MINES NIGERIENNES: Est-ce la victoire de Niamey?

Dans le contexte du long bras-de-fer entre les autorités nigériennes et les responsables de la Française du nucléaire, Areva, les propos tenus hier par Pascal Canfin, s’apparentent à une mini-révolution. En jugeant en effet que les demandes de Niamey qui voudrait que l’exploitation des mines d’uranium lui serve davantage, étaient “légitimes”, le ministre délégué au développement fragilise à coup sûr la position des responsables de la multinationale. Ces derniers, sur un ton empreint de chantage, s’obstinaient jusqu’ici à refuser les revendications aussi bien des autorités politiques que de la société civile nigériennes. Surfant sur leur position de monopole et mettant en avant une prétendue décote de l’uranium sur le marché international, ils menaçaient de quitter. Mais en face, flairant la surenchère, Mahamadou Issouffou ne s’est point laissé impressionner. Conscients de l’atout qu’ils ont entre les mains avec les immenses réserves en uranium, lui et son gouvernement ont tenu bon. Finalement, c’est le gouvernement français qui, évaluant les risques qui seraient liés à un abandon du Niger, essaie subtilement de ramener Areva à la raison. Tactique ou stratégie?...

Les autorités françaises font certainement dans la realpolitik. Dans les conditions normales, les âpres négociations au sujet des mines nigériennes n’intéressent que les responsables de la société française et Niamey. C’est d’ailleurs derrière ce prétexte de ne pas s’immiscer dans le fonctionnement interne d’une entreprise que Paris s’était jusqu’ici abrité. Mais c’est qu’en face, il n’y avait visiblement pas eu des négociateurs qui ont du cran. Or, avec Mahamadou Issouffou, la donne a visiblement changé.

Aidé par un travail de lobbying efficace de la part de la société civile nigérienne, le gouvernement a fini par se faire une idée plus juste de la perte que le pays subit dans l’exploitation de ses richesses. En particulier, l’exploitation de l’uranium génère des milliards de francs CFA de profits. Mais le Niger demeure toujours pauvre. Ses populations manquent des services les plus essentiels tels le courant, l’eau, etc. On se rappelle encore des images révoltantes de Nigériens squelettiques parce qu’affamés et victimes des inondations. De ces images, les médias occidentaux en raffolent. Pour expliquer ce genre de drames, on se focalise souvent sur l’irresponsabilité des élites politiques des pays en question. Il n’est pas ici question de faire comme si de la part des dirigeants africains, tout était rose. Mais le cas du Niger est là pour dire que les échanges inégaux entre les anciennes métropoles et ces mêmes pays africains y seraient pour quelque chose.

Faisant dans une certaine condescendance, les responsables des sociétés occidentales mettent souvent en place des mécanismes de gestion qui ne laissent à l’Afrique que des miettes. Naturellement, l’adage selon lequel le sorcier n’entre jamais dans une maison sans y avoir un complice, est valable dans ce genre de situation.

Comme le montrent les autorités nigériennes, il est de la responsabilité des dirigeants africains de faire valoir de la vision et de l’audace dans la défense des intérêts supérieurs de leurs pays. Dans le cas présent, la ténacité a eu pour principal effet de faire changer la peur de camp. En effet, au bout du compte, c’est la France qui a fini par prendre conscience du risque qu’elle courrait, si elle s’était obstinée à aller jusqu’au clash.

Perdre son monopole sur l’uranium nigérien, lui aurait fait perdre une influence certaine dans le domaine énergétique. Alors que de l’autre côté, les autorités nigériennes n’auraient certainement pas souffert à trouver un repreneur. C’est en effet à ce genre d’alternatives que sert l’émergence de certaines puissances jadis périphériques, comme tout ''naturellement'' la Chine.

Boubacar sanso Barry pour GuineeConakry.info

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