MOINES DE TIBEHIRINE : Une nouvelle lueur

De sa récente visite de deux jours en Algérie, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius n’a pas ramené que les nouvelles, qu’il veut rassurantes, sur l’Etat de santé du président Abdoulazziz Bouteflika. Si sur son agenda officiel, il était indiqué qu’il discuterait avec les autorités algériennes de questions économiques et de la problématique sécuritaire dans le Sahel, il en aura tout de même profité pour évoquer l’enquête relative à l’assassinat, en 1996, des moines de Tibehirine. Sur ce sujet précis, il en rapporte une vague promesse de déploiement prochain du juge Trévidic, en charge de l’enquête. Pour les proches des moines assassinés, c’est un nouvel espoir qu’il faut cependant considérer avec beaucoup de prudence.

Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? Cette question mérite bien d’être posée à propos de l’annonce faite hier par Laurent Fabius chez nos confrères de France Inter. D’autant plus que le chef de la diplomatie française, lui-même, est suffisamment vague dans la formulation de cette annonce : « je pense qu'il (le juge Marc Trévidic, NDLR) va pouvoir y aller dans les jours qui viennent ». Bien que Laurent Fabius dise en avoir formellement discuté avec son homologue, Lamtame Lamamra, mais aussi avec le premier Abdelmalek Sellal, la prudence demeure de mise. Et pour bien d’autres raisons encore.

D’abord parce que ce n’est pas la première fois que les autorités algériennes font ce genre de promesses. C’était déjà le cas en novembre dernier, avant que le déplacement de Marc Trévidic et les autres experts ne soit reporté en février 2014 pour, officiellement, des raisons liées à la proximité temporelle avec la dernière élection présidentielle en Algérie. Même, au mois de mai passé, l’autorisation initialement accordée à l’équipe du juge avait été purement et simplement annulée. Encore que l’autorisation dont il est question a été obtenue en contrepartie de l’exemption de certains témoins clés par l’audition que le juge pourrait faire.

Ces va-et-vient incessants de la part des autorités algériennes en disent long sur leur disponibilité à voir la vérité éclater dans ce dossier plus que trouble. En effet, si depuis désormais 18 ans, l’enquête piétine, c’est parce que le rôle joué par Alger dans l’affaire n’est pas peut-être point celui qu’on nous a toujours présenté. Les islamistes du défunt Groupe islamiste armé (GIA) ne sont exclusivement pas les seuls qui aient agi de l’enlèvement des moines dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, à l’annonce de leur assassinat, le 21 mai de la même année.

Au gré de l’enquête, l’implication des services secrets algériens a été évoquée au titre de commanditaire. Ces derniers ne voyant pas notamment d’un bon œil les soins que les moines apportaient aux combattants islamistes blessés. Certains témoins adeptes de cette thèse soutiennent cependant que la mise à mort des religieux serait une conséquence non voulue par les services algériens. L’objectif aurait été de faire enlever les moines, afin de les effrayer pour les convaincre de plier bagages. C’est après que la chose aurait mal tourné  

De même, l’hypothèse d’une bavure de l’armée algérienne est mentionnée par d’autres témoins. Prenant le monastère de Medéa pour un camp de retranchement de cibles islamistes, l’aviation algérienne aurait ouvert le feu, avant de s’aviser de son erreur, une fois au sol. Mais pour ne pas se fâcher avec la France, il aurait alors été décidé de maquiller la bavure en exécution par les islamistes. Raisonnant en fonction de cette seconde tendance, certains pensent alors que la décapitation des victimes serait post-mortem.

Ces différents niveaux de responsabilités possibles, seraient alors la raison fondamentale pour laquelle Alger est loin d’être enthousiaste à l’idée de voir l’enquête progresser.

GCI suit pour vous.

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info

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