ONUFEMME: Avec M. Maxime Houinato, Directeur régional adjoint pour l’Afrique de l’ouest

La femme et l'enfant restent au cœur de toutes les préoccupations des nations. En témoigne la création de l’ONUfemme, qui devra s’occuper désormais de toutes les questions du genre à travers le monde. En séjour de travail en Guinée, le Directeur régional adjoint de la dernière née des institutions onusiennes, l’ONUfemme, M. Maxime Houinato de nationalité béninoise, a bien voulu se prêter aux questions de notre reporter….

GuineeConakry.Info : Peu de Guinéens ont entendu parler de l’Onufemme. Que dire de cette nouvelle institution des Nations-Unies ?

Maxime Houinato : L’Onufemme est une agence des nations-unies qui s’occupe du développement de la femme et la qualité du genre dans le monde. Elle est une nouvelle agence issue de l’agrégation de trois autres agences des Nations unies qui jusqu’à présent s’occupaient exclusivement des questions de genre et qui sont DAW Division pour l’avancement des femmes (DAW), OSAGUI (Bureau du conseil spécial de Ban Ki Moon pour les affaires féminines, et INSTRO (Institut des Nations-Unies qui s’occupe de la recherche et de la formation pour les femmes). Ces trois institutions se sont donc rassemblées avec l’UNIFEM pour former ONUfemme qui a été votée en septembre de l’année dernière par l’assemblée générale de l’ONU. Ses activités ont effectivement commencées le 1er janvier 2011. En tant que grande agence, l’ONUfemme rassemble les préoccupations normatives du genre.

GCI : Depuis quand les activités de l’Onu femme ont démarré dans la sous région ouest africaine ?  

M H : Comme je l’ai dit, l’Onufemme est la transformation UNIFEM, une agence des Nations-unies chargée de la promotion de la femme qui existe dans la sous région depuis plus de trente ans. Elle sera bâtie sur le travail d’UNIFEM présent en Afrique de l’ouest depuis au moins trente années. Le bureau régional est implanté à Dakar, au Sénégal. Nous n’avons pas encore de présence physique en République de Guinée. Ce qui ne va plus tarder...

GCI : Comment OnuFemme va-t-il gérer son héritage?

MH: Il dire que l’UNIFEM qui a existé bien avant la création d’Onufemme s’est investi en Afrique de l’ouest dans beaucoup de domaines. Notamment dans quatre domaines stratégiques qui demeurent très importants pour l’organisation: le développement du pouvoir économiques des femmes, le développement du pouvoir politique des femmes, à travers une très grande représentation du genre dans les instances de décision politique, la lutte contre les violences faites aux femmes, et le SIDA.

C’étaient là les quatre domaines stratégiques qui vont naturellement être repris par l’Onufemme. Auxquels il sera ajouté le côté normatif. Et ce côté normatif comprend, la définition des normes, des principes, dont l’organisation a besoin pour faire son travail du point de vue du genre. Et quand je parle d’organisation, ce n’est pas Onufemme. Puisqu’elle va agir pour toutes les Nations-Unies en matière du genre.

Ensuite, rendre compte directement au Secrétaire général et à l’Assemblée générale sur le progrès que le monde est en train de réaliser avec la contribution des nations-unies par rapport à l’équité homme- femme.

GCI : Quelles seront les priorités d’Onufemme en Guinée en particulier, et dans la sous-région en général ?

M H : La particularité des Nations unies est de soutenir les partenaires et les gouvernements dans leurs priorités. Donc, les priorités des Nations unies sont toujours tirées des priorités nationales. Et ces priorités s’inscrivent toujours dans les PRSP (programme de Stratégie nationale de lutte contre la Pauvreté), les Objectifs du Millénaire pour le développement, les différentes stratégies ou politiques que les gouvernements de Guinée et des autres pays de la sous-région se donnent comme moyens de lutte contre ces problèmes.

De ce point de vue, nous avons discuté depuis des années avec nos partenaires guinéens et nous savons, par exemple que, le positionnement des femmes dans la politique est une préoccupation dans ce pays, d’autant plus que, les femmes font l’essentiel de la base militante des partis politiques. Mais malheureusement, elles ne profitent pas des retombées politiques lorsque les élections sont terminées. J’estime donc qu’assister les organisations des femmes à expliquer  aux partis politiques l’intérêt à positionner les femmes dans les instances de décision est une bonne chose.

Alors quand une coalition vient au pouvoir et que le président de la république demande aux partis politiques qui l’ont soutenu de faire des propositions pour la formation d’un gouvernement, il est impérieux que l’on pense aux femmes qui se sont battues pour la victoire. La question serait naturellement de savoir combien de militantes desdits partis feront comme proposition ?

Et combien de fois le Président de la république exige à ces partis politiques le nombre de femmes qu’ils doivent positionner ? Cela est un exemple qui démontre comment et est-ce que la préoccupation de la représentation politique au plan national aux postes électifs, nominatifs et locaux est importante.

Deuxièmement, il y a ce que nous entendons de la part de nos partenaires, la question du pouvoir économique. Vous savez combien de fois les femmes constituent le tissu économique informel de ce pays. Il s’agit à présent de définir quel est l’appui qui leur est fait pour restructurer ce secteur dans le cadre du renforcement de l’investissement que l’Etat fait dans ce domaine. C’est vrai que, c’est une ouverture extraordinaire, une potentialité pour le gouvernement d’appuyer les femmes à devenir le maillon essentiel de l’économie. Elles sont évidemment déjà dans le secteur informel, elles devraient maintenant être suffisamment représentées dans le secteur formel.

Troisièmement, malheureusement cela a été manifesté le 28 septembre 2009, dans ce pays, ce sont les violences contre les femmes. Les violences politiques ont été très médiatisées, mais il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt. Ces violences politiques viennent se superposer sur des violences domestiques de longues dates dans les familles qui sont supposées être un havre de paix, mais deviennent des lieux où ces femmes souffrent. Que ce soit à travers des mutilations génitales, les mariages forcés, les violences physiques, économiques, psychologiques, à travers les injures.

Et maintenant, le système juridique qui est supposé être le recours des femmes, n’a pas les instruments nécessaires, et, même quelquefois lorsque ce système judiciaire dispose les instruments, les gens qui sont chargés de les appliquer manquent souvent la volonté. De sorte que, pour les requêtes de violences qui arrivent jusqu’au système judiciaire, la suite qui leur ait donnée, est pour le moyen douteux. Donc, il ya du travail à faire, par rapport à la lutte contre les violences.

Evidemment de façon corollaire, vous avez le SIDA. Lorsque des violes sont commis de façon indiscriminée, entre des gens qui de sont pas testés, etc., il y a pour les victimes, en dehors de tous les risques qui peuvent exister, les risques physiques, psychologiques, de traumatisme, et autres, il y a surtout les risques sanitaires de contraction du SIDA. Il s’agit donc des préoccupations à la base de nos partenaires, mais aussi des cris à l’endroit des gouvernements, des partenaires internationaux qui doivent appuyer les femmes de Guinée à bénéficier enfin des efforts énormes qu’elles mettent dans le développement de ce pays.

GCI : Quels sont donc les premiers jalons qu'Unifemme veut poser en Guinée?                                  

M H : En fait, nous sommes venus en visite officielle pour parler avec notre partenaire essentiel dans ce pays qui n’est  autre que le gouvernement de la république. Nous avons rencontré la ministre qui s’occupe des affaires du genre avec laquelle nous avons eu des discutions notamment sur la préoccupation des autorités  par rapport aux problèmes que nous avons soulevé ci-haut. Nous avons parlé surtout des stratégies que le gouvernement de Guinée est en train de mettre en place pour pouvoir adresser ces questions.

Nous étions tellement heureux de voir dans quelle mesure le gouvernement a saisi les difficultés qui sont celles des femmes dans ce pays et les dispositions qui sont en train d’être prises pour faire face à ces problèmes. Et nous pensons que notre rôle est d’appuyer le gouvernement, ensemble avec les autres systèmes des Nations-Unies. Comme l’UNFQE, le PNUD, l’UNICEF, qui sont des organisations traditionnelles s’occupant des questions du genre au sein du système Nations-Unies. Pour que nous puissions ensemble trouver des solutions appropriées à ces problèmes. Et l’Onufemme est vraiment heureuse de voir la bonne volonté qu’il y a et est en train de discuter avec les partenaires pour voir sous quelle forme elle va être présente en Guinée.

GCI : Cela voudrait dire que les contacts aves les autorités en place ont donné des résultats qui vous font espérer ?

M H : Absolument ! Pour qu’une organisation s’implante dans un pays, il y a plusieurs schémas possibles. Donc, nous sommes en train de réfléchir sur les schémas les plus adéquats pour la Guinée. Depuis une présence conseil, jusqu’à l’ouverture d’un bureau, il ya toutes les possibilités. En fonction des ressources disponibles, en fonction des besoins des partenaires, nous allons prendre une décision au moment opportun.

GCI : Vous avez également fait votre propre constat sur le terrain…

MH: J’ai participé, depuis mon arrivée, à un festival organisé avec le centre culturel franco-guinéen par le Réseau des femmes guinéennes ministres et parlementaires (REFAMP). Nous avons été témoin du courage dont on fait preuve les femmes de Guinée. Personnellement, je les encourage, parce que, les résultats atteints sont par ces femmes immenses. Aussi bien du point de vue légal que politique.

Nous sommes maintenant à l’étape de la transformation de ces résultats en changement concret dans la vie des femmes au niveau local. Est-ce que les succès que nous sommes en train d’atteindre au niveau national sont en train de se transformer en succès au niveau local pour les femmes ?

Et pour cela, beaucoup des chose restent encore à faire. Raison pour laquelle, quand on dit félicitation, il faut dire aussi, du courage pour la continuation. Parce que techniquement, comment est-ce que les ressources de l’Etat sont distribuées pour pouvoir permettre aux femmes de jouir des avantages légaux qui sont faits. Aussi, pouvoir saisir les tribunaux pour jouir d’un droit requiert dans un système démocratique, malheureusement des ressources.

Donc, c’est un appel que je lance, pour que cela soit regardé de façon collective, de façon partenariale, de façon à ce que d’ici quelques années, on puisse se féliciter aussi du changement concret sur le terrain de la même manière qu’on s’est félicité des changements légaux des instruments internationaux.

Interview réalisée par Kerfalla Kourouma pour GuineeConakry.Info

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