine maximale. Au-delà des faits directement imputables à Simbikangwa, la France qui abrite le premier procès sur le génocide rwandais, voudrait saisir l’occasion pour solder les comptes d’un passif plutôt lourd. Suivez mon regard…

S’il est dans la logique normale des procès que le parquet n’éprouve pas de sympathie pour l’accusé, on a toutefois l’impression que Bruno Sturlese déploie une énergie particulière pour que Pascal Simbikangwa ne s’en sorte pas à bons comptes. Ceci étant, au vu des témoignages qui ont été faits depuis le début du procès, on ne peut pas dire que l’accusé soit un saint, non plus. Membre de l’ex-garde présidentielle de Habiarymana, le capitaine Simbikangwa aurait été un acteur majeur du génocide contre principalement les Tutsis rwandais. Bien qu’étant en fauteuil roulant depuis 1986, il aurait explicitement professé les idées empreintes de haine qui ont servi de levain aux génocidaires.

Pire, l’accusation dit de lui qu’il aurait même distribué des armes aux hommes en faction au niveau des check-points. Or, on sait que, loin de réguler la circulation, ces hommes avaient pour rôle de filtrer les passagers afin d’identifier et d’éliminer tous ceux qui relevaient de l’ethnie Tutsi. Partant de ce rôle, l’avocat général recommande que Pascal Simbikangwa ne soit pas simplement considéré comme un complice de ce drame qui, en quatre mois seulement, avait causé la perte de près d’un million d’êtres humains. Selon Bruno Sturlese, vu que l’accusé a agi en connaissance de cause et de manière consciente, il est à ranger dans la catégorie des auteurs, des instigateurs. D’où son souhait de le voir condamné à la réclusion à perpétuité.

Cependant, au-delà de ces faits, aussi gravissimes et inacceptables qu’ils soient, la charge virulente de l’avocat général contre Simbikangwa doit obéir à d’autres enjeux. Parmi ces derniers, il y a la nécessité de  prendre en compte la douleur des proches des victimes. Ces derniers doivent trouver dans le verdict qui sera prononcé le sentiment que justice a été véritablement rendue. Pour cela, la sanction qui sera prononcée ne devra pas, par sa clémence, laissé libre cours à une impression de paradoxe par rapport aux faits qui sont reprochés à l’accusé. Le verdict devra être relativement proportionnel à l’ampleur des faits allégués contre Simbikangwa.

Par ailleurs, dans un contexte international où l’on craint d’autres types de drames du genre que celui dont le Rwanda a été le théâtre, le procès qui se déroule à Paris devra être un précédent qui dissuade. Il faudra qu’à l’énoncé du verdict, certains miliciens centrafricains notamment éprouvent un brusque sentiment de frayeur.

Enfin, pour la France dont c’est le premier procès autour du génocide rwandais, c’est l’occasion de balayer tous les soupçons de connivence avec les génocidaires. Des soupçons que Kigali continue de nourrir de nos jours, et qui pèsent de tout leur poids dans le refroidissement des relations entre les deux pays.

Cette préoccupation diplomatique est aussi un élément à prendre en compte dans la verve avec laquelle Bruno Sturlese s’évertue à enfoncer Simbikangwa. Autant de déterminismes que les avocats de l’intéressé devront, à leur tour, s’atteler à déconstruire à partir de ce jeudi.   

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

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