
C’est dire que le nouveau souverain pontife ne s’enferme pas que dans des considérations strictement cultuelles. Il prend en compte les situations concrètes qui prévalent dans les quatre coins du monde. On ne peut que s’en réjouir. Qui plus est, quand l’Afrique n’est pas omise.
Par ailleurs, on est d’autant plus sensible au message du Pape François que les zones de conflits qu’il a mentionnées, sont de réelles préoccupations de l’heure. La meilleure illustration est très certainement ce que la ville touristique de Tombouctou a vécu toute la journée d’hier. Ne se préoccupant certainement pas du fait que c’était Pâques, ou même en raison justement de cela, des islamistes s’étaient infiltrés dans la ville et de rudes combats ont été engagés avec les soldats maliens aux côtés desquels se trouvaient bien entendu les troupes françaises de l’opération Serval. Naturellement, le cynisme et la cruauté qui sous-tendent une telle démarche ne surprennent guère de la part des terroristes.
Le seul véritable enseignement que l’on peut tirer des affrontements qui ont eu lieu hier à Tombouctou, c’est qu’ils constituent une sérieuse remise en cause des affirmations rassurantes que le président François Hollande a données la dernière fois sur la chaine France2. « Tous les objectifs ne sont pas atteints »; serait-on tenté de signifier au président français.
Pour ce qui est du Nigéria, les soucis émis par le Pape François ne sont certainement prêts à être résolus. En effet, jusqu’ici les autorités nigérianes ont notoirement échoué à venir à bout de la funeste secte de Boko Haram. En cela, le fait que l’armée nigériane ait tué 14 islamistes ne doit pas faire illusion. Sur le long terme et dans une approche globale, Boko Haram continuera encore à donner du fil à retordre au président Goodluck Jonathan et pourquoi pas à ses successeurs. Naturellement, comme le dit très clairement et à juste raison le nouveau pape, ce sont d’innocents civils qui vont en payer le plus lourd tribut.
Sur ce dernier aspect des choses, la situation dans l’est de la RDC est identique à celle du Nigéria. En effet, là également, ce sont les pauvres populations qui demeurent les plus grandes victimes d’un conflit où les énormes richesses du pays et les appétits qu’elles aiguisent sont les données fondamentales. Tueries, exils forcés ou viols pour les femmes sont le lot quotidien des populations de cette partie de la RDC, depuis plus d’une dizaine d’années. Là aussi, les Nations unies viennent de faire montre d’une audace sans précédent avec la création d’une brigade spéciale à laquelle l’autorisation de combattre est délivrée, si cela s’avérerait nécessaire. Mais il faut toujours craindre que les grands enjeux impliquant les grandes puissances ne vident cette initiative de sa substance.
Enfin, la République centrafricaine! Dans ce dernier cas, c’est toute la communauté internationale qui se trouve dans une position des plus délicates. En facilitant la chute du général Bozizé, cette dernière au premier rang de laquelle, les voisins centrafricains de la CEAAC, aura en effet démontré qu’elle en avait marre de celui-là même qui avait chassé Ange-Félix Patassé, et dans les mêmes circonstances. Mais comme on l’aura appris avec le général Robert Guéi et les capitaines Dadis et Sanogo, il faut toujours se garder d’applaudir les putschistes même s’ils sont parés des plus nobles intentions.
C’est ce qui explique les feux croisés des condamnations qui s’abattent sur l’équipe de Michel Djotodia. Du coup, pendant les trois prochaines années, ce dernier sera surveillé comme du lait sur le feu. Surtout qu’à l’image de ceux que nous citions plus haut, le chef de la Séléka commence, lui aussi, à se prévaloir d’une certaine légitimité populaire, à travers des bains de foule savamment orchestrés.
Dans un tel contexte, le message du pape François sonne comme une légitime mise en garde.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















