Voici Nyépou Habas et sa guitare oblatives dans leur amour, comme une mère et son enfant. Mais oui, voilà bientôt quarante ans que la guitare est devenue l'enfant adulée de cette femme tendre et pondérée. Son enfant, elle l'a éduquée à sa façon, Simplement. Passionément. Et l'enfant a physiquement - pardon techniquement - grandi.
A coups de coeur et de doigts, Nyépou sait parfaitement aujourd'hui comment faire avec cette enfant qui a grandi sans être rebelle.
Sa mère Fanta Soumaoro, fidèle au voeu de son époux défunt, la conduit en 1950 à L'école avec cette secrète ambition: '' Nyépou sera une grande sage-femme". Effectivement aprèrs son certificat d'études, Nyépou choisit la santé. De 1956 à 1959, elle est assistante sociale. Mais sa vocation était certainement ailleurs.
Au collège déjà, les fêtes scolaires l'enchantaient. Elle s'en souvient encore aujourd'hui: ''j'aimais follement ces fêtes jamais primesautière mais toujours fébrile, quand venait mon tour de chanter. O Dieu que j'avais une mauvaise voix''.
Cependant , on peut avoir une mauvaise voix et avoir bons doigts. C'est ce que comprit intuitivement Nyépou en s'interessant beaucoup plus à la guitare qu'au chant.
Femme de discipline, exigeante et femme de principes, l'armée de la hante. En 1961 c'est fait. Après un stage de formation à Kankan, la voici gendarme. Son unifome lui sied à merveille. La blouse blanche troquée contre la tenue kaki ne la bouleverse pas outre mesure, elle reste toujours belle. La même année, l'armée fonde le premier orchestre féminin moderne d'Afrique, Nyépou et quelques autres en sont les premières musiciennes.
Avec leurs innoncentes mandolines qu'elles grincent comme des cigales, elles jouent tout l'été et ne connaissent heureusement pas de bise. Le succès est ènorme. Des camps aux campus, de partout les hommes accourent étonnés et réjouis, ils pardonnent même les couacs. Les femmes aussi viennent nombreuses les voir, heureuses de découvrir des musiciennes aussi virtuoses et vertueuses sur scène.
C'est la farandole des voyages.
Elles sillonnent l'Afrique et certaines parties du monde. Partout ces ravissantes femmes aux mandolines ''ambiancent'' les salles.
En 1985, Nyépou toujours chef, jubile avec ses compagnes, le Parti (PDG) vient de leur offir de nouveaux instruments plus modernes: guitares électriques; battertie, tumba, saxes, trompettes etc . . .
Depuis, les Amazones sont devenues des locomotives que le succès n'effraie guère.
Symboles de l'égalité de l'homme et la femme pronée par le Parti Démocratique de Guinée; les ''Amazones'' refusent les facilités et fuient les futilités.
La consécration internationale pour Nyépou et ses amies, ce fut à Lagos au Festival 77 où, devant la multitude cosmopolite réunie, en musiciennes racées, elles animèrent avec un panache jamais atteint.
Nyépou n'oubliera jamais les fièvres nocturnes de Lagos. Elle dit toujours: ''Les vrais bonheurs hélas, ne reviennent jamais. A Lagos quand je jouais, je sentais que ces gens venus de partout m'écoutaient et me comprenaient et leurs rires, leurs cris, bref toutes leurs réactions m'extasiaient.''
Après ces quelques mots le revoici courbée sur sa guitare. Nyépou n'a pas d'enfant et chaque fois que je la vois ainsi, je retrouve toujours le geste de la mère penchée sur son enfant, L'allaitant avec abnégation et sollicitant tout simplement peut-être qu'il s'ouvre à la vie.
Une guitare peut devenir un être vivant, si la personne qui la possède, lui insuffle son âme. Et Nyépou le fait si bien.
Justin Morel Junior




















