NAUFRAGE EN MEDITERRANEE : Qui est responsable ?

De nouveau, il est question d’un drame lié à l’émigration clandestine. Les côtes maltaises et italiennes, principales portes d’entrée en Europe pour les migrants, sont de nouveau au-devant de l’actualité. D’une part, se fiant au récit de deux rescapés palestiniens, on parle de 500 portés-disparus suite au naufrage d’une embarcation, la semaine dernière. De l’autre, la marine libyenne évoque le sauvetage d’une trentaine de personnes, après le naufrage d’un navire à bord duquel se trouvaient jusqu’à 200 migrants! Si les prévisions alarmistes se confirment, on pourrait se retrouver avec la pire tragédie liée à la migration clandestine de ces dernières années. Une situation qui pourrait cependant être la conséquence de la politique que l’occident mène dans quelques-uns des pays pourvoyeurs des migrants.

La montée vertigineuse des chiffres de l’émigration clandestine de ces derniers mois, laisse croire qu’un nouveau facteur est en jeu. Il n’est plus question de la misère et du déficit démocratique qu’on a jusqu’ici brandi et qui faisaient des pays d’origine, essentiellement africains, les seuls responsables. C’est d’ailleurs ce pourquoi, les pays pourvoyeurs ne sont plus nécessairement les plus pauvres de l’Afrique au sud du Sahara. Même l’Ethiopie et l’Erythrée sont désormais supplantées. Les nouveaux migrants qui tapent à la porte de l’Europe viennent plutôt de l’Egypte, de la Libye, du Soudan, de la Palestine, de la Syrie, de l’Irak, etc. Or, ce que ces pays ont en commun, c’est l’instabilité et le chaos politiques qui les minent. A des degrés divers, ils sont tous en situation de conflit. Les nouveaux migrants sont donc davantage en quête d’un havre de paix.

Le problème cependant, c’est que l’Europe qui se barricade et, plus globalement l’occident, ne sont pas étrangers aux situations que ces mêmes migrants cherchent à fuir. D’une façon ou d’une autre, les puissances occidentales se trouvent impliquées dans chacun des conflits qui déchirent ces pays. Ainsi, en Libye et en Irak, l’anarchie résulte de la chute des dirigeants forts qu’étaient respectivement Mouammar Kadhafi et Saddam Hussein. Ils n’étaient certes pas l’incarnation de la gestion démocratique du pouvoir, mais ils symbolisaient tout de même la stabilité de leurs pays. Le cas syrien est une tentative avortée de ce qu’on a fait subir à Kadhafi. En Egypte, le problème vient du désir des puissances occidentales de donner à la révolution une orientation qui leur est favorable. Quant au Soudan, il récolte les conséquences de l’inimité que certains éprouvent à l’endroit d’Omar El Béchir. Pour s’assurer un contrôle quasi-exclusif des richesses pétrolières du pays, on a poussé le Soudan du sud à prendre son indépendance.

Enfin, le cas palestinien est à lui tout seul, le symbole de l’injustice mondiale. A l’exception de la Palestine et de l’Egypte dont les contextes, très imbriqués l’un dans l’autre, sont singuliers, ces pays ont en commun leurs richesses potentielles. Ultimement, ces dernières sont paradoxalement à la base du malheur qui pousse leurs populations à se tuer ainsi en mer, en tentant de rejoindre l’Europe. 

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info      

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