MUSIC STAR: Ousmane Kouyaté, artiste musicien guinéen « Entre Salif Kéita et moi, tout va bien »

Ousmane Kouyaté, est le guitariste attitré de Salif Keita, le Domingo de la chanson malienne. Cet agronome diplômé de l'université Julius Nyéréré de KanKan réside en France depuis 20 ans, où il contribue à la promotion de la musique mandingue.   Notre reporter l'a rencontré pour un entretien.   - Guineeconakry.info: Ousmane Kouyaté, vous êtes en Guinée depuis plusieurs semaines, peut-on savoir le motif de ce séjour?...

- Ousmane Kouyaté: Je suis là parce que je suis chez moi. Et j'ai besoin de voir ma famille, les parents et les amis sont au bercail. Ensuite, C'est pour me ressourcer.

 

- GCI- En votre qualité de messager de la Culture guinéenne à l'étranger, peut-on savoir le regard critique que vous portez sur cette musique avec la nouvelle génération?

 

- OK- Il faut dire que la musique guinéenne se porte bien et pourrait se porter encore mieux que ça. Je pense qu'on ne doit pas chercher à refaire cette musique de la même manière que les précédentes. C'est à dire les aînés. Ils ont su marquer leur temps avec cette musique en leur façon (Bembeya, Kélétigui, Balla') que moi je nomme ici , éclaireurs tout simplement. Ils nous ont déblayé le chemin, donné une orientation, une plate forme, disons. C'est à nous maintenant de mettre le goudron de la meilleure qualité pour que le parcours soit bien appréciable.

 

- GCI- Oui mais à quel niveau se situe la difficulté avec cette musique d'aujourd'hui. Puisqu'il est établi que ça ne marche pas avec cette nouvelle génération?

 

A vrai dire c'est ma première fois d'entendre de la bouche d'un journaliste comme quoi, quelque chose ne marche pas avec la musique guinéenne. C'est tellement honnête, juste qu'il faut oser le dire. Je suis très content de vous. Il faut oser dénoncer l'obstacle d'une chose, pour un remède efficace. Tant qu'on n'osera pas dire ce qu'il faut, on ne pourra jamais aller de l'avant. Et c'est ce qu'il faut éviter puisque le monde est en perpétuel mouvement. C'est comme en philosophie avec la notion du matérialisme dialectique « la négation de la négation » rejette tout ce qui n'est pas bon. Maintenir ce qui est bon et rajouter ce qu'il est encore plus bon... c'est exactement ce qu'il faut en matière de musique en Guinée. C'est pourquoi j'ai dit que nos éclaireurs n'ont pas failli à leur droit et devoir en matière de la musique. C'est à nous de savoir ce qui leur manquait pour combler le vide conformément à l'évolution de l'humanité. Le seul problème actuellement en Guinée, c'est du fait qu'on ne se remet pas en cause, en question. C'est dans ça où on parle de progrès. Sinon, ça ne marchera pas. La plupart des artistes guinéens ont une idée de suffisance. Ils ne veulent pas approcher ceux qui savent quelque chose mieux qu'eux. C'est là où il y a le handicap. Et on ne progressera jamais tant que l'idée là restera dans la mentalité des gens. Pendant ce temps, les autres pays qui étaient hier nos élèves, nous devancent et deviennent probablement nos maîtres incontestés, malgré tout ce que nous possédons comme potentialités.

- GCI- Par ces temps qui courent on aurait appris que tout n'était pas rose entre vous et Salif Keita (votre fidèle compagnon). Qu'en est-il réellement?

OK- Vous savez, les gens aiment s'impliquer tellement dans les affaires d'autrui sans aucune preuve, ils racontent n'import quoi. C'est ce qui amène tout ça . Sinon entre Salif et Ousmane, c'est toujours un partenariat entre frères. Nous avons les mêmes ambitions, les mêmes objectifs, celui de défendre la culture mandingue sous d'autres cieux. Seulement, il y a eu un petit moment de rupture que moi j'appellerai, période de repos. Ce qui est tout à fait normal dans les relations humaines. A un moment, j'avais besoin d'une mise en liberté provisoire dans nos relations. J'ai demandé à Salif une trêve, puisque j'avais autres choses à faire. C'est tout, sinon il n'y a absolument rien. Aujourd'hui tout est entré en ordre et ça marche.

 

- GCI- A quand votre prochain album solo?

 

GCI- C'est pour bientôt. Je suis sur certaines démarches qui vont très certainement aboutir bientôt. Et ce sera chose faite puisque je suis en studio déjà. C'est le lieu de signaler au public mélomane que, Ousmane Kouyaté n'a pas été accompagné par l'orchestre Bembeya dans son premier album Kéfimba. Je n'ai eu à utiliser que quelques musiciens de Bembeya. En l'occurrence Alpha Camara (à la toumba) et Sekouba Bambino Diabaté (au cœur). C'est ça la vraie version. Ce sont des pirates et colporteurs qui ont fomenté cette version.

 

- Vous êtes l'initiateur du système de dédicace en Guinée pour la sortie d'un nouvel opus. C'était en 1989, à l'occasion de la mise en vente de votre second album solo, Domba. Aujourd'hui le phénomène a pris une autre envergue dans le pays qui ne fait pas honneur à notre musique.

 

- GCI- Peut-on savoir votre appréciation là-dessus?

 

O- K Pas plus tard que ce matin, dans un bureau de la place où j'étais, on en parlait. La forme et le vrai visage que ce phénomène a pris actuellement en Guinée. Moi j'avais une autre vision pour cela. J'avais voulu transplanter ce système en Guinée comme ça se passe ailleurs (à Paris , à Londres, en Allemagne, aux USA') Il s'agissait là d'une présentation de l'œuvre d'un artiste aux médias avant la mise officielle sur le marché. Ce qui va aboutir à des critiques et suggestions qui, à la longue, pourraient permettre à l'artiste de se perfectionner. C'est tout. Ce n'était pas à titre lucratif, comme ça se passe maintenant. La dédicace c'est une sorte d'invitation lancée à tous les opérateurs culturels pour la promotion d'un produit fini. Aujourd'hui, avec l'élan que cela a pris en Guinée, ce n'est pas à moi de venir changer cela. C'est-à-dire que si moi-même, je possède une nouveauté que je veux lancer sur le marché guinéen aujourd'hui, je ferai comme eux. Puisque c'est du train pris en marche.

- GCI- Pourquoi on vous surnomme « le farengaboy » de la musique guinéenne?

 

- OK- (Rire) J'ai été surnommé depuis longtemps par mes amis d'enfance. C'est un mot soussou et anglais à la fois. Faré=danse, N'ga =mère (en soussou). Ça signifie tout simplement l'enfant de la mère de la danse . A l'origine de ce nom , j'étai un grand danseur à l'époque.

 

- GCI- Quels derniers conseils aux plus jeunes musiciens guinéens?

 

- OK- Je demande à la nouvelle génération des musiciens guinéens, la persévérance, l'abnégation, l'assiduité dans le travail, la recherche approfondie et surtout croire en l'avenir. Je leur demanderai de faire une musique guinéenne internationale. Car, c'est la démarche que chacun de nous va emprunter maintenant pour faire vendre cette musique dans tous les coins du monde. C'est la réalité du monde actuel, si on veut réellement gagner dans ce que nous pratiquons.

 

Propos recueillis Par I. Tawel Camara pour GuineeConakry.Info

Recherche

Suivez-nous

GUINEE: Petit KANDIA "Birin Moulan"



  • Le célèbre chroniqueur est au cœur d’un bras de fer avec Mamadou Blaise Sangaré, conseiller spécial du Chef de l'Etat. Votre site avait relayé cette affaire portant sur des propos diffamatoires attribués à Ras Bath. Ce début de semaine mettra aux pr

Annonce