MODIFICATION CONSTITUTIONNELLE : Kabila sur le pied de guerre

Personne, a priori, n’est surpris par la tension entre l’opposition et le pouvoir congolais. Elle est le reflet du débat tout aussi houleux entre les deux camps à propos de la volonté du président Kabila d’aller au-delà de la limite constitutionnelle qui est fixée à son mandat. Par contre, la réaction des forces de l’ordre congolaises face aux manifestations d’hier, était visiblement disproportionnée et inattendue. Cette approche violente est non seulement prématurée, mais tout aussi contre-productive. Elle est surtout l’incarnation d’un pouvoir qui ne semble pas avoir appris de la chute de Blaise Compaoré.

Certains avaient bel et bien prédit que Joseph Kabila prendrait la ‘’contournante’’. Conscient que ses compatriotes s’inspireraient de ce qui s’est passé au Burkina Faso en octobre dernier, il n’a pas pris le risque de proposer directement la modification constitutionnelle.

 

Mais la voie qu’il entend emprunter pourrait l’amener vers le même résultat, à savoir son maintien au pouvoir au-delà de 2016. Pour cela, il subordonne la tenue des élections législatives et présidentielles au recensement général de la population et de l’habitat. Or, en raison de l’étendue du pays, (10 fois la Guinée !), cette opération d’envergure, qui impliquera une grosse mobilisation de ressources humaines et logistiques, risque fort d’entrainer le report de fait des consultations électorales. Sauf que les opposants congolais ne sont pas dupes.

Ils ont découvert la supercherie. Ainsi, leurs partisans étaient hier dans les rues de Kinshasa pour dénoncer et faire échec à l’ultime adoption de la nouvelle loi électorale par le Sénat. En majorité, il y avait des étudiants, fer de lance des mouvements révolutionnaires en Afrique. Mais en face, le pouvoir a répondu de manière énergique. Sans sommation, la police a tiré à balles réelles. Quelques étudiants en ont été blessés.

Une stratégie du pouvoir dont le seul mérite aura été de décupler la colère des manifestants qui ont réagi avec des jets de pierres contre les policiers. Comme cela arrive également en pareilles circonstances, des vandales s’en sont mêlés pour incendier des véhicules et piller des biens publics et privés.

La répression de la manifestation d’hier signifie que le pouvoir congolais fait également dans l’entêtement et la bêtise. Comme l’espéraient Blaise Compaoré et son entourage, Joseph Kabila pense que l’intimidation est meilleure alliée que le dialogue et la concertation. Il s’agrippe comme une sangsue au pouvoir, il compte sur la flicaille et, si nécessaire sur la soldatesque, pour réduire le camp adverse au silence et à la résignation.

Malheureusement pour lui, cette approche, au contraire, durcit encore le bras de fer et conforte l’opposition dans sa résistance. Car de Kabila, et de tous ceux qui le soutiennent, cette méthode hard donne l’image d’un camp qui n’hésite pas à marcher sur les cadavres des Congolais pour arriver à ses fins. Un motif suffisant pour continuer et intensifier la résistance, pour que demain soit différent.

Boubacar Sanso BARRY pour GCI

2015 – GuineeConakry.info 

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